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Les confidences de Louis Garrel et Stacey Martin, le duo gagnant du Redoutable

Louis Garrel et Stacey Martin dans "Le Redoutable", en salles le 13 septembre 2017

Louis Garrel et Stacey Martin dans "Le Redoutable", en salles le 13 septembre 2017 - Les compagnons du cinéma

ENTRETIEN - Alors qu'ils incarnent Jean-Luc Godard et Anne Wiazemsky au cinéma dans Le Redoutable de Michel Hazanavicius, les deux comédiens ont répondu aux questions de BFMTV.com à l'occasion de la sortie de cette comédie au charme irrésistible.

S'inspirer de la vie de Godard pour en faire une comédie populaire, sous fond histoire d'amour en plein Mai 68, il fallait s'appeler Michel Hazanavicius pour oser le faire. Et pour réussir ce pari. Dans Le Redoutable, en salles ce mercredi 13 septembre, le réalisateur de The Artist et OSS 117 s'est inspiré du livre Un an dans lequel Anne Wiazemsky raconte son histoire d'amour avec Jean-Luc Godard, à un moment où celui-ci se remet profondément en questions après l'échec de son film La Chinoise, passant alors de cinéaste star à artiste maoiste hors système aussi incompris qu'incompréhensible.

Pour incarner le couple à l'écran, Michel Hazanavicius s'est attaché les services de Louis Garrel (aussi drôle que méconnaissable dans la peau de Godard) et de Stacey Martin (incarnation idéale des actrices de la Nouvelle Vague). Les deux comédiens ont évoqué pour BFMTV.com ce film, petit OVNI burlesque qui dépeint une époque et croque avec humour les facettes d'un Godard aussi touchant qu'agaçant.

L'idée de faire une comédie populaire autour de Godard ne vous a pas semblé paradoxale quand Michel Hazanavicius vous a présenté son projet pour la première fois?

Louis Garrel: Au contraire, c'est plutôt ça qui m’a donné envie! Si ça n’avait pas été une comédie, ça ne m’aurait pas intéressé. Michel m'a dit que le film serait un genre de comédie à l’italienne, avec beaucoup d'ironie. Et puis, ce n'est pas qu’une comédie non plus, c’est une histoire d’un amour assez tragique. Mais le ton général du film est une comédie. On retrouve le décalage comique présent dans les autres films de Michel Hazanavicius, comme OSS 117 et même The Artist, avec un homme qui se retrouve toujours un peu décalé par rapport aux autres.

Vous qui aimiez Godard, n’aviez-vous pas peur d’égratigner le "mythe"?

Stacey Martin: Non, cette inquiétude a disparu très rapidement. On a créé notre propre film, en empruntant quelque chose qui est très connu, mais en même temps, ça appartient complètement au monde de Michel. On retrouve complètement OSS 117, ça nous a permis de passer au-delà de l’inquiétude et du mythe. Il a créé son propre Godard, son propre Jean-Luc. C’est ça qui est fort pour le film.

Louis Garrel: Le film s’inspire d'une chose que tout le monde a dans l’imaginaire collectif, on joue avec ces images, avec l’imagination du public. De ce point de vue, le film est comme un jeu avec les spectateurs, qu’ils aient vu ou non les films Jean-Luc Godard, d'ailleurs. Ce n’est pas un documentaire, une thèse, un manifeste ou pamphlet. C’est un jeu avec l’iconographie de la Nouvelle Vague et des films de Godard, mais aussi avec les événements de Mai 68, dont le film fait une reconstitution assez précise et massive.

"Le mieux pour un acteur, c’est quand on ne l'identifie jamais à un style."

Dans Le Redoutable, Godard a de multiples facettes, il y apparaît tantôt burlesque, excessif, colérique, grotesque, drôle, agaçant, touchant... Comme vous êtes-vous approprié ce personnage complexe? Grâce au réalisateur?

Louis Garrel: Oui, Michel est quelqu’un de passionné, tout le temps, il est très jusqu'au-boutiste, donc c’est un moteur pour plein de situations. Là, l’idée de Michel était de grossir des situations de conflit, de les rendre assez drôles, il faut jouer à fond toutes les situations. Le personnage a même quelquefois un côté Woody Allen, car c'est quelqu’un de très cérébral qui se retrouve dans des situations décalées.

