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"Star Wars": pourquoi il faut réhabiliter les épisodes I, II et III

Liam Neeson dans "Star Wars, épisode I : La Menace fantôme" (1999), aux côtés de Jar Jar Binks

Liam Neeson dans "Star Wars, épisode I : La Menace fantôme" (1999), aux côtés de Jar Jar Binks - Lucasfilm

Paul Duncan, spécialiste de George Lucas, publie un livre sur les coulisses des épisodes I, II et III. Il explique à BFMTV pourquoi ces films tant décriés par les fans demeurent d'un grand intérêt.

Conspués par les fans depuis leur sortie, les épisodes I, II et III de Star Wars connaissent une seconde vie grâce au deuxième tome des Archives Star Wars, ouvrage disponible aux éditions Taschen. Conçu par l'historien du cinéma Paul Duncan, spécialiste de l'oeuvre de George Lucas, cet imposant ouvrage de plus de 600 pages revient en détail sur les coulisses de la création de La Menace fantôme, L’Attaque des clones et La Revanche des Sith, avec des images inédites ainsi qu'une interview inédite de George Lucas.

"Il y a une marque d’infamie sur ces films", explique Paul Duncan. "Ce que je voulais faire avec ce livre, c’était présenter ces films à une nouvelle génération avec un œil moins passionné."

Portée par une nouvelle génération d'acteurs et d'actrices (Natalie Portman, Ewan McGregor, Hayden Christensen), la seconde trilogie de Star Wars offre aux fans une nouvelle porte d'entrée dans la saga intergalactique de George Lucas. Ils y découvrent un monde à la richesse architecturale inouï, peuplé de milliers de créatures et de personnages jusqu'ici jamais montrés dans un épisode de la saga.

Les "Archives Star Wars", disponibles chez Taschen
Les "Archives Star Wars", disponibles chez Taschen © Taschen

Selon Paul Duncan, c'est la découverte de ce nouveau monde, très différent de celui de la première trilogie, qui a pu porter préjudice à la seconde. Les fans ont dû apprendre à aimer d'autres personnages, peut-être moins charismatiques, et suivre une histoire dont ils connaissaient déjà l'issue tragique. Le tout raconté avec une mise en scène différente, plus rapide pour les scènes d'action, et plus lente pour le reste.

"C’est très courageux de la part de George. Ce qu’il a fait va à l’encontre de toutes les règles de Hollywood et de la narration classique - parce qu’il a une vision plus grande", commente-t-il, avant d'ajouter: "Les gens ont souvent tendance à résister au changement, mais dans les épisodes I, II et III, George étend le champ de vision. Il ne voulait pas se répéter. Il veut toujours apporter quelque chose de nouveau."

Un récit politique, sur l'importance de la diplomatie

La seconde trilogie est aussi plus politique, marquée par de longues scènes de discussion, souvent rébarbatives, sur le fonctionnement de la République. George Lucas a puisé son inspiration dans l'actualité. "George a eu l'idée de Star Wars lors de la guerre du Vietnam, à laquelle il fait référence explicitement dans Le Retour du Jedi." Il s'est aussi inspiré du Watergate et de la guerre du Golfe dans la seconde trilogie:

"L’idée des machinations politiques, avec Palpatine/Dark Sidious, vient de souvenirs de Nixon, qui avait tenté de changer la loi pour obtenir davantage de mandats, et conserver le pouvoir plus longtemps. La seconde trilogie raconte comment Palpatine manipule le Sénat pour obtenir plus de pouvoir..."

La seconde trilogie, poursuit-il, propose également une réflexion sur l'importance de la diplomatie. L'intrigue de La Menace fantôme se déroule ainsi sur Naboo, planète où vivent séparément humains et Gungans. Pour retrouver l'équilibre dans la galaxie, les deux peuples doivent apprendre à cohabiter. Equilibre qu'ils parviennent à trouver avec Padmé, grâce à la négociation et la diplomatie, en rejetant tout recours à la guerre.

"Dans La Menace Fantôme, George montre comment le monde devrait être, ou comment le système devrait fonctionner", résume Paul Duncan. "Dans les deux épisodes suivants, il montre comment ce système est détruit de l’intérieur par Palpatine, qui utilise les mêmes armes diplomatiques que Padmée pour détruire la galaxie. Voilà ce dont parle cette trilogie: les tentatives de la politique et du pouvoir de briser ce qui nous lie. Dans les épisodes IV, V et VI, George raconte comment faire pour ramener ces valeurs."

Une seule et même histoire

Et le spécialiste de bien préciser: "Il n'y a pas de prequel ou de sequel. Il est primordial de voir les épisodes I, II, III, IV, V et VI comme un ensemble. C’est une histoire en six chapitres. Quand vous lisez un livre, vous ne commencez pas par le milieu!" George Lucas a imaginé son histoire ainsi dès les années 1970. À l'époque, le film s'appelait encore The Star Wars, "et il y avait en un scénario toute l'histoire, de l’épisode I à VI", ajoute le spécialiste.

"Il l’a ensuite divisé en deux, puis il a gardé certains éléments qu’il a allongés pour faire ce qui est à présent l’épisode IV. Il l’a fait parce que pour lui c'était celui qui possédait toutes les scènes d'action, celui qui était le plus attrayant pour un public vierge. C'était aussi le plus simple à produire, car il avait besoin de peu de décors et de peu de personnages. Les épisodes I à III impliquaient des mondes gigantesques, des milliers de personnages et de créatures impossibles à créer en 1975-1976. Il a dû attendre le développement des effets spéciaux, avec la société ILM, qu’il a fondée, pour mettre en scène les épisodes I, II et III dont il rêvait."

Au cours des trois décennies où il a conçu son space opera, George Lucas s'est nourri de tout un tas d'éléments (films, livres, rencontres, lieux), qu'il a ensuite digérés dans son grand-œuvre, pour imaginer un monde de fantasy comme on en a rarement vu à l'écran:

"George lit beaucoup. Il adore l’histoire, l’anthropologie, les arts. Si vous vous plongez dans ces domaines, vous allez trouver des bouts d’idées qu’il a mis de côté pendant des années", prévient Paul Duncan.

Pour la deuxième trilogie, il s’est souvenu de panneaux avec des mots à moitié effacés vu lors de voyages, de Fondation d’Isaac Asimov, mais aussi de ses enfants, dont les cris lui ont inspiré le mot "gungan". Sans oublier les traditionnels récits mythologiques de son enfance:

"George s’inspire de mythes qui nous réunissent et il les rend personnels. Toutes ces histoires épiques sont avant tout des histoires personnelles. C’est pour cette raison qu’elles résonnent autant en nous, et qu'elles divisent autant les fans à chaque épisode: chaque génération aime avant tout le Star Wars de sa jeunesse."
https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV