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"Ça s'est joué à quelques heures": les dessous de la saisie du yacht d'un oligarque russe à La Ciotat

Le yacht a été saisi dans la nuit de mercredi à jeudi. L'équipage avait reçu l'ordre de partir des eaux communautaires de l'Union européenne.

C'est un bateau qui a failli échapper à la douane française. Un yacht d'un oligarque russe a été saisi dans la nuit de mercredi à jeudi au chantier naval de La Ciotat, où il devait rester jusqu'au 1er avril pour des réparations.

Plus d'une semaine après le début de l'attaque russe en Ukraine, l'Union européenne a annoncé de fortes sanctions économiques à l'encontre de la Russie et de ses oligarques. Une liste de 510 personnalités russes considérées comme proches de Vladimir Poutine a été composée afin de procéder à des sanctions à leur encontre. Alors que le gel de leurs avoirs avait déjà été ordonné, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a annoncé cette semaine vouloir procéder à des saisies.

Le propriétaire classé dans la liste noire de l’UE

Devant les lourdes sanctions européennes, le propriétaire russe du yacht Amore Vero souhaitait que son bateau quitte les Bouches-du-Rhône ainsi que les eaux territoriales de l'Union européenne pour rejoindre probablement la Turquie.

“Le propriétaire est repris dans les listes des Russes qui font l'objet de sanctions économiques de l'Europe. Il avait demandé à quitter les eaux communautaires pour partir dans un pays tiers pour éviter les immobilisations liées aux mesures européennes", explique devant l'imposant navire, Eric Salles, chef des opérations pour la garde-côtes douanière au micro de BFM Marseille.

Malgré l'obligation d'immobilisation du navire qui avait déjà été contrôlé, son propriétaire, identifié par les douanes, a donné l'ordre à l'équipage présent à bord de partir en urgence.

"Nous sommes intervenus quelques heures avant sa tentative de départ du site sur lequel il est aujourd'hui (...) Ça s'est joué quelques heures. On est intervenu dans la nuit de mercredi à jeudi et ce yacht avait pris ses dispositions pour appareiller dans la matinée du jeudi. C'est un procédé de notre service d'être réactif et de pouvoir intervenir très rapidement sur des cibles", raconte Eric Salles.

Selon le ministère de l'Économie, qui a salué la saisie de ce bateau dans un communiqué, le navire de luxe appartient à une société détenue majoritairement par Igor Setchine, dirigeant du groupe pétrolier Rosneft et ancien vice-premier ministre de Vladimir Poutine.

Un cargo immobilisé à Fos-sur-Mer

L'équipage de l'embarcation saisie est lui composé uniquement d'Européens et non de Russes. "Ils sont libres, ils ne sont pas en état d'arrestation", précise le chef des opérations à la douane.

Au total selon Eric Salles, depuis le début des sanctions ordonnant le gel des biens russes, quatre bateaux ont été saisis ou immobilisés par la douane française dont deux sur la façade méditerranéenne. En plus du yacht de La Ciotat, un cargo de commerce avec à bord 12 marins russes, a été immobilisé dans le golfe de Fos-sur-Mer.

"C'est une activité dense actuellement pour le service des douanes (...) On a orienté principalement nos activités de recherches et de ciblage sur les navires qui potentiellement peuvent appartenir à des personnes qui sont reprises sur les listes européennes. On a une moyenne d'environ deux contrôles par jour", estime Eric Salles.

À Monaco, c'est un autre yacht appartenant à un milliardaire russe qui a aussi tenté de quitter le port avant d'être empêché par la police maritime monégasque. Le propriétaire, Sergeï Galitsky n'est pourtant pas pour le moment, visé par les sanctions européennes.

Gauthier Hartmann