Lors des événements de Mai 68, Godard se sent incompris, car il veut prendre un nouveau virage, s'engager avec la jeunesse alors que les gens lui réclament des films qu’il ne veut plus faire. Sa réaction vous touche?

Louis Garrel: Oui ! Enormément. Je suis admiratif des gens qui, tout d’un coup, ont une fascination pour la jeunesse et qui disent: 'C’est eux qui doivent être écoutés les premiers'. C’est toujours un geste de génie généreux.

A cette période, Godard semble prisonnier de son image. Est-ce un problème qui vous parle?

Louis Garrel: Je pense que Michel Hazanavicius a vécu un peu la même chose avec The Search où les gens le ramenaient tout le temps à OSS 117 et le film n’a pas eu le succès public qu’il voulait. Mais moi non… Après la liberté d’un acteur est d’essayer de passer d’un genre à un autre, d’arriver à ne jamais être identifié à un style. Peut-être que j’ai aussi été identifié à un style de cinéma et c'est vrai qu'à un moment, je me suis dit: 'Mince, c’est pas génial...' Le mieux pour un acteur, c’est quand on ne l’identifie jamais à un style.

"Un film sur ma vie ? Ce serait un peu chiant pour le spectateur!"

Etait-ce volontaire de ne pas avoir rencontré Anne Wiazemski avant le tournage du film?

Stacey Martin: C'était volontaire dès le début. J’en avais parlé à Michel. Même si on sait qu’on incarne des personnes qui existent dans la vraie vie, il y a déjà assez de distance par rapport à eux: le fait que ce soit déjà l’adaptation d’un livre, que ce soit une interprétation de Michel, que ça appartienne à un genre en soi, que ce soit une adaptation de Louis puis de moi, c’était volontaire de ne pas être trop restreinte par rapport à tout ça. J’avais envie de faire quelque chose de différent qui globalise tous les symboles féminins de la Nouvelle Vague et des films de Godart. Même si on ne connaît pas son cinéma, on a des images assez cultes de ces femmes. Donc c’est ce que j’ai fait. J'ai ensuite rencontré Anne Wiazemsky lors du dernier Festival de Cannes, c’était émouvant.

Louis Garrel et Stacey Martin dans "Le Redoutable", en salles le 13 septembre 2017
Louis Garrel et Stacey Martin dans "Le Redoutable", en salles le 13 septembre 2017 © Les compagnons du cinéma

A l'instar de Godard, pensez-vous qu'il est difficile de s'engager au cinéma?

Louis Garrel: Pour le personnage du film, ça va même plus loin, car l’idée est de ne même plus signer ses films comme metteur en scène, mais de se fondre dans un collectif. C’est une expérience qui n’a été faite que très rarement. C’est assez admirable, mais ça pose pleins de problèmes! Lui, il voulait faire des films politiquement, pas des films politiques. Aujourd’hui, on n’a plus vraiment ça. Au théâtre, ça arrive parfois, mais au cinéma, c’est quand même la chose la plus dure à faire. C’est un art industriel.

Qu'apprend-t-on sur un tournage quand on est dirigé par un réalisateur oscarisé comme Michel Hazanavicius?

Louis Garrel: J’ai appris pleins de trucs! Je n’avais jamais été autant dans un style que je ne connaissais pas, à la fois burlesque et comique. J’apprenais tout le temps, c’est lui le spécialiste, c’était le plombier, moi j’étais l’électricien. Je l’écoutais beaucoup.

Si, dans 30 ans, quelqu'un décidait de faire un film sur votre vie dans la même veine que Le Redoutable, comment le prendriez-vous? Comme Godard qui n'a fait aucun commentaire à ce sujet?

Stacey Martin: Ah, il faut voir la vie qu’on a aussi! Mais si c'est une comédie...
Louis Garrel : Alors là, bonne question, vraiment, aucune idée ! Je pense que ce serait un peu chiant pour le spectateur... (rires)