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Molang, le gentil lapin franco-coréen qui a conquis le monde

Molang

Molang - Millimages

En cinq ans, Molang a conquis le monde. Ce personnage né en Corée du Sud et développé sous forme de série en France est devenu plus populaire que Hello Kitty.

Né entre la Corée du Sud et le canal Saint-Martin à Paris, le lapin Molang est devenu en l’espace de quelques années un des personnages de fiction les plus célèbres. Il est rond et excessivement mignon, parle une langue universelle, le molangais, est d'une bonté d’âme à faire fondre n'importe qui.

Comment un être aussi gentil a-t-il pu conquérir un monde aussi cynique? "Il est charismatique!", s’enthousiasme Roch Lener, fondateur et PDG de Millimages, le studio français qui a créé la série Molang. "Le visage de ce personnage, quand on le regarde, transmet une impression de proximité. Sans le connaître, on a l'impression de déjà le connaître."

Le mot clef, quand on parle de Molang, est l’empathie. Impossible d’expliquer autrement son retentissement mondial, des menus McDo aux trains coréens. Molang, dont l’étrange sabir ne nécessite aucun doublage, s’est exporté dans 200 pays grâce au merchandising et à Netflix. La série est visible également sur des dizaines de chaînes dans le monde, aux Etats-Unis, en Amérique latine, au Japon et même en Chine.

Bien que ce dessin animé s’adresse en priorité aux préscolaires, il touche un public beaucoup plus large, grâce à ses activités sur les réseaux sociaux: "On passe au-delà des cultures et au-delà des générations", se félicite Roch Lener.

"Un adulte avec une âme d’enfant"

Le design de Molang, à l’image de Hello Kitty, contribue aussi à son succès, complète Marie-Caroline Villand, réalisatrice de la série. “Molang n'a pas d'âge. Il n'est pas limité. Souvent, dans les séries pour les enfants, comme Dora ou Franklin, le héros est un enfant. Il ne peut pas prendre une voiture, piloter un hélicoptère. Molang est un adulte avec une âme d’enfant. Il peut faire beaucoup de choses.”

Molang, dont le nom est synonyme de douceur en coréen, et n'a pas de sexe. Ce gros lapin kawaï (mignon en japonais) toujours enthousiaste est accompagné dans ses aventures par son meilleur ami, un poussin baptisé Piu-Piu. Marie-Caroline Villand s’est inspirée de Laurel & Hardy pour animer ce duo: "Quand ils se regardent, ils opinent de la tête comme le font Laurel & Hardy!"

Molang a été créé initialement par une dessinatrice sud-coréenne, Hye-Ji Yoon, qui en a fait une star des émoticônes sur les messageries instantanées coréennes et chinoises. C’est ainsi que Roch Lener a repéré ce personnage, puis en a acheté les droits mondiaux en 2014, avant de diffuser la première saison en 2015 sur Canal+. Convaincre les chaînes avec ces histoires axées sur les notions d’empathie et de bonheur ne fut pas aisé.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, personne ne croyait que les enfants accrocheraient à ces valeurs: "Les programmes d'animation pour enfants sont plus axés sur la découverte, l'apprentissage, le fait de grandir", se souvient Roch Lener.

"On nous disait que c'était abstrait, on nous demandait si les enfants allaient comprendre. On a tendance à rattacher à un monde adulte ces valeurs de bonheur et d’empathie."

"Ça s'est développé à la vitesse de l'éclair"

Millimages a eu raison d’y croire, le succès a été fulgurant: "Dès qu'on a pu produire quelques images, ça s'est développé à la vitesse de l'éclair. Jamais on a eu une propriété intellectuelle comme ça", poursuit le PDG. Rares sont les personnages qui parviennent à transcender leur œuvre d’origine pour infiltrer toutes les strates de la société. Molang y est parvenu. Le personnage est partout, devenant en une poignée d’années une des marques les plus importantes devant les vénérables studios Disney et Hello Kitty. Sur Giphy, les gifs animés à son effigie cumulent les 9 milliards de vues.

Ce succès n’a rien changé à la production des épisodes de la série, toujours entièrement conçue à Paris, avec une équipe d’une centaine d’animateurs. Le dessiner reste un défi: "Si vous bougez un œil d'un demi quart de millimètre, ce n'est plus Molang", prévient Marie-Caroline Villand.

Depuis la quatrième saison, les épisodes sont devenus un peu plus longs, passant de deux à cinq minutes, permettant ainsi à Molang de suivre des histoires plus complexes, et de voyager dans le temps. Ses histoires touchent en raison de leur universalité et fédèrent les familles: "On a une double lecture: les enfants et les adultes y trouvent leur compte", commente Marie-Caroline Villand.

Bientôt au cinéma?

Dans un épisode qui parodie le naufrage du Titanic, Molang voit l'iceberg et prévient Piu-Piu qui sauve le bâteau. "L'idée de la série, c'est que leur amitié est si forte qu’elle transforme de manière positive les accidents du quotidien." Molang peut aussi changer l'histoire: "à chaque fois qu'on écrit une histoire, on essaye de donner un sens", poursuit la réalisatrice:

"Dans un épisode de la saison 5 qui se passe au Moyen-Âge, un roi ne veut plus être roi et s'enfuit. Molang et Piu-Piu sont ses valets et pour que le roi puisse partir ils vont poser sa couronne sur la tête d'un cochon. Les villageois vont alors croire que le roi s'est transformé en cochon. Les villageois vont obéir à un cochon! C'est drôle et en même temps cela permet de réfléchir sur la liberté de penser."

La cinquième saison, en cours de préparation, sortira l'année prochaine et abordera notamment la science fiction. La prochaine étape, pour Molang, sera le cinéma.

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV