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Non, la saga Fast & Furious ne parle pas que de grosses cylindrées

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Sous le capot de cette série portée par Vin Diesel se dissimulent plusieurs enjeux géopolitiques.

"Je n'ai pas d'amis, j'ai une famille". Ainsi parle Vin Diesel, alias Dominic Toretto dans Fast and Furious 7. C'est une évidence depuis le début pour les personnages comme pour les fans de cette grande fresque familiale: Fast and Furious ne parle pas uniquement de courses de rue. On a souvent eu tendance à réduire la franchise à un enchaînement de gros plans de bolides et de ralentis de jeunes femmes dénudées. Ces images, devenues l'ADN de la série, ont contribué à brouiller l'image de Fast and Furious, qui ne cesse pourtant de se renouveler en s'inspirant de l'actualité. 

Le nouvel épisode de la saga, Fast and Furious 8 (on préférera le titre anglais, plus poétique: The Fate of the Furious), s'inscrit à merveille dans cette dynamique. Le long-métrage a par exemple profité de la récente levée de l’embargo entre les États-Unis et Cuba pour y tourner les premières scènes du film, devenant ainsi le premier blockbuster américain à filmer sur l'île. "C'était un symbole fort de la nouvelle tournure des rapports du pays avec les USA. L'émotion était palpable et sincère", a déclaré le réalisateur F. Gary Gray. "[La Havane] est incroyable, tant au niveau historique, qu'architectural, c'est une véritable oeuvre d'art." A ce propos, c'est le chanteur d'origine cubaine Pitbull qui s'est chargé de la musique du générique.

Un mélange de films de braquage et d'espionnage

Fast and Furious 8 est un film particulier dans la saga: Dominic Toretto y est contraint de trahir sa "family" pour aider une cybercriminelle de haut vol jouée par Charlize Theron. Après Cuba et un court séjour à Berlin, Dominic Toretto s'envole pour New York où il doit dérober les codes de l'arme nucléaire russe.

Comme chaque film de la série depuis Fast and Furious 5, les courses de voiture sont mises de côté au profit d'une intrigue mêlant enquête policière et espionnage. Si le cinquième film lorgnait du côté du film de braquage à la Ocean's Eleven, le huitième volet est un thriller géopolitique (qui culmine tout de même avec une course poursuite contre un sous-marin nucléaire, on ne se refait pas). 

Des voitures zombies

Dans le septième volet, le dernier avec feu Paul Walker, la "family" de Dominic Toretto mettait la main sur un logiciel de surveillance surnommé le "God's eye". Celui-ci permet de connaître à tout instant les faits et gestes de chaque individu de la planète. La NSA et les révélations de Snowden ne sont pas si loin...

Dans Fast and Furious 8, le "God's eye" refait son apparition, mais se révèle rapidement inefficace: la faute à la cybercriminelle jouée par Charlize Theron. Son personnage incarne nos peurs les plus profondes: un individu qui parvient à s'introduire sans aucun problème dans notre intimité. Une scène l'illustre parfaitement: pour créer une diversion alors que Dominic Toretto doit dérober les codes de l'arme nucléaire russe détenus par le ministre de l'Intérieur russe, elle hacke les voitures connectées de tout Manhattan pour créer une horde de véhicules qui, tels des zombies, bombardent la voiture diplomatique. Une vision apocalyptique qui montre que derrière les bolides de Fast and Furious se dissimulent de grands enjeux géopolitiques. 

Ce n'est pas un hasard. Fast and Furious semblait en effet rétrospectivement destiné à endosser cette dimension politique. Comme l'indique un article du Monde de juin 2012, la série a donné son nom à "une opération ratée des services américains visant à lutter contre le trafic d'armes entre les Etats-Unis et le Mexique". Entre la fiction et la réalité, il n'y a qu'un pas que les fous du volant de la "family" de Dominic Toretto ont su franchir. 

Jérôme Lachasse