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De Bridget Jones à Judy, la mystérieuse disparition de Renée Zellweger

Renée Zellweger dans le rôle de Judy Garland

Renée Zellweger dans le rôle de Judy Garland - YouTube - Roadside Flix

L'actrice de Bridget Jones et Chicago revient sur le devant de la scène avec un biopic de Judy Garland qui lui a valu un nouvel Oscar. Retour sur sa trajectoire fulgurante et sa mystérieuse disparition au cours des années 2010.

C'est un come-back comme Hollywood les aime. Celui de l’actrice talentueuse qui après avoir disparu des circuits réapparaît avec un rôle fort qui fait écho à son propre parcours du combattant dans la jungle du cinéma.

L’Académie des Oscar ne s’y est pas trompée en récompensant une nouvelle fois Renée Zellweger pour son interprétation d’une Judy Garland à bout de souffle quelques mois avant sa mort à Londres en 1969. Un rôle parfait qui a permis à Renée Zellweger d’exprimer sa frustration avec un métier qui a fait d’elle une star et qu’elle a dû quitter, lassée par les normes d’une industrie déshumanisante. 

Déjà oscarisée en 2004 pour Retour à Cold Mountain, l’actrice effectue avec Judy (en salles depuis mercredi) un come-back inespéré. Hormis un troisième volet de Bridget Jones sorti en 2016, la comédienne a passé les années 2010 loin des plateaux de cinéma. Son absence a été remarquée, commentée - tout comme ses brèves réapparitions. Son retour est d’autant plus important que Renée Zellweger fut, pendant un temps, considérée comme une des meilleures actrices de Hollywood.

Une trajectoire fulgurante

Son ascension, dans les années 1990, fut fulgurante. Originaire du Texas, Renée Zellweger se destinait à l’origine au journalisme. Alors qu’elle suit des cours à l'University of Texas à Austin, elle décroche un rôle dans un film étudiant. Soudain, le journalisme l’intéresse beaucoup moins et elle part tenter sa chance à Hollywood. Elle décroche en 1993 son premier rôle dans Dazed and Confused de Richard Linklater, puis l’année suivante le rôle principal de Texas Chainsaw Massacre: The Next Generation. Deux films avec une autre star originaire du Texas: Matthew McConaughey.

S’en suivent deux classiques de la Génération X - Reality Bites et Empire Records - et son premier grand film, en 1996: Jerry Maguire de Cameron Crowe avec Tom Cruise. Zellweger prête son visage poupon à plusieurs comédies comme Nurse Betty (qui lui vaut une première nomination aux Golden Globes), Fou d’Irène ou encore Le Journal de Bridget Jones, classique de la comédie romantique moderne.

Puis viennent les rôles à Oscars: celui de Chicago (2003), où elle rate de peu la statuette de la meilleure actrice, puis celui de Retour à Cold Mountain (sorti en janvier 2004 en France), qui lui permet de décrocher la statuette de la meilleure actrice dans un second rôle. Après un deuxième volet de Bridget Jones, Zellweger enchaîne biopics (De l'ombre à la lumière, Miss Potter) et comédies (Jeux de dupes, Ma mère, ses hommes et moi) sans aspérités. Elle s’essaie même au western sous la direction d’Ed Harris dans Appaloosa. Sans grand succès.

La disparition de Renée Zellweger

Lassée par les rôles qu’on lui propose, Renée Zellweger a l’impression de stagner. Elle en a aussi assez des robes de soirée, des interviews, de la promotion. En 2010, après avoir travaillé sans s’arrêter pendant vingt ans, elle s’accorde une pause. Disparue complètement des radars, elle réapparaît brièvement en 2014. Une apparition publique qui suscite de nombreuses critiques sur son physique et la chirurgie esthétique. Elle s’empresse de répondre dans un texte intitulé On peut faire mieux et publié sur le site du HuffPost.

