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Pixar sort "Luca", véritable lettre d'amour à l'Italie des années 60

"Luca", le Pixar de 2021

"Luca", le Pixar de 2021 - Pixar

Pixar revient après Soul avec Luca, dont l’histoire, à mi-chemin entre Porco Rosso et Mon voisin Totoro, devrait plaire aux plus jeunes. Un film présenté au festival d’animation d’Annecy.

Six mois après les aventures métaphysiques de Joe Gardner et de 22 dans Soul, Pixar revient ce vendredi 18 juin avec Luca, une charmante comédie estivale destinée au jeune public. Prévu un temps pour les salles de cinéma, le film est à découvrir sur la plateforme Disney+.

Son réalisateur, Enrico Casarosa, connu pour avoir signé en 2011 le court-métrage oscarisé La Luna, a puisé dans ses souvenirs d’enfance à Gênes pour raconter l’amitié entre deux créatures marines et une jeune fille dans un village italien de la fin des années 1960: "C’est une lettre d’amour à l’Italie, un voyage immersif sur la Riviera, où j’ai grandi", résume-t-il.

Luca est un festival de couleurs, de lumières et de bonne humeur. Enrico Casarosa a voulu que Luca soit le plus facile d’accès, et sans réel conflit - comme des vacances: "Nous voulions que les conflits soient à l’échelle de nos protagonistes, qui sont des enfants. Leur rêve est ainsi un peu fou, mais à leur échelle: ils veulent juste réussir une compétition sportive pour s'acheter une Vespa et rouler vers le soleil couchant."

L’influence de Miyazaki

Lettre d’amour à l’Italie, Luca est aussi une relecture de La Petite Sirène d’Andersen à la sauce Miyazaki. Mêlant les univers de Mon voisin Totoro et de Porco Rosso (le village où se déroule l’intrigue se nomme Portorosso), le film est aussi l’hommage de Pixar à son homologue japonais, avec qui il noue des relations privilégiées depuis une vingtaine d’années.

"Ce sont mes influences", confirme le réalisateur. "Conan, le fils du futur est l’une des premières séries TV que j’ai regardées. C’était très différent de ce que je regardais à l’époque. Des années plus tard, j'ai découvert que c’était une des premières œuvres de Miyazaki. Conan, le fils du futur a habité mon esprit pendant des années. Ses films m’ont beaucoup inspiré. Quand j’ai pu montrer mon court-métrage La Luna à Ghibli, c’était un super moment. Il a une touche magique, qui est unique, et qui nous a guidés pendant toute la création de ce film."

Malgré cet hommage très appuyé à Miyazaki, la "Pixar’s touch" est bien présente. "Nous nous sommes inspirés de La Luna", explique Enrico Casarosa. "On avait déjà cet univers graphique très stylisé, avec des textures, et on a eu envie de pousser encore plus loin ce style dans Luca. Quand je crayonne ou quand je peins, il y a beaucoup d’expressivité dans mes dessins, et on a voulu s’emparer de ce style 2D. On a voulu que le film ait l’apparence de ces aquarelles."

Jouer avec les contrastes

Luca se distingue cependant des autres productions Pixar par le traitement des personnages, plus proche de ce que fait habituellement le studio Aardman, spécialiste des films en stop motion avec la série des Wallace & Gromit et Chicken Run:

"Quand on a commencé à dessiner les personnages, on s’est inspiré effectivement des personnages en 2D de Aardman. On a étudié leurs animations pour les expressions des personnages. On s’est demandé ce qu’on pouvait emprunter à l’animation 2D et à la stop motion et comment on pourrait l’adapter à la 3D. Le design est plus vif. C’est un nouveau style que nous avons exploré avec nos équipes. C’était amusant de pouvoir essayer quelque chose de nouveau."

Un nouveau style qui permet de jouer sur les contrastes entre le monde sous-marin et le monde des humains. "On a cherché tous les contrastes que l’on pouvait avoir dans le son et dans la lumière pour distinguer les deux mondes. On s’est assuré que le monde sous-marin n'était pas parfait, car c’est un gamin qui veut davantage dans la vie."

Une dimension autobiographique

Les contrastes sont au cœur de ce film qui a une dimension autobiographique évidente pour son réalisateur, bien qu’il n’ait jamais rencontré de créatures marines, ou qu’il n’en soit pas une. Né à Gênes, il a dû quitter sa ville natale pour apprendre l'animation à New York, avant de travailler chez Blue Sky (L’Âge de Glace), puis chez Pixar. Alors que Luca raconte l’histoire d’un enfant qui apprend à dire au revoir à ses parents pour accomplir son rêve, Enrico Casarosa essaie justement avec ce film de se reconnecter avec le pays qu’il a dû quitter pour accomplir le sien:

"C’est un merveilleux paradoxe, car c’est une lettre d’amour à mes origines et aussi l’histoire de mon départ. Notre fin propose une tristesse très précise. C’est si difficile de quitter sa maison, sa famille, ses amis, mais aussi de regarder son destin en face. Ces émotions cohabitent dans ces instants. J’ai expérimenté ce moment à plusieurs reprises dans ma vie. C’est un moment particulier et délicieux, que j’ai essayé de reproduire dans le film."
https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV