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Un incident frontalier israélo-libanais fait quatre morts

Casque bleu des Nations unies dans le village d'Adaïsseh, au Sud-Liban, où un journaliste libanais, deux soldats libanais et un officier israélien ont été tués lors d'un incident frontalier. L'incident rompt inopinément la trêve entre le Liban et Israël c

Casque bleu des Nations unies dans le village d'Adaïsseh, au Sud-Liban, où un journaliste libanais, deux soldats libanais et un officier israélien ont été tués lors d'un incident frontalier. L'incident rompt inopinément la trêve entre le Liban et Israël c - -

par Karamallah Daher ADAÏSSEH, Liban (Reuters) - Un incident sérieux mais apparemment contenu a fait cinq morts mardi, dont un officier israélien, à...

par Karamallah Daher

ADAÏSSEH, Liban (Reuters) - Un incident sérieux mais apparemment contenu a fait cinq morts mardi, dont un officier israélien, à la frontière israélo-libanaise, brisant inopinément la trêve en vigueur depuis quatre ans sous l'égide de l'Onu.

Un lieutenant-colonel de Tsahal ainsi que deux soldats et un reporter libanais ont été tués lors d'un accrochage entre les armées des deux pays, le plus grave depuis la fin de l'offensive israélienne contre le Hezbollah, en juillet et août 2006, a indiqué le Conseil supérieur de la défense libanais.

Dans les milieux de la sécurité libanaise, on avait d'abord fait état de trois soldats tués.

Le Hezbollah, mouvement chiite dont la télévision a annoncé la première la mort de l'officier israélien, n'a pas pris part à l'engagement survenu autour du village d'Adaïsseh en présence de casques bleus de la Force intérimaire de l'Onu au Liban (Finul).

"Tout a commencé lorsque les Israéliens ont voulu couper un arbre en territoire libanais. L'armée libanaise a tiré des coups de semonce et ils ont riposté par un pilonnage", a-t-on rapporté de source militaire libanaise. Des témoins ont confirmé des tirs sur le village.

Un hélicoptère a en outre tiré deux missiles sur un poste de l'armée situé près d'Adaïsseh, faisant trois morts parmi les militaires et détruisant un blindé libanais. Un journaliste libanais a aussi été tué et cinq autres personnes ont été blessées, précise-t-on de même source.

LE COMMANDANT DE LA FINUL PRÉSENT

Tsahal, qui a confirmé la mort de l'officier, a dit que ses soldats avaient essuyé des tirs alors qu'ils se livraient à "une activité de routine" entre la clôture de sécurité israélienne et la "ligne bleue" définie par l'Onu entre les deux pays.

"C'était une embuscade planifiée par un groupe de tireurs embusqués qui a ouvert le feu sur des officiers qui se tenaient à côté d'une position à l'intérieur de notre territoire", a dit le général Gadi Eisenkot, commandant israélien du front nord.

Dans un communiqué, l'armée libanaise affirme que "l'ennemi israélien a franchi la ligne technique de la frontière", et ce "bien que la Finul soit intervenue pour l'en empêcher". L'armée dit l'avoir repoussé à coups de roquettes.

Andrea Tenenti, porte-parole de la Finul, a confirmé que des casques bleus étaient sur place avant et pendant l'affrontement. "Notre commandant intérimaire a décidé de se rendre en personne sur les lieux de l'incident par hélicoptère. Il les a incités à cesser le feu", a-t-elle précisé.

Israël dit "tenir le gouvernement libanais responsable de cet incident grave" et a annoncé le dépôt d'une plainte contre le Liban aux Nations unies, pour violation de la trêve qui avait mis fin en août 2006 à 33 jours de guerre.

Le président libanais Michel Souleïmane, ancien chef de l'armée libanaise, a convoqué d'urgence son Conseil supérieur de la défense qui a dit tenir Israël responsable de l'incident et exprimé l'intention de porter plainte devant le Conseil de sécurité de l'Onu.

Le président syrien Bachad el Assad a téléphoné à Souleïmane pour l'assurer de son soutien "face à cette flagrante agression israélienne". Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, s'est entretenu avec plusieurs dirigeants, dont le président Nicolas Sarkozy auquel il a demandé l'aide de la France pour mettre fin aux "méthodes agressives d'Israël contre le Liban et son armée".

INCIDENT "SANS LENDEMAIN" ?

Souleïmane a néanmoins jugé que l'incident devait être réglé par voie diplomatique. Le général israélien Eisenkot a d'ailleurs dit avoir reçu de l'état-major libanais une requête en faveur d'un retour au statu quo ante et a exprimé l'espoir que l'incident reste "sans lendemain".

La Finul, qui compte 13.000 hommes au Sud-Liban, avait auparavant exhorté les deux parties à faire preuve d'"une retenue maximale" et promis une enquête sur "les circonstances qui ont conduit à cette effusion de sang". Le département d'Etat américain a aussi appelé les deux parties à la retenue.

Rien ne laisse présager, a priori, que l'affaire dégénère en un nouveau conflit, potentiellement plus dévastateur que celui de 2006, qui s'était soldé par 1.200 morts du côté libanais, des civils pour la plupart, et 158 du côté israélien, en majorité des militaires.

Le Hezbollah, dont les projectiles avaient atteint en 2006 la ville israélienne d'Haïfa, a reconstitué depuis un arsenal de quelque 40.000 roquettes, selon Tsahal, qui a menacé, en cas de nouveau conflit, de s'en prendre aux infrastructures du Liban.

Avec Mariam Karouni et Iara Bayoumi à Beyrouth, Jeffrey Heller à Jérusalem; Marc Delteil et Philippe Bas-Rabérin pour le service français