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Pas de coups de fouet cette semaine pour Raef Badaoui

Raef Badaoui a reçu cinquante coups de fouet vendredi 9 janvier à la grande mosquée de Djeddah.

Raef Badaoui a reçu cinquante coups de fouet vendredi 9 janvier à la grande mosquée de Djeddah. - Tobias Schwarz-AFP

Le saoudien Raef Badaoui a été condamné à 1.000 coups de fouets pour "insultes à l'islam" dans son blog défendant la liberté d'expression. Il avait subi une première séance de flagellation le 9 janvier dernier. Pour la quatrième semaine consécutive, la deuxième séance a été reportée.

C'est pour avoir rêvé de liberté qu'il a été condamné. Emprisonné depuis 2012, le blogueur saoudien de 31 ans Raef Badaoui avait fondé un site nommé Liberal Saudi Network, lauréat 2014 du prix RSF. Ce jeune défenseur des libertés plaidait pour de sérieuses réformes au sein du royaume. Il souhaitait notamment la fin de l'influence religieuse très stricte qui régit la société saoudienne tout entière. En plaidant pour la célébration de la Saint Valentin en Arabie Saoudite, Raef Badaoui a montré son attachement à l'occidentalisation du pays. Des faits pour lesquels il a été condamné à 1.000 coups de fouets, 10 ans de prison et une amende de 230.000 euros. Lors de la marche républicaine du 11 janvier dernier à Paris, Nizar al-Madani, haut dirigeant saoudien, était présent dans le cortège pour défendre la liberté d'expression. Une hypocrisie qui est vivement dénoncée aujourd'hui.

Raef Badaoui "pas capable de supporter" d'autres coups de fouet, selon le médecin

Cinquante coups de fouet lui ont été administrés vendredi 9 janvier à la grande mosquée de Djeddah. Le blogueur saoudien devait recevoir une séance de flagellation toutes les semaines, durant 5 mois. Mais pour la quatrième semaine consécutive, la deuxième séance a été reportée. La femme de Raef Badaoui, réfugiée au Canada avec leurs trois enfants, a fait part d'une grave dégradation de l'état de santé de son mari qui souffre d'hypertension depuis son arrestation en 2012. Le 16 janvier dernier, une semaine après la première séance de flagellation, il n'avait pas pu recevoir d'autres coups en raison de la difficulté de ses plaies à cicatriser. "Le médecin avait conclu que les blessures n'avaient pas encore cicatrisé correctement et qu'il ne serait pas capable de supporter une autre séance de coups de fouet", avait déclaré sa compagne. "L'état de santé de Raef est mauvais et il empire" a-t-elle récemment indiqué. La jeune femme se dit "très inquiète" pour lui car "c'est impossible pour un être humain de recevoir 50 coups de fouet chaque semaine". Si les séances précédentes ont été reportées en raison de l'état de santé du militant, aucune explication officielle n'a été donnée pour cette quatrième semaine sans flagellation.

Une indignation à l'échelle mondiale

Le triste sort du blogueur saoudien a suscité de vives réactions au sein de la communauté in-ternationale. Sa femme Ensaf Haidar, regrette que son mari soit "emprisonné simplement pour avoir exprimé des idées libérales dans un pays [où sévissent] des tribunaux d'inquisition islamique du Moyen Age". La sentence réservée à Raef Badaoui a été qualifiée de "cruelle et inhumaine" par l'ONU. Amnesty international et Reporters sans frontières se sont mobilisés contre l'injustice dont est victime le militant. Ils ont dénoncé un acte «vicieux et cruel qui est interdit par la loi internationale». L'Union européenne a également appelé l'Arabie Saoudite à «suspendre toute nouvelle punition corporelle» et EELV a demandé au gouvernement Français d'intervenir. De nombreuses voix s'élèvent partout dans le monde lors de manifestations pour exiger la libération du militant. Très actifs aussi, les internautes se mobilisent pour soutenir Raef Badaoui. Reporters sans frontières, Amnesty international, change.org font partie des nombreux sites à avoir lancé une pétition pour obtenir sa libération. Depuis ce déchainement de réactions internationales, aucun autre coup de fouet n'a été donné à Raef Badaoui.

Johanne Eva Desvages avec AFP