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Fabrice Eboué sort "Barbaque", comédie noire sur des bouchers qui tuent des militants vegans

L'acteur-réalisateur revient après "Case Départ" et "Coexister" avec une nouvelle comédie au vitriol comme il les aime.

Dans Barbaque, nouvelle comédie de Fabrice Eboué en salles ce mercredi, un couple de bouchers tue des militants vegans pour les servir en jambon à leurs clients. Un pitch ouvertement provocateur pour un réalisateur habitué aux sujets sensibles et qui dit ne pas vouloir se moquer des vegans: "Je ne ris pas contre les vegans, mais d’une époque", assure-t-il à BFMTV. "Dans ce film, il y a des vegans activistes, mais aussi un boucher qui représente l’hyperconsommation, ce qui peut être très néfaste."

"Au collège, on m’avait appris à faire thèse, antithèse, synthèse", poursuit le réalisateur. "C’est ce que j’ai essayé de faire avec ce film. La culture vegan est une culture radicale, quasi fanatique et religieuse, selon moi, mais je pense qu’il faut entendre ce discours: il est temps de changer notre mode de consommation, parce qu'il ne touche pas que le rapport à l’animal, mais aussi le rapport à la planète."

"Je ne suis pas vegan", poursuit-il. "J’aime la culture gastronomique française et la culture gastronomique en général, qui va de pair avec la viande, mais il faut peut-être écouter qu'il y a aujourd’hui un problème de surconsommation et qu'il va falloir trouver un juste équilibre."

"À travers le veganisme, on parle aussi de communautarisme, de radicalité, d’environnement, d’opposition entre les communautés. On parle même de 'cancel culture', parce que (le veganisme) c’est annuler la gastronomie française! Ce sont des thèmes récurrents aujourd’hui", analyse encore Fabrice Eboué.

Dans Barbaque, il incarne Vincent, un boucher traditionnel qui peine à joindre les deux bouts. Jusqu'au jour où la boutique, qu'il tient avec son épouse Sophie (Marina Foïs), est attaquée par un commando de militants vegans, un mode de vie qui refuse strictement la consommation et l'exploitation des animaux. Par accident, Vincent tue l'un d'entre eux. Le corps, dont il ne sait que faire, finit dans la trancheuse à jambons. Des tranches de vegans goûteuses à souhait, que Sophie, pas au courant, va vendre pour le plus grand régal de la clientèle.

Une comédie romantique d'horreur

Barbaque est avant tout une comédie noire avec un cœur romantique, sur un couple qui se déchire puis qui s'unit grâce au cannibalisme. Fabrice Eboué s'est appliqué à reproduire les codes du genre: "J'ai été très scolaire dans mon scénario de comédie romantique puis j'ai ajouté des éléments plus déjantés. On parle beaucoup des hommes déconstruits aujourd’hui. C’est aussi un film qui parle de virilité. C’est amusant que cet homme accablé par sa femme retrouve petit à petit sa virilité en laissant parler son instinct animal. C’est comme ça qu’il va reconquérir sa femme."

Co-réalisé par John Waxx (Tout simplement noir), Barbaque est de son point de vue son film "le plus abouti", tant visuellement que narrativement: "J'ai essayé d’être le plus efficace et le plus juste possible", assure le réalisateur. "Les vannes servent toutes le propos et les personnages." Certaines blagues - notamment sur les personnes transgenres dans une séquence où le personnage de Fabrice Eboué énumère qui ils pourraient tuer pour fabriquer leur jambon - devraient néanmoins faire réagir.

"Je n’aime pas expliquer les blagues une à une, parce que sorti du contexte du film ce n’est pas intéressant", répond-il.

Il revendique une liberté de penser inspirée du one-man-show: "Je fais un film en moyenne tous les trois ans. Je pourrais accepter plein de films entre-temps, je pourrais gagner cent fois plus ma vie, mais je ne le fais pas parce que mon objectif n’est pas de gagner trop d’argent comme certains dans notre métier. Mon objectif n’est pas non plus de protéger mon image pour perdurer. Mon objectif, c’est le beau geste. J’ai toujours aimé ça, comme j’ai toujours aimé la bonne vanne qui tombe au bon moment. J'aime le rire franc."

Une première version retoquée par les producteurs

Grâce à une Marina Foïs plus inquiétante que jamais, Barbaque parvient à installer un véritable climat de malaise dans certaines scènes: "On sent que quelque chose ne tourne pas rond, mais on ne sait pas jusqu’où ça va aller", se réjouit Fabrice Eboué, qui a voulu avec Barbaque montrer comment un monsieur tout-le-monde pouvait basculer dans une folie meurtrière. "On a tous ce petit monstre en nous que notre humanité réfrène", assure l'humoriste, dont le personnage mime un attentat islamiste lors de sa première virée meurtrière (avortée, par couardise).

Déçu par Le Crocodile du Botswanga (2012) qui avait été conçu dans la hâte après le succès surprise de Case Départ (2010), Fabrice Eboué prend désormais son temps "pour trouver à chaque fois le bon sujet, le fond, la forme et le bon scénario." La première version de Barbaque suivait des vegans projetant un attentat au salon de l’agriculture. Une idée retoquée par tous les producteurs de la place de Paris. "Ils ont eu raison", reconnaît-il. "C'était gratuit, sans fond, sans intérêt." Puis lui est venue cette idée d'un couple de bouchers se révoltant face aux vegans.

"Un cinéma qui ose"

Contrairement aux États-Unis, l'Italie et l'Espagne, la France n'a pas coutume de produire des comédies aussi noires.

"Quand Tarantino fait des films hyper sanglants, tout le monde crie au génie, alors que nous, c’est systématique, dès qu'on met un peu de sang, on nous dit que c’est trop trash", s'agace ce fan de C’est arrivé près de chez vous.

"On n’est pas obligé de faire toujours ces fameuses petites comédies familiales feel good qui m’épuisent totalement. J’aime un cinéma qui ose. Pour moi, un artiste est là pour oser. C’est ce que j’ai essayé de faire dans ce film."

C'est aussi cela le style Eboué: "La capacité de tourner des sujets en apparence intraitables en comédie et d'en faire des comédies." Réalisateur de plusieurs films qui s'amusent de questions identitaires ou de religion, il signe avec Barbaque son film le plus méchant et donc le plus proche que lui, souligne-t-il: "Le travail d’un artiste est d’être le plus soi-même."

Le prochain film déjà écrit

Eboué revendique l'influence sur son travail de la comédie italienne et d’Affreux, sales et méchants (1976) - un film fréquemment cité par les réalisateurs de comédies françaises, de Philippe de Chauveron (Le Bon Dieu) à Jean-Marie Poiré (Les Visiteurs). "J’aime les personnages noirs, un peu sadiques. J’aime tous ces salopards, parce que c’est la nature humaine aussi", s'emporte Eboué, qui refuse désormais toutes les offres d'apparaître dans des "petites comédies familiales feel good".

Après Barbaque, Fabrice Eboué va continuer d'explorer cette veine iconoclaste. Il a déjà écrit son prochain film, un huis clos dans la lignée du Prénom (2012) et du Jeu (2018). Il en dévoile les grandes lignes: "C'est l’anniversaire d’une quarantenaire qui invite ses meilleurs amis et tout va partir en sucette pour une raison que je ne vais pas évoquer ici... Le film va loin, très loin, mais pour d’autres raisons que l’on peut voir dans Barbaque. Ça ira très loin dans les rapports humains."

https://twitter.com/J_Lachasse Jérôme Lachasse Journaliste BFMTV