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Sept religieux catholiques, dont deux Français, enlevés à Haïti

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Photo d'illustration - FRANCOIS GUILLOT / AFP

Selon le porte-parole de la Conférence des évêques d'Haïti, les ravisseurs exigent un million de dollars de rançon.

Sept religieux catholiques, dont deux Français, ont été enlevés dimanche à Haïti, a indiqué le porte-parole de la Conférence des évêques de ce pays des Caraïbes en proie à une forte insécurité.

Le groupe, qui comptait une religieuse et un prêtre français, a été enlevé dans la matinée à la Croix-des-Bouquets, près de la capitale Port-au-Prince, alors qu'il "se rendait à l'installation d'un nouveau curé", a expliqué le père Loudger Mazile, en précisant que les ravisseurs exigaient un million de dollars de rançon.

La police soupçonne un gang armé actif dans le secteur, baptisé "400 Mawozo", d'être à l'origine de cet enlèvement, selon une source dans ses rangs. Contactée par nos confrères de l'AFP, l'ambassade de France n'a pas commenté dans l'immédiat.

Chagrin et colère

La Conférence haïtienne des Religieux (CHR) a par la suite précisé dans un communiqué que trois autres personnes, les proches d'un autre prêtre ne faisant pas partie des personnes enlevées, ont également été kidnappées.

"La CHR exprime son profond chagrin mais aussi sa colère face à la situation inhumaine que nous traversons depuis plus d'une décennie", souligne-t-elle dans son communiqué.

"Il ne se passe pas un jour sans pleurs et grincements de dents et pourtant les soi-disant leaders de ce pays, tout en s'accrochant au pouvoir, sont de plus en plus impuissants", ajoute-t-elle.

Contactée par l'AFP, l'ambassade de France n'a pas commenté dans l'immédiat.

Un "acte crapuleux"

Les enlèvements contre rançon ont connu une recrudescence ces derniers mois à Port-au-Prince comme en province, témoignant de l'emprise grandissante des gangs armés sur le territoire haïtien.

"C'en est trop. L'heure est venue pour que ces actes inhumains s'arrêtent", a réagi dimanche Mgr Pierre-André Dumas, évêque de Miragoâne joint par téléphone. "L'Eglise prie et se fait solidaire de toutes les victimes de cet acte crapuleux", a-t-il ajouté.

En mars, le pouvoir exécutif haïtien avait décrété l'état d'urgence pour un mois dans certains quartiers de la capitale et une région de province afin de "restaurer l'autorité de l'Etat" dans des zones contrôlées par des gangs. La mesure est motivée par les actions de bandes armées qui "séquestrent des personnes contre rançon en le déclarant ouvertement, volent et pillent des biens publics et privés, et affrontent ouvertement les forces de sécurité publique", selon l'arrêté présidentiel.

Un pays en crise

La violence des gangs et l'instabilité politique dans le pays ont conduit récemment à des manifestations dans les rues de la capitale.

Le 3 avril, plusieurs centaines de femmes ont défilé à Port-au-Prince pour dénoncer l'emprise grandissante des gangs sur le territoire. Les enlèvements contre rançon touchent indistinctement les habitants les plus riches, et la majorité vivant sous le seuil de pauvreté.

Haïti, le pays le plus pauvre du continent américain, est plongé depuis plusieurs mois dans une profonde crise politique.

Le président Jovenel Moïse estime que son mandat prendra fin le 7 février 2022, alors que pour l'opposition et une partie de la société civile celui-ci s'est achevé le 7 février 2021. Ce désaccord tient au fait que ce dernier avait été élu lors d'un scrutin annulé pour fraudes, puis réélu un an plus tard.

Privé de Parlement, le pays s'est encore davantage enfoncé dans la crise en 2020 et le président Moïse gouverne par décret, alimentant une défiance croissante à son encontre. Dans ce contexte politique instable, l'organisation d'un référendum constitutionnel en juin a été décidé.

H.G. avec AFP