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La Commune a 150 ans: 3 œuvres pour comprendre cette page sanglante de l'histoire de France

"Le Cri du Peuple", une BD de Jacques Tardi sur La Commune

"Le Cri du Peuple", une BD de Jacques Tardi sur La Commune - Casterman

Voici un documentaire, un film et une bande dessinée permettant de se replonger dans une des pages les plus sanglantes de l'histoire contemporaine.

Dernière révolution du XIXe siècle et symbole d'une histoire populaire tragique, la brève aventure de la Commune de Paris, 72 jours du 18 mars au 28 mai 1871, s'est achevée dans un bain de sang lors de la "Semaine sanglante", qui a causé la mort de plus de 20.000 communards.

L'insurrection des Parisiens intervient après la défaite française face à la Prusse à qui Napoléon III a déclaré la guerre en 1870, avant d'être fait prisonnier et de céder l'Alsace et la Lorraine. Adolphe Thiers dirige alors un gouvernement provisoire et l'Assemblée, élue en février 1871 et qui s'installera à Versailles, est très majoritairement monarchiste.

Soumis à 135 jours de siège, les Parisiens, au vote majoritairement Républicain, ne digèrent pas la capitulation annoncée. Ils sont 1,7 million à être enfermés dans la capitale qui a essuyé des bombardements, sans travail et affamés pour certains d'entre eux. Le 18 mars, Thiers décide de reprendre sur la Butte Montmartre les canons, non armés, de la Garde nationale, payés par souscription des Parisiens pour se défendre contre les Prussiens qui encerclent la capitale.

Les canons du 18 mars

Au petit matin, les blanchisseuses du quartier, premières à se lever, alertent de l'arrivée de troupes versaillaises. La foule afflue pour protéger les canons et parmi les soldats envoyés par Thiers, certains baissent la crosse, fraternisent avec les insurgés, c'est la débandade. Deux généraux sont tués. Thiers ordonne le départ des troupes et des fonctionnaires de Paris et s'enfuit à Versailles.

Le Comité central de la Garde nationale, qui comptera près de 200.000 hommes, s'installe à l'Hôtel de Ville et l'élection d'un Conseil municipal, d'où naîtra la Commune, est fixée au 26 mars. Suivront presque trois mois de lutte. Peu évoquée dans les cours d'histoire, et méconnue du grand public, l'histoire de la Commune est un symbole du martyr de la classe ouvrière.

L'Art s'est souvent emparé de la Commune. Si les œuvres qui en parlent peinent à toucher un large public, elles permettent d'en saisir les enjeux et la complexité. Voici un documentaire, un film et une bande dessinée permettant de se replonger dans une des pages les plus sanglantes de l'histoire contemporaine.

• "Les Damnés de la Commune"

Déjà auteur de la BD Les Damnés de la Commune (3 tomes chez Delcourt), qui détourne des gravures du XIXe siècle pour raconter l'histoire de la Commune, Raphaël Meyssan a réalisé un documentaire où il leur donne vie. Disponible sur le site de la chaîne Arte, ce film sera diffusé le mardi 23 mars à 20h50 sur Arte.

Pour donner "à voir l’époque telle qu’elle se voyait elle-même", le graphiste a opté pour un récit choral, a-t-il expliqué au site Positive Rage: "L’histoire de la Commune n’a pas été faite par des grands hommes, mais par des milliers d’hommes et de femmes inconnus. C’est ce que l’historien italien Haim Bustin appelle le 'protagonisme révolutionnaire'."

Raphaël Meyssan s'est entouré d'une pléiade d'acteurs pour faire revivre l'épopée de la Commune: Yolande Moreau, Simon Abkarian, Mathieu Amalric, Fanny Ardant, Charles Berling, Sandrine Bonnaire, André Dussolier, Anouk Grinberg, Arthur H, Félix Moati, François Morel, Denys Podalydès, Michel Vuillermoz et Jacques Weber.

• "La Commune (Paris, 1871)" de Peter Watkins

Si la Commune intéresse le cinéma dès les années vingt (La Nouvelle Babylone, un film soviétique de 1929), ce film du britannique Peter Watkins reste l'une des propositions les plus intrigantes et les plus réputées sur le sujet. La Commune (Paris, 1871) est une gigantesque fresque de 5h45 présenté en 2000 au Musée d'Orsay. Une version de 3h30 est sortie au cinéma en 2007.

Ce film atypique, imaginé par un des réalisateurs les plus expérimentaux de l'histoire du cinéma, a été tourné en treize jours dans un hangar de Montreuil avec des comédiens non professionnels (chômeurs, intermittents du spectacle, sans-papiers), qui ont choisi leurs personnages et ont improvisé une grande partie des dialogues.

Peter Watkins multiplie les anachronismes (il fait se confronter des ... reporters de la Télévision versaillaise et de la Télévision communarde) et privilégie une reconstitution volontairement minimaliste de l'époque pour brouiller les frontières et pousser le public à questionner la véracité des images qu'il est en train de regarder. Une manière de plonger le public au milieu de la Commune.

• "Le Cri du Peuple" de Tardi

La BD "Le Cri du Peuple" de Jacques Tardi
La BD "Le Cri du Peuple" de Jacques Tardi © Casterman

Considéré comme un des chefs d'œuvre de Jacques Tardi, son adaptation du Cri du Peuple de Jean Vautrin est une fresque romanesque - et sans doute le récit de fiction le plus précis sur les événements. "En BD, l'histoire de 1914-1918 ou celle de la Commune n'a pas d'intérêt en tant que telle. Si on veut intéresser le lecteur, il faut une histoire, une intrigue", avait estimé Tardi dans Le Monde en 2005.

Cette histoire est une quête de vengeance, celle de Grondin, qui après vingt ans de bagne cherche celui dont il croit avoir endossé le crime. Au cours de son enquête, qui le conduira au bord de la folie, il croisera une galerie de personnages truculents aussi réels (Gustave Courbet) que fictifs. Pour Tardi, parler de la Commune est un sacerdoce:

"Les manuels d'histoire expédient la Commune en trois lignes, raison de plus pour en parler." Il y voit aussi des échos troublants avec la situation actuelle: "Cette idée de démocratie directe, cette volonté d'un peuple de prendre sa destinée en main, c'est complètement d'actualité. On vit encore sur des acquis de la Commune, en matière d'éducation des filles par exemple, malgré les imposteurs comme Jules Ferry qui lui ont succédé."

Le Cri du Peuple, Casterman, une édition intégrale (176 pages, 25 euros) ou quatre tomes en format à l'italienne (entre 80 et 90 pages, 18,50 euros).

Jérôme Lachasse avec AFP