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Promesses d'aide climatique tenues, en trompe-l'oeil

Les financements promis par les pays riches pour aider les pays pauvres à lutter contre le réchauffement climatique approchent de l'objectif de 30 milliards de dollars, mais pour l'essentiel, il s'agit de vieilles promesses déguisées en nouvelles. /Photo

Les financements promis par les pays riches pour aider les pays pauvres à lutter contre le réchauffement climatique approchent de l'objectif de 30 milliards de dollars, mais pour l'essentiel, il s'agit de vieilles promesses déguisées en nouvelles. /Photo - -

par Alister Doyle OSLO (Reuters) - Les financements promis par les pays riches pour aider les pays pauvres à lutter contre le réchauffement...

par Alister Doyle

OSLO (Reuters) - Les financements promis par les pays riches pour aider les pays pauvres à lutter contre le réchauffement climatique approchent de l'objectif de 30 milliards de dollars, mais pour l'essentiel, il s'agit de vieilles promesses déguisées en nouvelles.

Officiellement, le total des promesses s'élève à 29,8 milliards de dollars, selon les calculs de Reuters, ce qui est tout proche de l'objectif de 30 milliards de "fonds nouveaux et supplémentaires" pour la période 2010-2012 qui a été arrêté en décembre dernier au sommet de Copenhague.

Les politiques d'austérité adoptées par nombre de pays pour réduire leur dette et le recyclage de promesses anciennes sont cependant de nature à fragiliser le véritable financement de l'aide aux pays pauvres. Or, la concrétisation de cette aide est capitale à la conclusion d'un futur accord international sur le climat, car cela montrera à quel point le monde industrialisé veut réellement jouer un rôle moteur, disent les analystes.

"J'ai peur que les promesses faites à Copenhague ne soient pas tenues", déclare à ce propos Hans Joachim Schellnhuber, directeur de l'institut de recherche sur l'impact climatique à Potsdam. "Si cela se produisait, ce serait un petit miracle politique. Je suis plutôt pessimiste".

Il est ainsi peu probable que l'Allemagne, première économie de l'Union européenne, honore ses promesses, bien qu'elle ait moins de problèmes économiques que la plupart de ses partenaires européens aux prises avec d'énormes déficits budgétaires.

L'aide climatique aux pays pauvres doit permettre de créer un climat de confiance entre pays riches et pays pauvres, dans l'optique de s'entendre sur un accord international lors de la réunion des ministres de l'Environnement qui se tiendra à Cancun, au Mexique, du 29 novembre au 10 décembre.

CLARIFIER CERTAINES NOTIONS

Les fonds "fast start" doivent permettre de prendre des mesures pour endiguer les inondations, atténuer l'impact des sécheresses et canicules, et lutter contre la hausse du niveau des mers. Des projets commencent à se mettre en place dans cette optique, du Népal au Mali, déclarent les donateurs.

Pays riches et pays pauvres divergent sur le sens à donner aux fonds "nouveaux et supplémentaires" prévus par le sommet de Copenhague.

"Il est difficile de savoir ce qui est réellement nouveau et supplémentaire", note Clifford Polycarp, de l'Institut des ressources mondiales, qui, basé à Washington, comptabilise les promesses réelles faites par l'ensemble des pays. Certains fonds sont en réalité "des engagements anciens, réaffirmés ou relookés", ajoute-t-il.

Les promesses du Japon dans le cadre des fonds "fast start" sont de loin les plus élevées - 15 milliards de dollars - mais une bonne part de cette somme découle d'un "Partenariat pour refroidir la Terre" qui a fait l'objet d'un accord voici déjà plusieurs années et devait porter sur la période 2008-2012.

Parmi les autres grands engagements, l'UE prévoit d'affecter 9,6 milliards de dollars à l'aide climatique aux pays pauvres pour 2010-2012, et le président américain Barack Obama prévoit de débloquer 3,2 milliards de dollars, également pour 2010-2012. Une partie, cependant, avait été promise avant Copenhague à des fonds sur le climat, gérés par exemple par la Banque mondiale.

PROGRÈS ATTENDUS À CANCUN MAIS PAS DE TRAITÉ

"C'est un véritable salmigondis", déclare Gordon Shepherd, directeur de l'initiative climatique au sein de l'ONG écologiste WWF. Il est, selon lui, essentiel que les gouvernements expliquent clairement ce qu'ils entendent par fonds "nouveaux et supplémentaires". "Sans cela, les délégués ne pourront entamer des négociations honnêtes et ouvertes".

Suisse, Mexique et Pays-Bas sont parmi les pays qui préconisent la création d'un site internet bénévole qui se charge de recenser les promesses réelles de chaque pays. Un tel portail internet pourrait être inauguré lors d'une réunion informelle d'une trentaine de ministres de l'Environnement, la semaine prochaine à Genève.

Bâtir un climat de confiance serait d'autant plus nécessaire, estiment les analystes, que le sommet de Copenhague n'avait pas permis de trouver un nouveau traité, appelé à remplacer le protocole de Kyoto. Le sommet de Copenhague s'est borné à fixer un objectif non contraignant et vague consistant à contenir la hausse des températures mondiales en dessous des deux degrés par rapport à leur niveau avant l'ère industrielle.

Toujours d'après les conclusions de Copenhague, l'aide climatique aux pays pauvres devrait s'élever à 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, pour aider le tiers monde à ne plus dépendre des combustibles fossiles et lui permettre de s'adapter, par exemple en renforçant les protections contre les inondations comme celles qui, aujourd'hui, dévastent certaines parties du Pakistan.

Il apparaît peu probable que les négociations de Cancun débouchent sur un nouveau traité mais elles pourraient permettre des progrès sur des questions comme la protection des forêts tropicales, le partage de nouvelles technologies vertes ou une meilleure répartition du fardeau des réductions des émissions de gaz à effet de serre entre pays pauvres et pays riches.

Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser