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Nouvelle manifestation place Tahrir, l'attente continue

Des milliers de manifestants restent rassemblés place Tahrir, au Caire, dans l'attente fiévreuse des résultats de l'élection présidentielle, cinq jours après la fin des opérations de vote en Egypte. /Photo prise le 22 juin 2012/REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Des milliers de manifestants restent rassemblés place Tahrir, au Caire, dans l'attente fiévreuse des résultats de l'élection présidentielle, cinq jours après la fin des opérations de vote en Egypte. /Photo prise le 22 juin 2012/REUTERS/Amr Abdallah Dalsh - -

par Marwa Awad et Alastair Macdonald LE CAIRE (Reuters) - Des milliers de manifestants restent rassemblés place Tahrir, au Caire, dans l'attente...

par Marwa Awad et Alastair Macdonald

LE CAIRE (Reuters) - Des milliers de manifestants restent rassemblés place Tahrir, au Caire, dans l'attente fiévreuse des résultats de l'élection présidentielle, cinq jours après la fin des opérations de vote en Egypte.

Réunis à l'appel des Frères musulmans, qui revendiquent la victoire de leur candidat Mohamed Morsi, la foule vendredi agitait des drapeaux égyptiens et chantait des slogans pour dénoncer le report de l'annonce des résultats.

Ce report est perçu comme une manoeuvre de l'armée pour tenter de conserver le pouvoir après avoir poussé Hosni Moubarak vers la sortie face à la pression de la rue.

Les manifestants exigent aussi l'abrogation de la déclaration constitutionnelle effectuée dimanche, en plein dépouillement du vote, par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui dirige le processus de transition depuis le renversement d'Hosni Moubarak en février 2011. Ce texte donne provisoirement aux généraux le pouvoir législatif et dépouille le futur chef de l'Etat de quasiment toute prérogative.

Dans un communiqué lu vendredi à la télévision nationale, le CSFA a exclu de revenir sur sa décision, "requise par le besoin d'administrer les affaires de l'Etat durant cette période critique dans l'histoire de notre nation".

Il a aussi fermement critiqué les deux candidats pour leurs cris de victoire. "Anticiper l'annonce des résultats de l'élection présidentielle avant leur proclamation officielle est l'une des principales causes de la division et de la confusion qui prévalent dans l'espace politique."

CHAFIK "CERTAIN" DE SA VICTOIRE

Le résultat officiel n'est pas attendu avant samedi ou dimanche, augurant de longues heures de tension, même si une grande majorité d'Egyptiens, qui n'ont pas voulu choisir entre l'islamisme et le retour à l'ancien régime incarnés par les deux candidats, ont préféré passer le week-end -vendredi et samedi en Egypte- chez eux.

"C'est une contre-révolution classique qui ne sera bloquée que par la force des manifestants", déclare Safouat Ismail, un membre des Frères musulmans originaire du delta du Nil. "Je resterai jusqu'au départ des militaires."

Mahmoud Mohammed, un salafiste venu d'Alexandrie, assure que les contestataires ne cherchent pas le conflit, mais réclament la "démocratie".

Autour de lui, les tentes ont refait leur apparition sur la place centrale du Caire, épicentre de la révolution de janvier-février 2011.

On y sert du thé, on y vend des tee-shirts "I Love Tahrir" et une foule majoritairement composée d'hommes, acheminés de la province par autocar, sont agenouillés pour prier.

A l'autre bout de la capitale égyptienne, dans un hôtel luxueux, l'ancien général Ahmed Chafik, qui fut le dernier chef de gouvernement d'Hosni Moubarak, s'est dit certain jeudi de sa victoire à la présidentielle.

"Ces manifestations sur les places, les campagnes d'intimidation et la manipulation médiatique, tout cela vise à contraindre la commission électorale à annoncer un certain résultat", a-t-il dit à ses partisans en liesse.

"Je suis totalement convaincu que je serai le vainqueur légitime", a-t-il ajouté, devant les caméras de télévision.

Ahmed Chafik a de nouveau lancé un appel au calme et à l'unité en proposant à ses adversaires de participer à son éventuel futur gouvernement.

DOUTES

Dans un pays habitué aux fraudes électorales depuis que l'armée en a pris les rênes en 1952, les doutes des Frères musulmans sont nourris par le fait que la commission électorale est composée de magistrats nommés à l'époque d'Hosni Moubarak.

L'entourage de Mohamed Morsi affirme que les décomptes effectués par les Frères musulmans dans les bureaux de vote montrent que leur candidat l'a emporté avec près d'un million de voix d'avance et 52% des suffrages.

Une tendance plus ou moins confirmée en début de semaine, et en privé, par des membres de la commission électorale. Mais l'heure est officiellement aujourd'hui à l'examen des appels, ce qui fait craindre à certains responsables des Frères musulmans la possibilité que Chafik soit proclamé vainqueur.

"Le doute étend cette possibilité", s'est inquiété jeudi leur porte-parole, Mahmoud Ghozlan.

L'état de santé de l'ancien président renforce l'ambiance électrique au Caire. A 84 ans, Hosni Moubarak a été transféré mardi soir de la prison où il purge une peine de réclusion à perpétuité en raison de la mort de manifestants durant la "révolution du Nil", vers un hôpital militaire.

Selon des sources militaires, il alternerait périodes de coma et de réveil mais de nombreux Egyptiens soupçonnent l'armée d'exagérer la faiblesse de son état de santé afin de lui permettre de ne pas purger sa peine.

Les médias égyptiens décrivent un pays en proie à une extrême nervosité.

Sur son compte Twitter, Mohamed ElBaradeï, ancien prix Nobel de la paix et figure du camp réformiste, écrit que "ce qu'il faut désormais, c'est une commission de médiation pour trouver une issue politique et légale à la crise", car, dit-il, "l'Egypte est au bord de l'explosion".

Avec la rédaction du Caire; Bertrand Boucey et Jean-Stéphane Brosse pour le service français, édité par Gilles Trequesser