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Quand le rap chante la France périphérique

Orelsan aux NRJ Music Awards, le 10 novembre 2018.

Orelsan aux NRJ Music Awards, le 10 novembre 2018. - Valéry Hache - AFP

Orelsan, Kamini, MC Circulaire... les rappeurs portent parfois la voix de cette France périphérique, qui se sent abandonnée et manifeste aujourd'hui, vêtue d'un gilet jaune.

Ils ne portent pas de gilets jaunes, mais ils parlent dans leurs textes, de cette France rurale et périphérique, qui se sent oubliée des pouvoirs publics, effrayée par la perspective du déclassement, abandonnée. 

Foin de clichés, les rappeurs ne chantent pas toujours la banlieue ou les zones urbaines. Orelsan, Kamini avant lui, mais aussi des artistes moins connus évoquent dans leurs textes le mal-être de la France périurbaine, chantent l'exclusion de ces zones et de leurs habitants, aujourd'hui en colère.

Kamini, Marly-Gomont

C'était en 2007. Kamini avait créé l'événement avec sa chanson Marly-Gomont, du nom de son village dans l'Aisne. De son expérience d'enfant congolais parachuté avec sa famille dans les tréfonds de l'Aisne, il a également tiré un film. 

Si sa chanson était teintée d'humour, on pouvait cependant y lire entre les lignes, le sentiments de déclassement et d'abandon. "Dédicacé à tous ceux qui viennent des p'tits patelins/Ces p'tits patelins paumés que même la France elle sait pas qu'ils sont là chez elle/Les p'tits patelins paumés que personne ne connaît, même pas Jean-Pierre Pernault".

Tout y est: les déserts médicaux, les villages vidés, l'absence d'activités, l'ennui. 

"D'temps en temps, y font d'la politique aussi, avec plein de philosophie/'D'façon moi j'dis, tous des pourris hein'/ Dans les p'tits patelins, faut pas être cardiaque, ah ouais sinon t'es mal/Faut traverser vingt villages en tout 50 bornes pour trouver un hôpital que dale". Ou encore "Dédicacé à tous ceux qui viennent des p'tits patelins/Les p'tits patelins paumés où c'est la misère/Là où ya rien à faire là où tout est fermé". 

Orelsan, Ma ville

La ville d'Orelsan n'est pas un coin paumé mais de Caen, ville normande d'une centaine de milliers d'habitants. Dans Ma ville, extrait de l'album La fête est finie, il chante les magasins du centre-ville qui ferment,une population pour qui les centres commerciaux sont le seul horizon. Une ville "où l'on fabrique du blanc fragile".

"Dans ma ville, on traîne entre le béton, les plaines/Dans les rues pavées du centre où tous les magasins ferment/On passe les weekends dans les zones industrielles/Près des zones pavillonnaires où les baraques sont les mêmes". 

Sa ville, il la raconte aussi dans le film Comment c'est loin, en 2015, coréalisé avec Christophe Offenstein. Il y plante ses héros en pleine zone périurbaine, avec "une zone industrielle au cœur de la campagne".

MC Circulaire, Demain c'est trop tard

Le rappeur vendéen MC Circulaire raconte comme personne le sentiment d'abandon, l'ennui, le désespoir des villages où "tout est fermé, y a rien d'ouvert/Et les seules lumières qu'y a c'est celles des lampadaires". Des lieux où, faute de perspectives, on se suicide doucement à la bière. "Ici on picole pas, on se saborde/Ici l'alcool c'est quand t'as pas les couilles pour la corde"

"T'façon tout l'monde s'en branle, on est la France oubliée/Dans mon quartier y'a jamais eu de MJC/Pourtant la misère est là, j't'assure qu'elle est bien réelle/Elle s'cantonne pas qu'dans les banlieues, elle est universelle".

Et aussi "L'Etat nous laisse dans not' merde, et on verra plus tard/On est qu'une bande de crevards gouvernée par des bâtards".

Le rappeur vendéen l'expliquait ainsi au Monde, dans un article consacré l'année dernière au "Rap des champs": 

"Nous, les rappeurs des campagnes, on fait du rap de Blanc, du rap de petit bled, de tracteur, de PMU et d’arsouilles. Mais c’est la même misère, le même ennui qu’en cité. C’est une musique de rage d’exclusion."

Magali Rangin