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Elliot Page fait la couverture de "Time" et raconte son coming-out transgenre

Elliot Page en couverture du "Time"

Elliot Page en couverture du "Time" - Wynne Neilly - Time

Trois mois après avoir révélé au monde sa transidentité, l'acteur canadien revient sur son cheminement personnel et raconte l'inconfort d'avoir grandi dans un corps féminin qui ne lui correspondait pas.

Pour la première fois depuis son coming-out transgenre, Elliot Page prend la parole. Dans les colonnes du magazine américain Time, dont il fait la couverture, l'acteur canadien connu pour ses rôles dans Juno ou Inception - tous incarnés avant sa transition vers le sexe masculin - raconte sa nouvelle vie et revient sur son long cheminement vers la compréhension de sa propre identité.

Elliot Page a pris le monde par surprise en décembre dernier, lorsqu'il a annoncé ce nouveau prénom et sa transidentité sur les réseaux sociaux. Dans son communiqué, il avait exprimé son soulagement, mais avait aussi évoqué le chemin qui restait à parcourir pour l'acceptation de cette communauté marginalisée. Trois mois plus tard, dans le long entretien publié par Time, il raconte l'inconfort qu'il a ressenti toute sa vie, alimenté par les standards qu'Hollywood impose à ses égéries féminines, et comment la révélation de sa transidentité s'est imposée à lui.

"J'ai ressenti un profond sentiment de bonheur et de gratitude d'en être arrivé à ce point de ma vie", explique-t-il en évoquant son coming-out, "mêlé à beaucoup de peur et d'anxiété".

Alors que la parole se libère autour de la transidentité, amenant de plus en plus de personnes à affirmer la leur, le sujet se retrouve également au cœur d'un débat parfois violent dans la sphère politique et culturelle anglophone. Des figures telles que J.K. Rowling font part de leur défiance quant à cette communauté, tandis que des questions telles que les toilettes que devraient utiliser les personnes transgenres dans les lieux publics sont régulièrement soulevées. Au moment de son coming-out, Elliot Page avait relayé des statistiques "terrifiantes": "Rien qu'en 2020, les meurtres d'au moins 40 personnes transgenres ont été enregistrés, dont la majorité étaient des femmes transgenres noires et latinos (...) 40% des adultes trans déclarent avoir tenté de se suicider."

"J'avais le sentiment d'être un garçon"

La star de la série Netflix Umbrella Academy se souvient du bonheur qu'il a ressenti à 9 ans lorsque sa mère l'a autorisé à couper ses cheveux courts: "J'avais le sentiment d'être un garçon. Je voulais en être un. Je demandais à ma mère si je le serais un jour." L'année suivante, il obtient son premier rôle dans la série canadienne Pit Pony, pour lequel il réadopte une allure féminine qu'il ne quittera plus durant les deux décennies suivantes, et traversera la puberté comme un "enfer total".

Le décalage devient encore plus dur à vivre après le succès mondial de Juno, film de 2007 où il incarnait une adolescente qui tombe enceinte, à une époque où personne ne se doutait que ce corps biologiquement féminin était habité par un homme qui ne s'y reconnaissait pas. Sa nouvelle notoriété s'accompagne de couvertures de magazines et de tapis rouges, tous plus glamours les uns que les autres: "Je ne me reconnaissais tout simplement pas. Pendant longtemps, je n'ai même pas pu regarder une photo de moi."

Premier coming-out en 2014

Alors que son ascension professionnelle se poursuit avec des rôles dans les grosses productions Inception ou X-Men: l'affrontement final, son inconfort se transforme en dépression: "Je ne savais pas comment expliquer aux gens que même si je jouais la comédie, porter un T-Shirt coupé pour une femme me rendait si malheureux." Il raconte avoir plusieurs fois envisagé de mettre fin à sa carrière.

Une première révélation publique intervient en 2014, lorsqu'Elliot Page fait un premier coming-out lesbien. Il acquière plus de pouvoir sur sa propre image, commence à porter des costumes sur les tapis rouges, produit des films centrés sur des personnages LGBT et impose aux rélisateurs qui l'engagent de lui fournir une garde-robe masculine.

L'introspection du confinement

Mais ce n'est qu'avec la pandémie de coronavirus, et l'isolement qu'elle lui impose, qu'Elliot Page a pu se pencher sur ce qu'il ressentait: "J'ai eu beaucoup de temps pour me concentrer sur les choses que, je pense, j'évitais inconsciemment. J'ai enfin pu accepter que j'étais transgenre, et me laisser complètement devenir qui j'étais."

Il fait part de sa transidentité auprès de sa sphère personnelle, à qui il demande de l'appeler Elliot et de s'adresser à lui en utilisant les pronoms il/lui ou they/them (qui n'expriment pas le genre, traduits en français dans les cercles militants par le néologisme "iel"). Il subit également une mastectomie: "ça ne m'a pas changé la vie, ça l'a sauvée", déclare-t-il.

Ses "privilèges" au service d'une communauté

Celui qui se voit comme un privilégié, par sa couleur de peau, sa notoriété et sa réussite professionnelle, souhaite être une voix pour les franges plus marginalisées de sa communauté: "Mon privilège m'a permis d'avoir les ressources nécessaires pour en arriver là où j'en suis aujourd'hui. Et, évidemment, je veux utiliser cette chance et ma voix pour aider comme je le peux."

Il conclut en évoquant les conséquences de son coming-out: "J'avais anticipé énormément d'amour et de soutien ainsi qu'énormément de haine et de transphobie, et c'est plus ou moins ce qui s'est passé." Mais si un coming-out est encore aujourd'hui une prise de risque pour un acteur, il se réjouit de voir que les opportunités professionnelles continuent d'affluer, qu'il s'agisse de rôle trangenres ou de "rôles de mec". Il est toujours la star d'Umbrella Academy, dont la saison 3 est actuellement en tournage. "J'ai vraiment hâte de jouer la comédie, maintenant que je suis totalement qui je suis, dans ce corps. Quels que soient les défis et les difficultés que cela représente, rien ne vaut le sentiment que je ressens aujourd'hui."

https://twitter.com/b_pierret Benjamin Pierret Journaliste culture et people BFMTV