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Attaqué en diffamation par la Société des Gens de Lettres, Joann Sfar réplique: "ce procès est une honte"

La Société des Gens de Lettres compte trainer Joann Sfar, président d'honneur de la Ligue des auteurs professionnels, devant les tribunaux pour diffamation

La Société des Gens de Lettres compte trainer Joann Sfar, président d'honneur de la Ligue des auteurs professionnels, devant les tribunaux pour diffamation - Ludovic Marin - AFP

La Société des Gens de Lettres compte trainer le dessinateur et scénariste Joann Sfar, président d'honneur de la Ligue des auteurs professionnels, devant les tribunaux pour diffamation.

Particulièrement fragilisés par le confinement, les auteurs, souvent en situation précaire, se déchirent alors que la question de la refonte de leurs droits sociaux n'a toujours pas été réglée.

Nouvel épisode de cette lutte fratricide, la Société des Gens de Lettres (SGDL) a annoncé lundi qu'elle comptait trainer le dessinateur et scénariste Joann Sfar (Le Chat du rabbin), président d'honneur de la Ligue des auteurs professionnels, devant les tribunaux pour diffamation.

"La Société des Gens de Lettres dénonce les propos tenus par M. Joann Sfar, président d'honneur de la Ligue des auteurs professionnels, à l'antenne de France Inter le 23 mai 2020, et indique qu'elle va déposer une plainte pour diffamation devant le Procureur de la République", a indiqué la SGDL dans un communiqué.

"La Société des gens de lettres parle pour la filière livre dans son ensemble ou pour les éditeurs. Elle touche parfois d'énormes sommes d'argent qui ne vont pas aux auteurs", avait affirmé samedi Joann Sfar au nom de la Ligue des auteurs professionnels.

"On nous a promis que l'on aurait droit à des aides. Mais les sommes ont été allouées aux organismes qui devaient les redistribuer aux auteurs... Et qui ne redistribuent rien du tout. Alors que ces organisations en question ont parfois des hôtels particuliers dans le centre de Paris", avait insisté le dessinateur dans une claire allusion à la SGDL dont le siège est l'Hôtel de Massa, un hôtel particulier classé Monument historique.

"Je ne crois pas que mes déclarations relèvent de la diffamation"

Le dessinateur a répondu à la SGDL ce mardi sur son compte Facebook, estimant que ses déclarations ne relèvent pas de la diffamation: "Je ne crois pas que mes déclarations relèvent de la diffamation. Je veux bien entendre que je sois vague, imprécis, et que mes propos appellent au débat. Mais ce procès est une honte." Et il interpelle les membres de la SGDL: "Je demande solennellement et publiquement aux 24 membres du comité de la SGDL ainsi qu’aux adhérents de cette association s’ils acceptent que leur nom serve à cette procédure honteuse."

"J’ai eu tort de dire que cette institution représentait bien mal les auteurs", écrit-il également dans ce texte, avant de dénoncer l'inaction de la SGDL: "C’est vrai, on n’a pas entendu parler d’eux lorsque nous nous battions pour que le rapport Racine ne soit pas enterré. Ils ont été également très discrets lors du scandale de l’Agessa, lorsqu’on a découvert que notre organisme de sécurité sociale avait 'oublié' une partie des cotisations de 190 000 artistes-auteurs, les amputant de leurs droits à la retraite." Et Joann Sfar de poursuivre, sur le même ton ironique:

"Mais aujourd’hui que notre profession sort exsangue d’années de crise et de plusieurs mois d’épidémie, ils se réveillent. Pour crier avec moi que la façon dont l’État a décidé de gérer la crise pour les artistes-auteurs est problématique? Non. Pour demander la mise en place de mesures de soutien aux auteurs simples, adaptées et sans rupture d’égalité, comme pour les autres professionnels de ce pays? Non. La Société des Gens de Lettres se réveille pour me faire un procès en diffamation. Je devrais donc la remercier et je comprends enfin la fonction de cet organisme: il sert à remettre les auteurs dans le droit chemin si par hasard il leur arrive d’être catastrophés, et par la situation sociale de leur profession, et par la façon paternaliste dont des associations font semblant de les défendre."

"Les auteurs se réveillent"

La Ligue des auteurs professionnels est un jeune syndicat d'auteurs né dans la mouvance du mouvement de mobilisation #PayeTonAuteur. Le 3 avril, la SGDL a été chargée par le Centre national du Livre (CNL) de la gestion du Fonds d'aide d'urgence aux auteurs.

"En tant qu'organisme reconnu d'utilité publique, la SGDL accomplit cette mission sans percevoir de frais de gestion et n'a reçu pour cela aucune subvention", se défend l'association qui assure que "les aides sont allouées dans la plus parfaite transparence".

La SGDL a précisé qu'elle avait versé plus de 530.000 euros aux auteurs depuis le 20 avril. Quelque 270.000 personnes sont considérées comme des auteurs professionnels.

"Alors que le plan Culture prévoit 5 millions d'euros attribués à la filière livre via le Centre national du livre (CNL), les auteurs n’en bénéficient pas", avait affirmé Joann Sfar sur France Inter. "À chaque fois qu'on aide le livre, on s'imagine qu'on aide les auteurs, mais ce n’est pas le cas, parce que personne ne sait où nous mettre et personne ne sait définir notre statut."

"Aujourd'hui", avait ajouté Joann Sfar, "les auteurs se réveillent et demandent à ce qu’on reconnaisse qu’ils exercent un véritable métier": "Ils veulent avoir les mêmes droits et mêmes avantages, que les autres employés. Mais il y a des gros coups de frein paternalistes d'origine corporatiste. Nous avons constaté que paradoxalement le gouvernement actuel est celui qui nous a le plus écoutés depuis très longtemps et qui, en même temps, a le moins agi."

Jérôme Lachasse avec AFP