BFMTV

Boléro de Ravel: les héritiers veulent empêcher qu'il devienne libre de droits

-

- - Frank Perry - AFP

L'oeuvre du compositeur, qui devait tomber dans le domaine public dimanche 1er mai, pourrait finalement revenir à ses héritiers et leur rapporter gros.

Le Boléro de Maurice Ravel est-il vraiment tombé dans le domaine public en France dimanche 1er mai? Elle est sans doute l'une des œuvres musicales les plus jouées au monde et aussi l'une des plus singulières.

"On a coutume de dire qu'une exécution du Boléro commence toutes les dix minutes dans le monde. Puisque l'oeuvre dure 17 minutes, elle est donc jouée à tout moment quelque part", explique Laurent Petitgirard, compositeur et président de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem). "Et on peut penser qu'on va l'entendre encore plus à présent, dans des publicités ou dans des films", ajoute-t-il.

Un bonus de plus de 20 millions d’euros en jeu

Selon Le Figaro, un rebondissement inattendu pourrait venir perturber ce processus. Le Boléro, qui a rapidement connu un succès planétaire, ferait l’objet d’une procédure secrète qui aurait pour objectif de prolonger les droits d’auteur de vingt ans, et créer ainsi un bonus de plus de 20 millions d’euros.

Oeuvre de tous les records, le Boléro est restée jusqu'en 1994 à la première place du classement mondial des droits d'auteurs. Elle était encore en 103e position en 2015. De quoi susciter quelques convoitises, d'autant que Maurice Ravel, qui était célibataire, est mort à 62 ans sans descendance. 

Après le décès en 1960 de son frère Edouard, son seul héritier, s'ouvrit une période de procès à répétition visant à faire main basse sur le pactole que représentaient les droits d'auteurs générés par les oeuvres de Ravel.

Un rocambolesque imbroglio juridique où se mêleront, au fil des années, la masseuse d'Édouard Ravel, Jeanne Taverne, son mari chauffeur et factotum, Alexandre, des petits-neveux du compositeur mais aussi un directeur juridique de la Sacem.

Il faut dire que l'affaire est plutôt juteuse, la totalité des royalties versées depuis 1960 aux ayants droit et autres éditeurs étant estimée entre 400 et 500 millions d'euros, dont une cinquantaine de millions pour le seul Boléro, selon diverses estimations. Des droits qui cesseront d'être versés à partir de dimanche, date à laquelle le Boléro appartiendra à tous. Nos confrères du Figaro rapportent que depuis plusieurs jours, les ayants droit de l'oeuvre du compositeur se sont associés aux héritiers du décorateur du ballet afin de réclamer une prolongation à la Sacem.

Vers la prolongation des droits d'auteur? 

Ces derniers auraient ainsi exigé dans "des courriers de plus en plus menaçants et déposés dans le plus grand secret ces derniers jours par huissier au siège de la Sacem" qu'un coauteur soit ajouté sur le bulletin de déclaration original du Boléro.

D’après eux, il s’agit d’avantage d’un ballet que d’une pièce d’orchestre. Une nuance qui permettrait qu'elle soit reconnue comme une œuvre de collaboration et qui ajouterait la chorégraphe Bronislava Nijinska et le décorateur Alexandre Nikolaïevitch Benois, à la liste des héritiers.

De quoi faire de nombreux heureux puisque les actuels héritiers de Ravel pourraient ainsi bénéficier de vingt ans de droits d’auteur, soit un bonus estimé à 20 millions d'euros, selon nos confrères.

Entre la direction de la Sacem et tous ces ayants droit, la guerre est désormais engagée et pourrait bien se poursuivre au tribunal si le conseil d'administration de la Sacem rejete à l'unanimité la demande des héritiers.

Romain Iriarte