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Netanyahu ordonne la suspension de l'interdiction de bus aux Palestiniens

Des Palestiniens dans un autobus à un point de passage entre la Cisjordanie et Israël, le 4 mars 2013.

Des Palestiniens dans un autobus à un point de passage entre la Cisjordanie et Israël, le 4 mars 2013. - Menahem Kahana - AFP

A partir de ce mercredi, les Palestiniens se rendant quotidiennement en Israël pour y travailler n'auront plus le droit d'emprunter les mêmes autobus que les Israéliens. Les autorités israéliennes présentent cette mesure comme une "expérience" de trois mois. Objectif affiché: "réduire les dangers de sécurité". Mais dès l'entrée en vigueur de la mesure, le Premier ministre Benjamon Netanyahu a ordonné sa suspension.

La mesure est à peine croyable et rappelle certaines heures particulièrement sombres de l'histoire. A compter de ce mercredi, les Palestiniens de Cisjordanie se rendant chaque jour en Israël pour y travailler n'ont plus le droit d'utiliser les mêmes autobus que les Israéliens pour revenir chez eux, a indiqué une responsable du ministère de la Défense.

Mais à peine la mesure entrée en vigueur, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a ordonné sa suspension. "Cette proposition est inacceptable pour le Premier ministre. Il a parlé ce matin avec le ministre de la Défense et il a été décidé de geler la proposition", a indiqué un responsable gouvernemental.

Même route, bus différents

Dans le cadre d'un projet pilote prévu pour durer trois mois, "les Palestiniens qui travaillent en Israël devront à partir de mercredi revenir chez eux par le même point de passage sans prendre les autobus utilisés par les résidents de Judée-Samarie", la Cisjordanie occupée, avait auparavant indiqué une responsable du ministère de la Défense, qui a requis l'anonymat.

Les milliers de Palestiniens employés en Israël doivent désormais passer par quatre postes de contrôle pour se rendre sur leur lieu de travail et revenir chez eux par ces mêmes points de passage. A leur retour en Cisjordanie, les Palestiniens doivent prendre des autobus palestiniens et non plus israéliens pour les ramener chez eux. Une mesure aux airs d'apartheid, qui va rallonger très sérieusement le temps de transport pour des dizaines de milliers de Palestiniens.

Selon l'association française la Paix Maintenant, opposée à la colonisation, l'application officielle de cette mesure de séparation est "sans précédent" depuis le début de l'occupation de la Cisjordanie. "Il y a eu des tentatives dans le passé pour imposer ce genre de séparation, mais qui n'ont pas été suivies d'effet", a indiqué une responsable de cette association.

"Expérience"

Selon la radio publique, le ministre de la Défense Moshé Yaalon à l'origine de cette décision, qui n'est pas sans rappeler les mesures de ségrégation raciale qui existaient aux Etats-Unis jusqu'aux années 1960, "tirera les leçons de cette expérience à l'issue de la période d'essai de trois mois".

La radio a précisé que le ministre estime que ces dispositions vont permettre de "mieux contrôler les Palestiniens et qui sortent d'Israël et de réduire les dangers de sécurité". Cette mesure était réclamée par le lobby des colons de Cisjordanie occupée depuis des années.

"Plus de place pour les Israéliens" dans les bus

Un député du "Foyer juif", un parti nationaliste religieux membre de la majorité du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Mordehaï Yogev, a ainsi expliqué à la radio qu'il menait depuis trois ans une campagne avec d'autres représentants des colons pour interdire aux Palestiniens l'accès aux autobus israéliens.

"A leur retour du travail, les Palestiniens remplissaient les autobus si bien qu'il n'y avait plus de place pour les Israéliens. De plus, les femmes israéliennes notamment les soldates étaient souvent victimes d'agressions sexuelles", a affirmé Mordehaï Yogev, dont le parti milite pour la colonisation des territoires palestiniens.

Selon lui, "il ne s'agit en aucun cas d'apartheid. La situation était tout simplement devenue insupportable. Tous les hypocrites dans le monde et parmi nous peuvent dire ce qu'ils veulent, mais la situation était devenue insupportable".

D'après un récent rapport de la Banque d'Israël, 92.000 Palestiniens sont employés en Israël de façon légale ou illégale.

A.S. avec AFP