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La nuit, Stalingrad "change de visage": des habitants excédés racontent leur quotidien

Des consommateurs de cracks ont été la cible de tirs de mortier d'artifice ce week-end, dans le quartier Stalingrad, à Paris. Des habitants excédés par la situation dans le quartier en seraient à l'origine.

La scène, filmée et observée depuis les balcons, a choqué bon nombre de riverains. Dans les nuits de vendredi et samedi, des consommateurs de cracks ont été pris pour cible par des tirs de mortier d'artifice dans le quartier Stalingrad. Des habitants, excédés par la présence de ces toxicomanes, pourraient être l'origine de ce geste désespéré, ultime escalade dans ce quartier à deux facettes.

"C'était assez choquant, deux nuits d'affilée", témoigne Julie, qui habite le quartier depuis quatre ans. Ce week-end, on a passé un cap, ça a été dramatique".

"On ne sait pas si c'est réellement des habitants exaspérés qui ont fait ce geste-là mais il est criminel. Envoyer des projectiles explosifs sur des êtres humains, c'est criminel", constate sur BFMTV Caroline, une autre riveraine.

Des nuits impossibles

Toutes les deux sont d'accord pour dire que le quartier présente en journée un visage "familial" et "sympathique". "On va se balader sur le canal", "c'est très joli, boisé", décrivent les deux habitantes.

Mais une fois la nuit tombée, et les habitants rentrés chez eux, "ça change de visage", confie Julie. "Là, pour le coup, c'est très compliqué", ajoute-t-elle.

"Le soir quand je rentre après 20h, après le travail, je rentre en taxi, je ne rentre plus en métro parce que j'ai peur".

"Dès qu'on rentre chez nous le soir, il ne reste plus dehors que les consommateurs de crack, qui viennent ici s'approvisionner, profiter des distributions alimentaires et qui restent sur place pour consommer toute la nuit", complète Caroline.

Au pied des immeubles, ce sont "entre 100 et 400 personnes certaines nuits" qui se retrouvent. "On entend un brouhaha toute la nuit. De temps en temps, il y a des frasques, des batailles, des bris de verre, des hurlements", affirme Caroline, qui a vu nombre de ses voisins partir ces dernières années.

"Le lendemain (...) on retrouve notre quartier dans un état de délabrement, de saleté, avec des immondices et des déjections humaines", raconte-t-elle. "Ce n'est pas une vie d'avoir ce rythme-là. De ne pas pouvoir dormir et de se retrouver dans une décharge le lendemain".

Une demande d'action

Les deux habitantes déplorent le manque d'action des pouvoirs publics jusqu'à présent. "Depuis plusieurs, c'est une place qui est connue pour le deal, pour le crack. Il y a plusieurs associations qui sont montées pour dénoncer ça", rappelle Julie, mais pour l'instant, "il y a rien qui a été fait ou pas suffisamment".

"Stalingrad, c'est le seul endroit en France où les policiers regardent de la vente de droigue se passer sous leurs yeux, s'agace Caroline. Ça n'existe nulle part ailleurs, il y a des trafics qui se passent sous leurs yeux".

Si les deux habitantes sont aujourd'hui en colère, elles gardent aussi espoir. "On veut que les choses changent".

Benjamin Rieth