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Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil: "Ce qui nous lie de Klapisch, c'est un film et... un vin!"

De gauche à droite: François Civil, Pio Marmaï et Ana Girardot

De gauche à droite: François Civil, Pio Marmaï et Ana Girardot - Studio Canal France

ENTRETIEN - Rencontre avec les comédiens qui endossent les rôles principaux du nouveau film de Cédric Klapisch, Ce qui nous lie.

Ils n’avaient jamais joué ensemble et ne se connaissaient pas. Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil ont pourtant réussi à créer devant la caméra de Cédric Klapisch une famille de cinéma crédible et émouvante.

Dans Ce qui nous lie, le nouveau film du réalisateur de L’Auberge Espagnole, le trio joue les enfants d’un vigneron récemment décédé. Chacun a sa vie, ses problèmes, ses aspirations. Ils héritent du domaine familial. Ils hésitent à le vendre. Le premier veut vendre pour payer ses dettes, la seconde veut perpétuer la tradition familiale et le troisième espère trouver un compromis.

Documentaire sur la fabrication des vins, comédie sur l’indivision mais aussi western bourguignon (ou viticole), la cuvée Klapisch 2017 est généreuse. Comme Pio Marmaï, Ana Girardot et François Civil, que BFMTV.com a pu rencontrer.

Un des défis du film était de créer une fratrie crédible. Comment y êtes-vous parvenu?

Pio Marmaï: On a pu la créer parce qu’on avait le temps pour la faire exister. En travaillant ensemble pendant douze mois - même si on ne s’est pas vus pendant douze mois en continu -, le temps a pu agir sur nous. On s’est très bien entendus humainement, il y avait un bonheur à se retrouver…
Ana Girardot: Est-ce qu’il n’y a pas aussi quelque chose qui est lié au fait qu’aucun de nous trois n’avait tourné avec Cédric avant? On avait depuis très longtemps cette envie en tant qu’acteurs. On nous a offert cette opportunité, on a tous les trois partagé ce sentiment d’avoir une chance inouïe. On avait donc tous les trois envie de bien faire. On a des caractères complètement différents, mais qui se sont vachement bien accordés ensemble. François Civil: Je suis totalement d’accord. Il faut saluer aussi Cédric. Tous les castings de ses films sont toujours extrêmement bluffants. J’espère que c’est aussi le cas pour celui-là. Il a cette force pour s’entourer de gens très talentueux et humbles.

Vous avez aussi re-tourné certaines scènes à quelques mois d’écart, ce qui a permis d’ajouter de la crédibilité à votre jeu.

P.M.: La première fois que l’on s’est vus et que l’on a joué ensemble, on ne savait pas qu’il allait y avoir cet amour - l’amitié, c’est de l’amour, c’est la même chose. Quand on s’est dit au revoir après dix mois de travail, ce ne sont pas les mêmes émotions que lorsqu’on était au troisième jour de tournage. Donc c’était peut-être bien de refaire certaines scènes, comme celle où je retrouve Ana au début du film.
F.C.: Je trouve que c’est assez révélateur de la manière dont on a fait le film. On avait cette chance de voir ce que l’on faisait en direct et d’avoir le temps qui passe entre chaque session de tournage pour améliorer les scènes en s’inspirant du temps que l’on a passé ensemble.
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- © Copyright Emmanuelle Jacobson-Roques - Ce Qui Me Meut

C’est assez rare au cinéma de pouvoir tourner aussi longtemps, de pouvoir construire son personnage sur le long terme, un peu comme au théâtre...

F.C.: ...et en même temps, il y a quelque chose de très différent du théâtre. Au théâtre, tu joues tous les soirs le même texte. Là, ce n’était jamais le même texte, jamais les mêmes scènes. On a découvert certaines scènes la veille au soir parce que Cédric a continué le processus d’écriture tout au long de l’année. Pour nous, c’était hyper excitant.
A.G.: Il a écrit en nous observant. Il y a des scènes qui ont été adaptées à notre façon d’agir et de parler. C’est vraiment galvanisant en tant qu’acteur.

Ce qui a dû être galvanisant aussi est la cuvée "Ce qui nous lie", le vin que vous avez créé pendant le film.

P.M.: Ce qui différencie ce film de Klapisch d’un film normal, c’est qu’à la fin du tournage on n’avait pas seulement fait un film, mais aussi un vin, une cuvée. Pour en parler simplement, on ne l’a pas fait avec n’importe qui, mais avec Jean-Marc Roulot, qui est pour moi celui qui, à Meursault, fait le meilleur Meursault. C’est très agréable et très émouvant de pouvoir tenir entre nos mains cet objet qui symbolise le temps qui est passé depuis le premier jour de tournage, il y a deux ans. C’est quelque chose qui arrive très rarement. C’est un moment de grâce.
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- © Copyright Emmanuelle Jacobson-Roques - Ce Qui Me Meut

Comme souvent chez Klapisch, il y a des scènes en anglais. Vous appréhendiez ces scènes?

P.M.: Le problème, c’est que je suis vraiment bilingue. Cédric m’a demandé de franciser mon accent… Non (rires). Je comprends très bien l’anglais, je le parle, mais je n’ai pas du tout l’accent. Et ça me terrifie de jouer en anglais. J’essayais à chaque fois de couper dans le texte. Je demandais à Klapisch si c’était nécessaire ou s’il allait filmer pendant que je parlais les autres acteurs. Ca m’a beaucoup angoissé de jouer en anglais.
F.C.: Je n’ai quasiment rien en anglais. Je dois dire une fois “Hello”. A.G.: Moi, pour le coup, je parle beaucoup mieux anglais dans la vie que dans mon personnage… F.C.: T’entends Scorsese? (rires) A.G.: C’était vraiment comique. Avec l’ingénieur du son, on essayait de réduire mon niveau d’anglais. J’aime bien me dire que c’est ce film qui va faire décoller ma carrière aux Etats-Unis (rires). "Travailler avec Klapisch, un rêve de gosse"

Travailler avec Klapisch, c’était un rêve?

P.M.: J’ai travaillé avec sa femme, Lola Doillon, dans un film qui s’appelle Contre toi, il n’y a pas mal de temps. On s’était rencontrés par hasard. Puis on s’était retrouvés jurés au festival de Beaune. On avait beaucoup rigolé ensemble et on s’était dit qu’on avait envie de travailler ensemble, mais c’est toujours compliqué de trouver le bon projet. C’est parti d’un rapport plus humain que professionnel.
A.G.: J’ai travaillé avec Cédric sur des photos pour Madame Figaro, il avait shooté plusieurs comédiennes de ma génération. Il m’avait mise en scène dans un personnage hitchcockien. Il fait partie de mon paysage cinématographique depuis que je suis adolescente. En tant qu’actrice, c’était un rêve de travailler pour lui. F.C.: Pareil. Un rêve de gosse. Le Péril jeune, avec ma bande de potes, avant même que je sois acteur, c’était un film culte pour nous. Je n’aurais jamais imaginé que dix ans plus tard je travaillerais pour lui.
Jérôme Lachasse