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Suspiria: le réalisateur de Call Me By Your Name revient avec un film d'horreur féministe et ésotérique

Suspiria

Suspiria - Copyright Metropolitan FilmExport

Avec Suspiria, le réalisateur s'attaque à un classique du 7e Art signé par Dario Argento.

Changement de registre pour Luca Guadagnino, le réalisateur de l'acclamé Call Me By Your Name. Avec Suspiria, le réalisateur s'attaque à un classique du 7e Art signé par Dario Argento. Pour éviter l'écueil de la comparaison avec le chef-d'œuvre du maître de l'horreur italien, Luca Guadagnino a pris son contre-pied et propose une relecture, ainsi qu'un prolongement de l'œuvre originale.

Profondément marqué par le film de Dario Argento à l'âge de 14 ans, Luca Guadagnino dessinait sur ses cahiers des affiches de ce qui serait sa propre version du film. "J'adore Dario, je ne serais pas ici sans lui. Je suis devenu obsédé par les maîtres de la réalisation et Dario en est un", a déclaré le réalisateur italien à la Mostra de Venise en septembre. Avec son Suspiria, il lui rend enfin hommage tout en fabriquant son propre cauchemar qui plonge le public dans une transe violente et ésotérique. 

L'histoire, comme le film de 1977, raconte l'arrivée d'une Américaine, Susie (Dakota Johnson), dans une académie de danse allemande. Sa venue coïncide avec la disparition d'une élève de l'académie, événement qui donnera lieu à la découverte d'inquiétants secrets que cachent les murs de l'école.

Maître de la cruauté

Si l'original était pop, flamboyant et dominé par des teintes rouges (sang), sa relecture de 2018 est froide, sombre et grise. Exit les décors surréalistes de l'académie de danse perdue dans une forêt près de Fribourg: l'action se déroule en 1977 dans un "Berlin divisé" dans un contexte politique très violent et marqué par les attentats de l'organisation terroriste d'extrême gauche de la "Bande à Baader".

Ce contexte n'est pas anodin: il s'agit non seulement de l'année de sortie du film original, qui n'y faisait pas référence, mais aussi d'une période "où le passé était si sombre qu'il se conjuguait avec une exploration de la part d'ombre de l'être humain", souligne le réalisateur, qui s'est plus inspiré du célèbre cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder que de Dario Argento.

Connu pour des œuvres comme Lili Marleen et Le Mariage de Maria Braun, R.W. Fassbinder "a été un maître de la cruauté et il a créé des personnages féminins, des femmes tourmentées, jamais vaincues, jamais victimes", commente Luca Guadagnino. Son film, d'ailleurs, ne compte qu'un personnage masculin, un mystérieux psychanalyste hanté par son passé. Ce dernier n'est pas interprété par un homme, mais par Tilda Swinton, qui joue également Madame Blanc, la charismatique directrice de l'académie de danse où se déroule une partie de l'intrigue.

Esotérisme et sorcellerie

Situé quasiment intégralement dans cette vieille bâtisse berlinoise (le tournage a eu lieu en réalité à Varese en Lombardie), Suspiria met en parallèle danse contemporaine, ésotérisme et sorcellerie. Pour maintenir cet équilibre de la terreur, Luca Guadagnino s'est appuyé sur une casting de jeunes stars hollywoodiennes (Dakota Johnson, Chloé Grace Moretz) dont il tord l'image. 

Il a également travaillé avec le leader de Radiohead Thom Yorke et le chorégraphe Damien Jalet: "Quand il m'a dit qu'il voulait faire de la danse le véritable moyen des sorcières d'exprimer leur pouvoir, que ce soit en quelque sorte leur langage secret, ça a été une formidable source d'inspiration", a indiqué le chorégraphe.

Avec ce film, qui offre comme l'originale la part belle aux sorcières, Luca Guadagnino a voulu faire un film d'horreur féministe: "historiquement, la sorcellerie revient à rendre le pouvoir aux femmes, le pouvoir de la femme en tant que déesse, et cela a été perverti par l'histoire officielle et les religions en le transformant en pacte avec le diable".

Jérôme Lachasse avec AFP