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Turquie: qui sont les manifestants de la place Taksim?

Des manifestants à proximité des bureaux du Premier ministre turc Erdogan à Istanbul, le 3 juin 2013.

Des manifestants à proximité des bureaux du Premier ministre turc Erdogan à Istanbul, le 3 juin 2013. - -

Partie d'un mouvement de protestation contre un projet d'urbanisme, la contestation place Taksim se tourne désormais vers le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan.

Au troisième jour de leur mouvement, les manifestants turcs ont maintenu dimanche la pression sur le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan en occupant la place Taksim d'Istanbul, tandis que de nouveaux incidents ont éclaté dans la capitale Ankara.

Plusieurs milliers de personnes continuaient tard dans la soirée à manifester contre le gouvernement islamo-conservateur dans le quartier résidentiel de Kavaklidere, à Ankara, après avoir été brutalement délogés plus tôt par la police de la place centrale de Kizilay de la capitale. Qui sont les manifestants? Que réclament-ils? fait le point sur le mouvement.

> Que réclament les manifestants?

Le mouvement de contestation est né autour de l’avenir du parc Taksim, situé en plein centre d’Istanbul, là où se déroulent traditionnellement les rassemblements stambouliotes. Les manifestants protestaient au départ contre un projet d’urbanisation à cet endroit.

La municipalité prévoit le déracinement de certains des 600 arbres, le poumon de cette partie de la vielle, pour y reconstituer des baraques militaires ottomanes et construire un centre culturel et un centre commercial.

Après l’intervention musclée de la police turque pour déloger les récalcitrants, les internautes ont pris fait et cause pour les manifestants, dénonçant l’attitude du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

Le mouvement a alors très vite pris un tour politique, les manifestants reprochant au Premier ministre d’être trop conservateur et de vouloir "islamiser" la société turque.

> Qui sont les manifestants?

Au départ des habitants de la ville, habitués du parc Taksim, et des militants écologistes. Après les premiers incidents entre la policie et les manifestants, lundi dernier, provoqués par l’apparition des premiers bulldozers dans le parc, le mouvement s’est diversifié.

Sur place, de nombreux étudiants, tournés vers l’Occident et très critiques du gouvernement. "Ils restreignent nos droits même celui de s'amuser. Par exemple, ils interdisent l’alcool à certains endroits", explique Ali, 29 ans, à BFMTV. "Ils essayent de s'immiscer dans notre mode de vie individuel."

Les manifestants forment désormais le plus important mouvement de contestation populaire du gouvernement islamo-conservateur turc depuis son arrivée au pouvoir en 2002. Les militants de la société civile turque y ont largement cédé la place à la gauche et à l'extrême gauche.

"L’opposition politique était présente, puisque des représentants du parti kémaliste, du parti pro-kurde, des nombreux groupes de gauche, étaient présents sur la place", confirme Dorothée Schmid, chercheuse à l’IFRI, spécialiste de la Turquie aux Echos.

> Est-ce un "printemps turc"?

Le parallèle est inévitable. Certains manifestants et les médias comparent la place Taksim d’Istanbul à la place Tahrir du Caire, là où la révolution égyptienne s’est jouée. "Est-ce que Taksim sera la place Tahrir du Premier ministre Erdogan?", se demande par exemple Time Magazine.

Le mouvement est d'ailleurs suivi de près en Egypte, note RFI, qui titre sur "les révolutionnaires de la place Tahrir solidaires des Turcs de Taksim", avec de petits rassemblements au Caire et à Alexandrie.

Si en Turquie aussi, le pouvoir en place est visé, la situation est très différence de l’Egypte de Moubarak. "Le parti au pouvoir en Turquie, loin d’être homogène, a été élu démocratiquement à trois reprises et à chaque fois de manière plus confortable (49,9% des voix en 2011)", explique ainsi Slate.fr.

Reste à savoir comment va désormais évoluer le mouvement. "Si le gouvernement va à l’affrontement, cela risque d’être très grave", estime Dorothée Schmid dans son interview aux Echos. "Nous n’y sommes pas, mais après avoir joué l’apaisement, le Premier ministre donne à nouveau des signes de nervosité."


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M.D. avec AFP