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Obama-McCain : va y avoir du sport !

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Entre le Républicain John McCain, fondu de baseball et de boxe, et Barack Obama, fan de basket, le monde du sport américain balance. A Obama le soutien des athlètes, à McCain celui des patrons du sport business.

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Barack Obama est sous les feux de la rampe. Le sénateur de l’Illinois est le chéri des acteurs d’Hollywood et les médias du monde entier multiplient les couvertures flatteuses. Pour preuve, en France, le dernier numéro de L’Equipe magazine, qui dédie un reportage au leader démocrate, dans son île de naissance, Hawaï, où il pratiqua intensément le basket au lycée.
A l’inverse, le rugueux John McCain, porte-drapeau vieillissant du parti républicain, fait rarement la une des journaux, qui le donnent depuis longtemps « off », c'est-à-dire perdant, le 4 novembre. Le sénateur de l’Arizona est un passionné de boxe et de base-ball, mais personne n’en n’a cure.

Obama, bien dans son basket

Le sémillant Obama a sans aucun doute des atouts pour occuper l’espace et pour séduire les esprits et les cœurs. Fils d’un Kényan et d’une Américaine du Kansas, celui qu'on surnomme parfois « Barry » a grandi à Honolulu dès ses 10 ans. Il y rejoint la Punahou Academy, l’établissement select d’Hawaï. Il y découvre le basket, où il brille très vite par son jeu et par son fair-play envers l’adversaire. Le jeune Obama y découvre aussi le racisme. Il fait partie des trois seuls Afro-américains du campus. C’est là qu’il tisse aussi un réseau, dans le basket, qui lui sert encore aujourd’hui en politique, quand il bat campagne.

Obama s’installe ensuite à Chicago, la capitale de l’Illinois, état qui le fera sénateur en 2004 et politicien d’envergure. Il s’implique dans la vie associative, travaille auprès des minorités. Un militantisme qu’il confirme une fois son diplôme d’avocat en poche. Opposant déclaré à la guerre en Irak, favorable à une hausse des impôts pour les plus grosses fortunes, « Barry le dunker » (littéralement smasheur, au basket) plaît aux minorités mais aussi aux Américains qui veulent une image restaurée de leur pays après la double législature va-t-en-guerre de George W. Bush. Exploitant au mieux le filon de la balle orange, Obama prévoit trente minutes de basket, un échauffement ouvert au public, avant chaque meeting de campagne.

McCain, celui qui tape du poing

En face, John McCain. Cheveux blancs et épaules carrées, le sénateur de l’Arizona a 30 ans de plus que son rival. Candidat républicain « par défaut », l’héritier de Bush peine à se départir d’une image de réactionnaire. La faute à une campagne longtemps bâtie sur son passé de héros de la guerre du Vietnam. Blessé, emprisonné 5 ans, le soldat de l’aéronavale traîne un profil de conservateur sur le retour, statufié dans son personnage de POW (prisonner of war) .
Et pourtant. John McCain n'a pas toujours été figé, en témoigne son jeu de jambes. Diplômé de l’école des officiers d’Annapolis, comme son père et son grand-père, il a beaucoup boxé du temps de ses classes. Les rings, et surtout la vie autour des rings, l’ont toujours concerné. A partir du milieu des années 80, lorsqu’il décroche son premier siège à la Chambre des Représentants, Joe le cogneur milite pour l’amélioration des conditions de vie des boxeurs. Ce pro-Reagan est écœuré par les magouilles, perpétrées par les managers, les arbitres et les fédérations, au détriment des soutiers de la salle et des cordes. « Je continuerai à me battre jusqu’à ce que la loi sur la boxe soit votée. L’exploitation des boxeurs m’oblige à défendre leur cause. A de rares exceptions, les boxeurs viennent du plus bas échelon de l’échelle sociale, ils n’ont aucune éducation, et se retrouvent le plus souvent complètement abandonnés psychologiquement et financièrement après leur carrière. »

Au début des années 90, cet amoureux de baseball et des Saint-Louis Cardinals est révulsé par les dégâts causés par le dopage dans le baseball. Sénateur depuis 1986, c’est en tant que président de la commission du commerce qu’il débloquera l’affaire Balco en 2004, en autorisant l’agence antidopage américaine (USADA) à accéder aux scellés du département de la Justice, compromettant la crème du baseball et de l’athlétisme américains. « Je me fiche de M. Bonds (star des San Francisco Giants) ou de quiconque d’autre. Tout ce qui m’importe, c’est de voir ces jeunes athlètes d’universités qui croient qu’ils ne pourront jamais atteindre le plus haut niveau sans stéroïdes anabolisants. »
Pro-Bush raisonné, McCain est un Républicain « iconoclaste ». Il dérange les lobbies du tabac et des financeurs de campagnes en prônant la régulation. Il sera tout aussi anticonformiste avec les patrons du sport-business, en demandant des comptes aux fabricants de compléments alimentaires et aux patrons des jeux en ligne. Il est de notoriété publique que les puissants de ces groupes d’intérêts ne portent pas McCain dans leur cœur. A l’inverse de Mohammed Ali, fervent défenseur de McCain, le promoteur Don King, qui a eu pendant trop d’années le croisé de l’Arizona dans les pattes, a appelé à voter Obama.

Avantage McCain, 6 contre 1

Barry le dunker et Joe le cogneur vont-ils se disputer les voix du monde du sport professionnel américain ? Las, la bataille semble d’ores-et-déjà gagnée pour les Républicains. Malgré son interventionnisme qui le fait passer pour « un empêcheur de tourner en rond », John McCain est assuré de remporter les suffrages des bailleurs de fonds du sport américain. Les quatre plus grandes « leagues » nord-américaines (baseball, basket, football, hockey) ont apporté six fois plus d'argent au candidat républicain qu’à Barack Obama. Au 1er juillet, les propriétaires de franchises avaient donné 3,2 millions de dollars à McCain contre 0,6 à Obama. Les patrons, c’est bien connu, tournent le dos à qui leur parle d’impôts. Si le candidat démocrate plaît aux sportifs, et notamment aux Afro-américains, qui comptent pour 80% des joueurs de la NBA, il n’a pas séduit les patrons du sport-business. A Obama le glamour, à McCain les dollars.

La rédaction - Louis Chenaille