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Offensive militaire contre le camp des "chemises rouges"

L'armée thaïlandaise a lancé mercredi une offensive contre les opposants au gouvernement et a réussi à forcer une barricade du campement fortifié que ces derniers occupent depuis cinq semaines dans le quartier d'affaires de Bangkok. /Photo prise le 19 mai

L'armée thaïlandaise a lancé mercredi une offensive contre les opposants au gouvernement et a réussi à forcer une barricade du campement fortifié que ces derniers occupent depuis cinq semaines dans le quartier d'affaires de Bangkok. /Photo prise le 19 mai - -

par Ambika Ahuja et Adrees Latiff BANGKOK - L'armée thaïlandaise a lancé mercredi une offensive contre les opposants au gouvernement et a réussi à...

par Adrees Latiff et Damir Sagolj

BANGKOK (Reuters) - L'armée thaïlandaise a pris mercredi le contrôle du campement fortifié des "chemises rouges" à Bangkok, forçant les responsables de la contestation antigouvernementale à se rendre, mais la capitale et le nord-est du pays restent le théâtre d'émeutes.

Le Premier ministre, Abhisit Vejjajiva, a décrété le couvre-feu dans la capitale à partir de 20h00 (13h00 GMT) et jusqu'à six heures du matin jeudi (23h00 GMT mercredi).

Cette mesure a été étendue à 21 provinces alors que les violences se propagent dans sept provinces du pays où des mairies ont été incendiées par des manifestants. Seuls les voyageurs présentant passeports et documents de voyage seront autorisés à se rendre aux aéroports de Bangkok.

Les autorités ont par ailleurs donné l'ordre aux chaînes de télévision de diffuser uniquement des programmes approuvés par le gouvernement.

A Bangkok, les manifestants ont mis le feu à 17 bâtiments, dont la Bourse et le magasin Central World. Le bâtiment, premier centre commercial du pays, menaçait de s'effondrer, a rapporté un correspondant de Reuters, avant que l'incendie ne soit maitrisé, selon la chaîne de télévision TPBS. Des manifestants s'en sont pris à la station de télévision Channel 3.

Le ministre des Finances, Korn Chatikavanij, a fait savoir que la Bourse serait fermée jeudi et vendredi.

CAPITULATION DES OPPOSANTS

Il s'agit de la violence politique "la plus importante et la plus incontrôlable" jamais vue en Thaïlande, a relevé Charnit Kasetsiri, éminent historien politique.

Le quartier de Sukhumvit Road, qui abrite des complexes touristiques et résidentiels de luxe, a été privé d'électricité quelques heures après la prise de contrôle par l'armée du campement occupé depuis cinq semaines par les "chemises rouges".

Dans la matinée, les militaires ont effectué une percée en forçant une barricade à bord de véhicules blindés lors d'une attaque qui a fait quatre morts.

Cinquante personnes ont été blessées dont trois journalistes. Un journaliste italien a été tué.

Deux manifestants ont été abattus par les soldats dont l'un a été touché à la poitrine alors qu'il tentait d'aider un camarade. Les opposants ont répliqué en tirant en direction des militaires, a rapporté un journaliste de Reuters.

Les principaux dirigeants de l'opposition ont finalement appelé leurs partisans à quitter le camp et rentrer chez eux alors que des manifestants les exhortaient à poursuivre la lutte. La télévision nationale a montré quatre des principaux dirigeants de l'opposition détenus dans un commissariat de Bangkok.

"Nous contrôlons la situation. Les forces de sécurité ont terminé leur offensive", a déclaré le porte-parole de l'armée, Sansern Kaewkamnerd.

Cette annonce, retransmise à la télévision, n'a pas mis fin aux troubles qui secouent la capitale depuis six jours et ont transformé le quartier d'affaires de Bangkok en véritable champ de bataille, faisant 42 morts et au moins 336 blessés. Plus de 68 personnes ont trouvé la mort et plus de 1.700 ont été blessées depuis le début des manifestations mi-mars.

RISQUE DE GUÉRILLA

Quelques minutes après la capitulation des "chemises rouges", trois grenades ont explosé devant le principal site d'affrontement, blessant gravement deux soldats et un journaliste étranger, a indiqué un correspondant de Reuters.

Plusieurs médias, comme The Bangkok Post et The Nation, ont procédé à l'évacuation de leurs bureaux après avoir reçu des menaces de manifestants les accusant de reportages partiaux.

Des scènes de violence ont également éclaté dans le nord-est de la Thaïlande, bastion des "chemises rouges", où des manifestants ont pris d'assaut et mis le feu à la mairie des villes d'Udon Thani et de Khon Kaen.

L'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra a dit redouter que l'offensive militaire contre ses partisans ne se transforme en une guérilla qui se propage à l'ensemble du pays.

"Une théorie affirme que la répression militaire peut propager le ressentiment et les gens animés de ressentiment peuvent se transformer en rebelles", a déclaré Thaksin, joint au téléphone par Reuters. L'ex-chef du gouvernement qui vit en exil a refusé de préciser l'endroit où il se trouvait actuellement.

L'offensive militaire intervient au lendemain de l'échec de négociations destinées à mettre fin à cinq semaines de troubles.

Les manifestants demandent la tenue d'élections anticipées et estiment que le chef du gouvernement Abhisit Vejjajiva est arrivé au pouvoir à la faveur d'un scrutin contestable en 2008.

Avec Nopporn Wong-Anan et Ambika Ahuja, Pierre Sérisier, Pascal Liétout et Marine Pennetier pour le service français, édité par Gilles Trequesser