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Yémen: le choléra fait 115 morts en deux semaines

Des hommes yéménites soupçonnés d'être contaminés par le choléra sont soignés dans un hôpital à Sanaa, le 12 mai 2017.

Des hommes yéménites soupçonnés d'être contaminés par le choléra sont soignés dans un hôpital à Sanaa, le 12 mai 2017. - Mohammed Huwais - AFP

Le choléra se répand rapidement depuis deux semaines dans un Yémen ravagé par la guerre.

Le Yémen est touché depuis plusieurs semaines par une grave crise de choléra. Le 9 mai, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) annonçait déjà le décès de 34 personnes. Le bilan s'élève aujourd'hui à 115 morts depuis le 27 avril, selon le ministère yéménite de la Santé. Plus de 8.500 cas suspects ont été recensés dans les 14 provinces du pays.

Les infrastructures hospitalières du pays ont été fortement endommagées par deux ans de guerre et où la qualité de l'hygiène s'est fortement dégradée. L'afflux des malades, souffrant de diarrhée et de vomissement, dépasse de loin les capacités d'accueil des centres hospitaliers.

"Quatre patients dans un seul lit"

"Nous sommes maintenant confrontés à une grave crise de choléra", a déclaré Dominik Stillhart, directeur des opérations du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), lors d'une conférence de presse dans la capitale Sanaa, au terme d'une mission au Yémen. 

"Il y a jusqu'à quatre patients atteints du choléra dans un seul lit", a-t-il déploré. "Certains patients restent dans le jardin ou même dans des voitures avec leurs équipements de perfusion intraveineuse pendant à la fenêtre" du véhicule, a-t-il ajouté devant les journalistes à Sanaa.

Le manque d'hygiène à Sanaa, où la situation à empiré la semaine dernière avec une grève des éboueurs qui réclamaient leurs salaires impayés, "est un phénomène qui menace notre communauté", s'est inquiété un habitant cité par l'AFP, Ashraf Al-Hadi, qui en veut au gouvernement rebelle qui administre la ville.

Des tas d'ordures nauséabondes ont jonché pendant plusieurs jours les rues et les places de la capitale, contribuant à la dégradation de l'hygiène dans la ville. Après un débrayage d'une dizaine de jours, les éboueurs ont repris le travail le weekend, au grand soulagement de la population.

Un responsable local de l'OMS, Jameel Nashir, a appelé les habitants à soigner leur "hygiène personnelle" et à prendre "conscience de la dangerosité de la maladie". 

Une pénurie d'eau à Sanaa

En outre, a-t-il ajouté, "ils devraient utiliser de l'eau provenant de sources sûres et éloignées des zones polluées", en allusion à la pénurie d'eau à Sanaa.

Dans une ville où le robinet ne coule dans certains quartiers qu'un jour par mois, les quelque 2 millions d'habitants dépendent des forages privés qui puisent l'eau dans des nappes phréatiques en voie d'épuisement et la revendent dans des camions-citernes.

Ali Al-Washali, hospitalisé pour diarrhée sévère, explique "boire depuis longtemps l'eau d'un puits artésien", servie par camion-citerne sans avoir de problème "mais de nos jours on en tombe malade".

L'OMS classe désormais le Yémen comme l'une des plus grandes urgences humanitaires de la planète avec la Syrie, le Soudan du Sud, le Nigeria et l'Irak.

Selon cette même organisation, les combats ont fait plus de 8 000 morts et plus de 44.500 blessés depuis mars 2015. Quelque 19 millions de personnes, soit 60% de la population, vivent en situation d'insécurité alimentaire, selon l'ONU.

L.A., avec AFP