Elle amorce un premier come-back en 2016 avec un troisième Bridget Jones puis disparaît une nouvelle fois. Un recul nécessaire pour sa santé mentale, a-t-elle révélé dans plusieurs interviews parues ces derniers mois: "Je n’étais pas en bonne santé. Je ne prenais pas soin de moi. J’étais la dernière sur ma liste de priorités", a-t-elle expliqué à Vulture.

"Je me mentais à moi-même, et je ne sais pas pourquoi", a-t-elle encore déclaré au Guardian, avant d’ajouter: "Ce n’est jamais facile d’être une actrice qui disparaît quand il n’y a pas de mystère."

Pendant sa disparition, Renée Zellweger refuse plusieurs projets importants qui auraient pu la remettre en selle. Elle n’a aucun regret. Elle a voyagé, suivi des cours à l’University of California et a même écrit un pilote pour Lifetime (il n’a pas été retenu). Elle s’est concentrée sur son bien-être et a consulté à cette époque un psychiatre pour l’unique fois de sa vie: "Il s’est rendu compte que je passais 99% de mon temps en tant que figure publique et le reste dans ma vraie vie. J’avais besoin de ne pas avoir tout le temps besoin de faire quelque chose, de ne pas avoir les deux prochaines années de ma vie planifiées. Je voulais qu’il y ait des imprévus."

Au cours de ces sessions, Renée Zellweger a découvert aussi qu’elle souffrait de dépression. L’incident de 2014 l’avait blessée bien plus qu’elle ne le croyait. Cet épisode dépressif n’a duré qu’une seule année, ajoute-t-elle dans Vulture: "J’ai eu cinq ans de ma vie où j’étais joyeuse et je vivais un nouveau chapitre de ma vie sans que personne ne le sache." Elle a pu ainsi enrichir sa palette de jeu, a-t-elle déclaré au New York Times: "J’ai pris des congés, pour éviter de ressasser sans cesse les mêmes émotions pour raconter des histoires. J’en ai vécu de nouvelles et j’ai beaucoup appris." De nouvelles expériences qui lui ont permis de jouer Judy Garland. 

"Une vie ponctuée de tragédies personnelles"

En 2017, lorsqu’on lui propose le rôle, Renée Zellweger hésite cependant à accepter. "Au début, je n’ai pas compris pourquoi ils ont pensé à moi", a-t-elle également raconté au New York Times. Le film nécessitait en effet de savoir chanter - et Zellweger, malgré son rôle dans Chicago, ne se considère pas comme une chanteuse. Et elle n’a jamais chanté en public. Malgré ses réticences, elle accepte le rôle et passe plusieurs mois à lire des biographies de Judy Garland et à regarder des vidéos sur YouTube. Elle s'est totalement imprégnée du rôle, jusqu’au point où elle s’est appropriée les douleurs de Garland: 

"Je ne pouvais pas imaginer qu'une femme qui avait tant de talents, depuis qu'elle était si jeune, se retrouve dans cette situation à son âge. C'est ce que j'ai aimé chez elle: cette combinaison de talent, de dons, de ténacité et d'humanité. Sur scène, elle était capable d'incarner l'essence même d'une chanson, et de donner aux spectateurs l'impression qu'elle l'interprétait spécialement pour chacun d'eux", a-t-elle commenté dans les colonnes du Parisien. "C'est une vie ponctuée de tragédies personnelles, dont elle se relevait sans cesse. Elle avait une force incroyable, et c'était quelqu'un d'authentique, qui ne trichait pas."

Renée Zellweger est désormais revenue dans l’arène hollywoodienne. Elle a signé un accord de premier regard avec MGM Television. Comme beaucoup d’actrices de sa génération - Gwyneth Paltrow, Reese Witherspoon et Nicole Kidman -, elle est consciente que les films qui l’ont rendue célèbre seraient désormais difficiles à produire à Hollywood et privilégie la télévision et le streaming: "Avec les plateformes de streaming, le marché est beaucoup plus ouvert, il y a davantage de tournages, de rôles très divers", a-t-elle estimé dans Le Parisien. "Et c'est formidable: il y a maintenant de grands rôles après quarante et même cinquante ans."

Jérôme Lachasse