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Blanche comme neige: pourquoi le personnage de Blanche-Neige continue de fasciner

Lou de Laâge et Isabelle Huppert dans Blanche comme Neige

Lou de Laâge et Isabelle Huppert dans Blanche comme Neige - Gaumont

La réalisatrice Anne Fontaine revisite Blanche-Neige dans une comédie érotique. Elle raconte pourquoi le conte continue de fasciner et reste intemporel.

Intemporelle Blanche-Neige. Le célèbre conte des frères Grimm, adapté aussi bien par Disney que par Rammstein, continue de fasciner les artistes, comme le prouve Blanche comme neige, film d'Anne Fontaine en salles depuis le 10 avril. Ce film avec Lou de Laâge est un avatar moderne de Blanche-Neige.

Dans la lignée de Gemma Bovery, adaptation de la BD du même nom où Anne Fontaine mêlait déjà littérature et désir féminin, Blanche comme neige reprend les principaux éléments du conte en les subvertissant:

"C’est une fantaisie, une comédie sur une jeune femme qui est comme une sorte de page blanche et va découvrir de manière initiatique la relation à sa sensualité, au masculin et à son émancipation", explique la cinéaste, qui a déjà exploré ce thème dans Nathalie et Perfect Mothers.

"Transgresser le conte"

"Ce qui m’intéressait aussi était de voir comment on pouvait jouer avec l’idée d’un prince charmant multiple", ajoute-t-elle, avant de préciser que le film "déjoue" et "transgresse" le conte pour éviter d’être "victime du fantasme du prince charmant":

"Chacun a sa vision plus ou moins consciente de Blanche-Neige. Au départ, c’est une fille complètement aliénée à la condition masculine: elle est comme une boniche qui préparait la maison pour les sept nains. Sans faire de didactisme j’ai essayé d’aller vers un féminin complètement déployé de manière solaire. Ça m’amusait aussi de créer un jeu avec le spectateur qui peut se demander comment la belle-mère va éliminer Claire et créer ainsi une tension un peu hitchcockienne."

Pour la marâtre, Anne Fontaine a fait appel à Isabelle Huppert. Un évidence pour la réalisatrice: "Personne d’autre qu’elle n'aurait pu jouer d’une manière aussi naturelle un tel rôle. C’est une actrice qui arrive d’une manière extrêmement subtile à faire passer l’ambiguïté, la complexité et le trouble tout en n’étant jamais dans la caricature. Elle est tout à fait prodigieuse lorsqu’elle fait des choses qui ne sont pas du tout quotidiennes". Il faut dire que depuis Violette Nozière, où elle incarne la célèbre parricide, "elle a eu le parcours parfait de la criminelle", s’amuse Anne Fontaine.

"Les animaux regardent une scène érotique"

Blanche comme neige se déroule de nos jours, mais revêt les apparences du conte. Anne Fontaine a tourné dans le massif des Écrins (Alpes): "c’est la région du Vercors, qui est très belle, très sauvage. Elle représente l’idée d’un pays imaginaire." Avant d’y pénétrer, et pour mieux souligner l’irruption du conte dans le récit, la réalisatrice use de dispositifs purement cinématographiques comme un fondu et un brouillard:

"Au début, on ne sait pas très bien ce qui se passe, ce qui arrive à Claire, elle court, elle est mise dans le coffre d’une voiture qui part dans le brouillard. La musique de Bruno Coulais joue avec le suspense. Ça crée un univers non-naturaliste. Il y a un voyage et on arrive dans une contrée où vivent sept hommes différents. J’ai pensé qu’elle devait rencontrer plusieurs personnages masculins, Ça joue avec l’idée de Timide, Grincheux, Prof… mais ce n’est pas littéral. Ce sont sept hommes qui sont face à leur fragilité."

Avec ces hommes, Claire/Blanche-Neige s’éveille au plaisir dans des scènes d’amour situées en pleine forêt, le lieu du conte par excellence. L’occasion aussi pour la réalisatrice de déjouer les attentes du public avec un gag burlesque où des écureuils assistent aux ébats entre Claire et un des sept hommes, joué par Jonathan Cohen: "le monde de la nature fait partie de l’éveil de sa sensualité. Cette façon dont les animaux regardent une scène érotique exprime un décalage ludique, parce que souvent les scènes d’amour sont sérieuses. Le fait de voir un écureuil appeler ses copains à la rescousse pour voir ce qui se passe dans une voiture est complètement inhabituel."

"Blanche-Neige est une comédie cruelle"

Le mythe de Blanche-Neige a souvent été revisité dans un contexte érotique. En 2007, le Belge Picha, connu pour son dessin animé La Honte de la Jungle, a sorti Blanche-Neige, la suite, parodie paillarde du conte de Disney avec les voix de Cécile de France et Jean-Paul Rouve. En 2008, Winshluss évoque dans Pinocchio le sort de Blanche-Neige livrée à des nains érotomanes et sadiques.

"Pourtant, dans le Blanche-Neige d’origine, la jeune femme est complètement aliénée à sa condition de ménagère. On ne peut pas dire qu’elle soit l’incarnation d’une figure érotique", analyse Anne Fontaine. "Je pense que la modernité, la façon de revitaliser ce mythe, c’est de prendre un contre-pied et de dire qu’il n’y a pas un prince charmant, mais sept, de jouer avec cet imaginaire, de le bousculer, de le mettre la tête par dessus les jambes ou les jambes par dessus la tête. Un conte, c’est comme un socle commun qu’on peut réinvestir de manière complètement personnelle et originale."

De Blancanieves, film espagnol muet en noir et blanc avec de véritables nains, au clip Sonne de Rammstein où le personnage meurt d'une overdose, des créateurs de nationalités et de sensibilités très différentes ne se sont pas privés de malmener cette histoire qui résonne, quelle que soit l'époque: "Je n’aurais jamais eu l’idée de faire quelque chose sur Cendrillon", ajoute Anne Fontaine. "Il y a quelque chose d’universel, de cruel et en même temps de drôle chez Blanche-Neige: pour moi, c'est une comédie cruelle."

Jérôme Lachasse