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La BD de la semaine: Winshluss commente Dans la forêt sombre et mystérieuse

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- - © Winshluss / Gallimard

LA BD DE LA SEMAINE – L’auteur de Pinocchio revient avec un fabuleux livre destiné au jeune public. Il a accepté de commenter pour BFMTV.com quatre planches de cet album qui vient de recevoir la pépite d’or au Salon du livre jeunesse de Montreuil.

Dix ans après Wizz et Buzz (Shampooing), Winshluss revient avec un nouvel album destiné à la jeunesse: Dans la forêt sombre et mystérieuse (Gallimard) qui vient de recevoir la pépite d’or au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.

Jouant avec les mythes, comme dans Pinocchio et In God We Trust, Winshluss raconte les aventures d’Angelo, un petit garçon dont la grand-mère s’apprête à mourir. En chemin, il se perd dans une forêt, comme le titre l’indique, sombre et mystérieuse. Il y rencontre des personnages aussi farfelus qu’attachants dont Fabrice, l’écureuil qui rêve de devenir un oiseau et Gou, une créature des bois sortie tout droit d’un film de Miyazaki.

Winshluss, que BFMTV.com a rencontré, dit avoir voulu raconter cette histoire parce qu’il a désormais des enfants. Sans renier son trait et son style, il les a rendus plus abordable, élargissant les cases, élaborant des cadrages moins complexes qu’auparavant. Comme ses livres précédents, Dans la forêt sombre et mystérieuse imagine plusieurs fins. Une manière de satisfaire non seulement les enfants qui le lisent mais aussi l’enfant qu’il a été: "Tout gamin", dit-il. "Quand une histoire se finissait, je me demandais toujours ce qu’il se passait après. Il y avait une attente, qui n’était absolument pas récompensée. Dans ce livre, j’ai essayé de jouer le plus possible avec le lecteur, comme dans Jacques Le Fataliste, un livre qui m’avait fasciné étant gamin."

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- © © Winshluss / Gallimard

Un livre pour les enfants

"J’avais envie de réaliser un livre marrant pour les enfants, une histoire picaresque et initiatique. La terreur totale pour un parent est de lire un bouquin ultra chiant à son gamin. Ce qui m’intéressait avec ce projet était de susciter l’imagination des gamins. Je ne vais pas leur enlever cette part d’innocence qui est très précieuse. La vie s’en chargera. Tout est parti aussi d’une discussion avec mon gamin qui m’a dit: 'Les histoires finissent toujours bien'. J’ai cogité là-dessus. Evidemment que les histoires finissent toujours bien pour lui! Il n’a vu que des films ou lu que des livres qui finissent bien. Fort de ce constat, je me suis dit que Dans la forêt sombre et mystérieuse devait bien se finir Et j’ai bataillé sur la fin pour que la grand-mère ne meure pas!"

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- © © Winshluss / Gallimard

Mélange des genres

"J’essaie de m’éloigner le plus souvent de ce que je suis capable de dessiner, mais je suis toujours rattrapé par ce que l’on appelle 'le style' - ce que je déteste. Pour changer, je voulais que cet album soit en couleur directe. En même temps, je me méfie des dispositifs trop lourds. Ils peuvent ralentir la lecture et être ampoulés. La bande dessinée demande du rythme. J’ai donc essayé d’ajuster mon tir pour que la lecture reste fluide. J’avais vraiment envie que mon dessin soit plus décontracté. J’ai mélangé les techniques. Généralement, le personnage d’Angelo est traité à l’ordinateur sur tout le livre pour accentuer cet effet. Dans ce dessin, il y a un côté artisanal que j’aime bien. Ce côté gratté est volontaire. Il correspond autant à ce mélange des genres qu’à ce petit personnage qui vient d’une BD assez commune et qui se retrouve propulsé dans une histoire très organique. J’avais aussi envie de parler de la forêt qui, pour moi, est un lieu vivant, presque sale. Pour cette planche, je me suis aussi souvenu de ce qui me plaisait lorsque j’étais gamin. Ce dessin ressemble sans doute à des jeux que j’ai pu voir dans Pif [Gadget]."

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- © © Winshluss / Gallimard

Improvisation

"Sur ma table de dessin, j’ai plein d’outils à ma disposition. Et lorsque le dessin doit sortir, alors je prends tout ce que j’ai sous la main: des feutres, de l'aquarelle…. Pour être honnête, c’est le fruit de ma confusion. Il n’y a pas de méthode tant que l’on arrive à raconter une histoire. Je pense que mon dessin est lisible puisque c’était une de mes volontés quand j’ai arrêté d’être vraiment arty. Je ne veux pas rebuter le lecteur, même si on dit que mon dessin est trash. Je m’arrange pour bien raconter l’histoire, pour ne pas être obscur dans la narration. Je bosse toujours mes scénarios, mes découpages, mes dessins... mais au moment où je m’active, je m’octroie toujours la possibilité de changer des passages. C’est ce qui fait la richesse d’un album et rend les personnages crédibles. Et ça m’évite de m’ennuyer. Mais bon, après, mes bouquins enflent, enflent."

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- © © Winshluss / Gallimard

Tous les personnages comptent

"Il faut être en empathie avec les personnages même si la bande dessinée, ce n’est pas de la psychologie. Il faut être acteur. Quand je dessine, on dirait un malade mental. Quand je travaillais dans le même atelier que Marjane [Satrapi, l’auteure de Persepolis, avec qui Winshluss a réalisé l’adaptation en dessin animé et Poulet aux prunes, ndlr], elle pensait que j’avais des tics. Elle a compris au bout d’un moment que j’étais juste en train de mimer, même involontairement, ce que j’étais en train de dessiner. Ce n’est même pas pour me regarder, mais pour jouer les personnages. En ce qui me concerne c’est la bonne méthode. Dans mon travail, les personnages secondaires n’existent pas. Chaque personnage m'imprègne. Comme Fabrice l’écureuil, à qui j’ai donné le nom d’un de mes copains. Je l’ai dessiné et j’ai trouvé amusante l’idée d’un écureuil dans un costume d’oiseau. J’ai construit l’histoire autour de cela. J’avais un vague pressentiment que ça pouvait donner quelque chose de bizarre. Et puis il y avait la volonté d’écrire une parabole sur la différence et la tolérance tout en indiquant que s’il a le droit d’être différent, il a aussi le droit d’être con." Dans la forêt sombre et mystérieuse, Winshluss, Gallimard, 160 pages, 18 euros.

Jérôme Lachasse