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Les Syriens unis contre la destruction des trésors de l'Antiquité

Le site archéologique de Palmyre fait l'objet de toutes les attentions alors que l'Etat islamique tente de s'emparer de la ville

Le site archéologique de Palmyre fait l'objet de toutes les attentions alors que l'Etat islamique tente de s'emparer de la ville - Sana - AFP

La Syrie entre dans sa cinquième année de guerre civile, et pourtant l'esprit national n'est pas encore détruit, car une grande unité se dégage sur un point: les trésors archéologiques du pays doivent être défendus par tous, adversaires comme tenants du régime. Une consigne qu'évidemment l'Etat islamique ne compte pas respecter.

La bataille de Palmyre était engagée depuis quelques jours, et l'on se demandait comment l'armée gouvernementale pouvait tenir face au rouleau compresseur de l'Etat islamique. Des villes importantes comme Idleb dans le nord-ouest sont récemment passées aux mains de al-Nosra, un groupe certes djihadiste mais moins barbare que Daesh, et qui s'est plié au souhait populaire de respecter les trésors du passé.

Le sort de Palmyre semblait bien sombre ces derniers jours. La crainte de voir Daesh s'emparer du quartier archéologique dominait tout autre sentiment chez les observateurs, humanitaires et les Syriens ordinaires: la Palmyre gréco-romaine serait-elle broyée comme la Nimroud assyrienne en Irak?

Palmyre, une ville stratégique

L'Etat islamique a maintes fois démontré son engouement pour la destruction d'objets et statues antiques pour cause d' "idolâtrie", comme si les taureaux ailés faisaient l'objet de vénération religieuse. Le sentiment de respect et d'admiration pour le passé culturel n'est pas quelque chose que Daesh veut accepter.

Certes Palmyre - Tadmur, en arabe - est une ville stratégique qui commande l'approche orientale vers Damas. Le régime se doit de la défendre. Mais selon le directeur des Antiquités et Musées de Syrie, Maamoun Abdulkarim, c'est toute la population qui ressent l'impérieuse nécessité de sauver ce trésor culturel. "Le musée de Palmyre avait été évacué depuis longtemps mais les grands objets ne peuvent être ni bougés ni cachés. Les statues, bustes, tout aurait été détruit...", détaille pour BFMTV.com Maamoun Abdulkarim.

"La bataille de Palmyre n'est pas la bataille du régime, tous les Syriens doivent agir ensemble pour sauver le patrimoine", poursuit-il.

Le directeur des Antiquités et Musées de Syrie rappelle qu'il y a un an, il y avait eu un affrontement entre régime et rebelles à Palmyre, et que les combats s'étaient déroulés hors du site archéologique pour le protéger.

"Un combat culturel"

Aujourd'hui ce sont des unités de l'armée du gouvernement de Bachar el-Assad qui défendent Palmyre. "Ils défendent une cause de la civilisation, c'est un combat culturel, ce n'est pas partisan, la politique change et les gouvernements changent, mais les peuples restent et la civilisation doit rester aussi. Il faut séparer politique et culture. Le régime n'a rien à voir avec mon action, et j'ai encouragé les militaires du gouvernement à défendre le site avec énergie, et les gens en général les ont encouragés et ils ont réussit", raconte Maamoun Abdulkarim.

Pour Maamoun Abdulkarim, l'essentiel réside non seulement dans la préservation des trésors archéologiques, mais aussi dans le désir du peuple syrien de se concevoir comme un peuple avec un État permanent, qui survivra à cette guerre civile. Et sur ce point, les Syriens peuvent s'unir, à la joie du directeur des antiquités et musées.

Harold Hyman