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TOUT COMPRENDRE - Homophobie: ce que contient la loi votée en Hongrie par le gouvernement Orban

Des manifestants contre une loi homophobe en Hongrie, le 14 juin 2021.

Des manifestants contre une loi homophobe en Hongrie, le 14 juin 2021. - AFP

Une loi hongroise interdisant la "promotion" de l'homosexualité auprès des mineurs provoque de vives réactions à l'international.

La tension est totale au sein de l'Union européenne. Alors que l'Allemagne affronte ce mercredi la Hongrie à Munich, la ville bavaroise avait décidé de parer son stade des couleurs du drapeau LGBT. Un acte symbolique en réaction à une loi votée courant juin à Budapest par le gouvernement de Viktor Orban et qui limite la représentation des personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres dans l'espace public. Quelques heures avant la rencontre, l'UEFA, l'instance européenne du football, a finalement interdit l'initiative et déclenché un torrent de critiques.

• Qu'y a-t-il dans cette loi?

Adopté la semaine passée à Budapest, le très critiqué texte stipule que "la pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l'identité de genre, le changement de sexe et l'homosexualité ne doivent pas être accessibles aux moins de 18 ans".

Selon plusieurs ONG, il va conduire à interdire des programmes éducatifs, publicités, livres ou séries dans lesquels l'homosexualité ou la transidentité sont évoquées, un procédé qui avait été enclenché ces dernières années par l'adoption de différents textes.

La Hongrie, dirigée par Viktor Orban depuis 2010, a déjà accentué son offensive contre la communauté LGBT en décembre dernier, en inscrivant dans la Constitution la définition du sexe d'une personne comme étant uniquement celui de la naissance et en interdisant l'adoption aux couples de même sexe.

En réalité, les sous-entendus et les objectifs de l'ultime texte, qui doit entrer en vigueur le 1er juillet, sont à peine voilés. "Cette loi entre dans la logique d'une guerre que mène la Hongrie contre la minorité LGBT, qui a commencé en 2010, lors de l'arrivée au pouvoir de Viktor Orban", expliquait auprès de Franceinfo l'historien Matthieu Boisdron. En mai dernier, la notion traditionnelle de "genre" avait été ajoutée à la Constitution. Elle stipulait qu'un père devait être un homme et une mère une femme.

"Cela a affecté les documents officiels tels que les cartes d'identité, les passeports et les permis de conduire des personnes transgenres", explique-t-il encore, ajoutant qu'avant l'arrivée d'Orban, la Hongrie était l'un des pays les plus progressistes sur ces sujets avec, des 1996, l'union civile reconnue pour les personnes de même sexe.

• Une "honte" pour l'Union européenne

Dès mercredi passé, la Commission européenne avait annoncé qu'elle était en train d'analyser au niveau juridique ce texte de loi. "Ce que nous ferons va dépendre de ce que nous allons trouver, nous devons regarder sur quels aspects et points la législation respecte ou ne respecte pas la législation européenne, les principes de l'UE ou la Charte des droits fondamentaux", avait expliqué une porte-parole de la Commission, Dana Spinant.

"Ce projet de loi hongrois est une honte. Il discrimine sur la base de l'orientation sexuelle et s'oppose aux valeurs fondamentales de l'UE. On ne fera pas de compromis", a finalement déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, lors d'une conférence de presse ce mercredi. Une déclaration soutenue à l'heure actuelle par 15 Etats membres.

Les 15 se disent "profondément inquiets" de ces dispositions "discriminatoires à l'égard des personnes LGBTQI et violant le droit à la liberté d'expression sous prétexte de protéger les enfants".

Initiée par la Belgique, la déclaration a déjà été signée par les Pays-Bas, le Luxembourg, la France, l'Allemagne, l'Irlande, l'Autriche, l'Italie, l'Espagne, le Danemark, la Finlande, la Suède, ainsi que les trois pays baltes.

À Washington, une porte-parole du département d'État a dit l'"inquiétude" des autorités américaines pour "la liberté d'expression" et estimé que la loi hongroise établissait des restrictions qui "n'ont pas leur place dans une société démocratique".

• Quel rôle pour l'UEFA?

En marge de la rencontre qui oppose ce mercredi, dans le cadre de l'Euro 2021, l'Allemagne à la Hongrie à Munich, la ville bavaroise avait prévu d'éclairer son stade aux couleurs du drapeau LGBT en signe de soutient, une décision finalement annulée sous la pression de l'UEFA au motif de la neutralité politique et religieuse de la compétition. Un acte qui a ouvert une nouvelle salve de critiques.

La présidence française a exprimé "une forme d'incompréhension" face au refus réitéré de l'instance européenne. Le secrétaire d'État français aux Affaires européennes Clément Beaune estime que le refus de l'UEFA est une "décision politique", contrairement à ce que l'instance européenne du foot affirme.

Pour tenter de calmer la tempête, l'UEFA, organisatrice de la compétition de football qui se déroule dans 12 villes de différents pays, a réaffirmé son "engagement ferme" contre l'homophobie et paré sur Twitter son propre logo d'un arc-en-ciel. Un geste qui n'a pas suffit à faire cesser la colère.

• Quelles réactions?

Le refus de l'UEFA a déclenché un vaste mouvement de solidarité en Allemagne et la ville de Munich a prévu de pavoiser ses sites les plus emblématiques aux couleurs de la communauté LGTB mercredi soir.

L'Hôtel de ville mais aussi une imposante éolienne visible du stade de l'Allianz Arena, où sera donné le coup d'envoi, devaient s'illuminer de manière similaire en soirée.

Des quotidiens allemands, comme le Süddeutsche Zeitung, suivaient mercredi le mouvement avec des unes colorées. Les poids lourds de l'économie bavaroise, tels que Siemens ou BMW, se sont eux aussi drapés sur Twitter des couleurs arc-en-ciel.

"Je trouve honteux que l'UEFA nous interdise, ici à Munich, d'envoyer un signal pour le cosmopolitisme, la tolérance, le respect et la solidarité avec les personnes de la communauté LGBT", a dénoncé le maire social-démocrate de Munich, Dieter Reiter. "L'UEFA envoie le mauvais signal", a renchéri mercredi le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas.

Avant le match, les organisateurs de la marche des fiertés de Munich, associés à Amnesty International, prévoyaient de distribuer 11.000 drapeaux arc-en-ciel aux spectateurs (seules 14.000 places seront occupées, en raison des restrictions dues au Covid-19).

De son coté, le gouvernement hongrois s'est réjoui de la décision des instances officielles. "Dieu merci, les dirigeants du football européen ont fait preuve de bon sens (...) en ne participant pas à ce qui aurait été une provocation politique envers la Hongrie", s'est félicité le ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto.

https://twitter.com/Hugo_Septier Hugo Septier Journaliste BFMTV