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50 ans de Jean-Luc Godard au Festival de Cannes

Jean-Luc Godard à Cannes en 1995

Jean-Luc Godard à Cannes en 1995 - PATRICK KOVARIK / AFP

Le nouveau film de Jean-Luc Godard a été projeté ce vendredi au Festival de Cannes. Une fois n'est pas coutume, le cinéaste d'A bout de souffle n'est pas venu sur la croisette.

Viendra? Viendra pas? Jusqu'au dernier moment, Jean-Luc Godard a tenu la Croisette en suspens. Aux alentours de 16 heures, ce vendredi, il a pourtant fallu se rendre à l'évidence: "le plus con des Suisses prochinois", comme il fut surnommé il y a cinquante ans, ne sera pas à Cannes pour la projection de son nouveau film Le Livre d'images, une réflexion sur le monde arabe.

Quatre membres de l'équipe de son film ont effectué la montée des marches. L'un des producteurs du film, Fabrice Aragno, qui travaille avec Jean-Luc Godard depuis "quinze ans", a souligné que le réalisateur était "là dans le film".

Reclus en Suisse, Jean-Luc Godard, 87 ans, s'est tenu éloigné ces dernières années du monde du cinéma. En 2010, lors de la présentation de Film socialisme dans la section Un certain regard, il avait brillé par son absence. Renonçant à se rendre sur la Croisette, il avait prétexté "des problèmes de type grec". Une formule restée célèbre.

"J’aimerais mieux qu'il n'y ait aucun prix"'

En 2014, à l'occasion de la sélection d'Adieu au langage en compétition officielle, Jean-Luc Godard s'expliquait à la Radio télévision suisse sur son refus de se rendre au Festival: "Cannes, j’y suis allé déjà", avait-il asséné, précisant qu'il refusait également de recevoir des récompenses.

"J'aimerais mieux qu'il n'y ait aucun prix. Qu'ils ne soient pas obligés de donner un prix pour l'ensemble de la carrière ou quelque chose comme ça. Il y a 30 ou 40 ans, j'eusse souhaité d'avoir la Palme, mais ça m'aurait fait du mal certainement."

Qu'à cela ne tienne: cette année-là, il a reçu ex-aequo avec Xavier Dolan le prix du Jury. Depuis, deux de ses films, Le Mépris et Pierrot le Fou, ont été mis à l'honneur des affiches du Festival de Cannes. Les relations entre Jean-Luc Godard et la Croisette n'ont cependant pas toujours été aussi bonnes.

"Ça m’aurait fait plaisir d'être sélectionné"

En 1960, A bout de souffle rencontre un succès public dans les salles de cinéma, mais n'est pas sélectionné au Festival. Godard, qui présente son premier film dans une petite salle de Cannes, peste: "Ça m’aurait fait plaisir d'être sélectionné mais parce que ça m'aurait fait une chambre à l’œil", dit-il au journaliste François Chalais, cité par Europe 1. 

Dans les années 1960, Jean-Luc Godard devient le cinéaste le plus célèbre du monde. Idolâtré par les étudiants, il est célébré partout et accueilli comme une rock star lors de ses tournées aux Etats-Unis. Malgré ce statut et la réalisation de chefs d'œuvre comme Le Mépris, il n'est plus sélectionné à Cannes.

Lors des événements de Mai 68, il fait un retour fracassant sur la Croisette. Avec notamment François Truffaut, il obtient l'interruption de la projection de Peppermint frappé de Carlos Saura, puis l'arrêt du festival. Lors d'un débat avec les organisateurs de la manifestation, le cinéaste lance devant les caméras de presse:

"Je vous parle solidarité avec les étudiants et les ouvriers et vous me parlez travelling et gros plan! Vous êtes des cons!"

Godard entarté à Cannes

Après une décennie consacrée au cinéma militant, Jean-Luc Godard revient à Cannes en 1980 avec Sauve qui peut (la vie). Si sa venue est un événement, le film ne remporte aucune récompense, comme Passion en 1982, puis Détective en 1985. Cette année-là, Jean-Luc Godard se fait néanmoins entarter lors de sa venue. Le cinéaste préfère en rire et estime qu'il s'agit "d'un rappel du cinéma muet".

Depuis, Godard est souvent revenu pour présenter diverses œuvres comme Nouvelle Vague (1990) avec Alain Delon ou encore Eloge de l'amour (2001). De 1985 à 2010, date de son retour avec Film Socialisme, "la présence de Godard à Cannes n'émeut plus grand monde", explique cependant Télérama

Lors de la conférence de presse de Nouvelle Vague, Jean-Luc Godard lâche pourtant une formule d'anthologie: "Si vous voyez mon film sans la bande-son, il est meilleur. Mais si vous ne voyez que la bande-son sans les images, il sera encore meilleur". En 2004, lors de la conférence de presse de son film Notre Musique, Godard fait encore l'événement en offrant une partie de son temps de parole à un intermittent. Un acte symbolique qui annonçait son absence à venir du Festival de Cannes.

Jérôme Lachasse avec AFP