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Moyen-Orient

Coupe du monde 2022: le Qatar, nouvelle bête noire de l'opinion internationale?

Les conditions d'organisation de la Coupe du monde de football, le marasme humain et écologique que la compétition représente, le non-respect des droits de l'Homme et des minorités: le mondial qatarien est sous le feu des critiques du monde entier.

Des stades construits à la sueur de travailleurs immigrés exploités dans des conditions inommables et parfois jusqu'à la mort - le bilan humain des travaux a été évalué à 6500 décès en 2021 par le Guardian -, un Émirat ignorant droits de l'Homme et respect des minorités, l'empreinte carbone aberrante d'un mondial organisé en plein désert... C'est peu dire que la Coupe du monde de football qui doit débuter le 20 novembre prochain au Qatar concentre les critiques.

Mais tandis qu'en France un mouvement s'amorce parmi les mairies pour renoncer aux rassemblements collectifs et aux écrans géants durant le Mondial, les initiatives et les positions des dirigeants internationaux demeurent prudentes. ONG et opinions n'hésitent pas en revanche à dire tout haut leurs envies de boycott.

Lundi, c'est la mairie de Paris qui a annoncé qu'elle n'installerait pas d'écran géant et ne mettrait pas en place de "fan zone" dans ses rues pour suivre le tournoi. Depuis la capitale jusqu'à Vénissieux, en passant par Bordeaux, Marseille, Strasbourg, Rodez, Bourg-en-Bresse, Villeurbanne et surtout la municipalité pionnière de Lille, les villes sont nombreuses à avoir décidé d'adopter cette forme de boycott pour dire leur opposition à l'organisation du Mondial au Qatar et à la politique de ce richissime et minuscule État du Golfe.

L'initiative n'est pas isolée. Comme le note ici le média Brussels Times, la capitale belge va aussi faire l'impasse sur les retransmissions collectives. Toutefois, en-dehors de ces quelques montées au créneau d'édiles, force est de constater que les autorités nationales sont bien plus timorées.

Des réactions timides dans le milieu du foot

Aucun dirigeant international n'a pour le moment fait part de sa volonté de ne pas se rendre dans l'émirat, malgré des appels en ce sens notamment au sein de la classe politique française. Et parmi les sélections qualifiées, aucune non plus n'a prévu de passer ses billets d'avion à la broyeuse. Ce qui n'exclut pas d'afficher quelques bonnes intentions. Ainsi, la Fédération française de football a déclaré ce mardi travailler avec plusieurs de ses homologues à la mise sur pied d'un fonds d'indemnisation destiné aux ouvriers blessés sur les chantiers de la Coupe du monde.

La Deutsche Welle a quant à elle remarqué l'invitation lancée par la fédération allemande en direction de ces travailleurs immigrés à visiter le camp de base de son équipe lors de la compétition, afin que ceux-ci échangent avec les joueurs. L'institution milite de surcroît pour le renforcement des droits et protections autour du travail au Qatar.

Pour le reste, les protestations à attendre des sélections seront plutôt cosmétiques... Ou plutôt textiles. Ainsi, l'équipementier du Danemark a produit pour l'occasion des maillots d'un rouge uni "afin de ne pas être trop visible" dans un tournoi à l'organisation si meurtrière, ou noir "couleur de deuil". Le maillot extérieur violet de l'Argentine sera pour sa part signe d'inclusion et de promotion de l'égalité hommes-femmes, selon un tweet de la fédération locale.

Au rayon football, c'est à peu près tout, à condition d'y ajouter la prise de position de l'ancien footballeur Philipp Lahm qui a plaidé auprès du média Kicker pour que "les droits de l'homme jouent un plus grand rôle dans l'attribution d'un tournoi" à l'avenir. Une expression qui n'est pas anecdotique dans la mesure où l'ancien capitaine de la Mannschaft préside le comité d'organisation du prochain Euro.

Boycotter... ou profiter de la vitrine?

Mais c'est plutôt de la société civile qu'émanent les critiques les plus fortes à l'égard du Qatar. Ainsi, Amnesty International a qualifié la compétition de "Coupe du monde de la honte", jetant un éclairage accablant sur un système fondé sur le travail forcé et des rémunérations dérisoires. La branche française de l'ONG a même piloté une pétition intitulée "ramener la coupe à la raison".

Le texte n'appelle d'ailleurs pas à son boycott mais à en faire une vitrine politique:

"La Coupe du monde est l'occasion de mettre un coup de projecteur sur cette situation et de faire changer les choses pour ces milliers de travailleurs", explique l'organisation.

"En France, nous avons un rôle à jouer. La Fédération Française de Football doit s’assurer que tous les prestataires de services auxquels elle fera appel au Qatar respectent les droits humains". La pétition a pour le, moment accumulé 65.000 signatures.

Les opinions publiques en pointe?

Une mobilisation qui ne doit pas étonner tant, dans l'opinion publique, certains se montrent hostiles au rendez-vous qatarien. Côté britannique, l'ancien footballeur anglais David Beckham, s'est même attiré les foudres de ses concitoyens au début du mois de septembre. Ambassadeur de la société Qatar Tourism, il a accepté de glisser dans un spot publicitaire: "C'est la perfection pour moi. C'est un endroit incroyable pour passer quelques jours."

En Allemagne, un sondage paru en mars 2021 dans Der Spiegel a encore exposé que 54% des Allemands poussaient au boycott pur et simple, 14% allant dans le même sens tout en y mettant quelques réserves supplémentaires. Dans l'Hexagone, 65% des Français estiment qu'il ne devrait y avoir aucun représentant officiel français sur place et 55% jugent même que les Bleus devraient refuser de participer à la compétition, selon un récent sondage BVA pour RTL.

Et la polémique commence à faire tache d'huile, débordant la seule Coupe du monde. Ainsi, la conciliation entre une position critique vis-à-vis du Mondial et un regard apaisé ou indifférent à l'égard de l'actionnariat du club du Paris-Saint-Germain paraît désormais intenable à certains.

Ce mardi, l'adjoint écologiste à la maire de Paris, David Belliard a en effet regretté que l'équipe parisienne appartienne à l'émirat: "Le PSG, c’est un club privé donc nous n’avons pas la main sur sa structure capitalistique. Mais oui, je le regrette et je le dénonce."

Du Qatar à l'Arabie saoudite

Cet antagonisme international croissant face au Qatar rappelle qu'il a déjà fait récemment l'objet d'un haro diplomatique. Accusant en 2017 sur fonds de tensions géopolitiques le Qatar d'être trop bienveillant envers des régimes ou milices islamistes, ses voisins égyptiens, émiratis et surtout Saoudiens avaient rompu toute relation avec lui. La crise s'est toutefois éteinte en janvier 2021.

Il faut dire qu'en matière de droits humains ou de respect des minorités, Riyad n'a pas de quoi regarder Doha de haut. Ni en termes d'aberration sportive et écologique: l'Arabie saoudite a obtenu, ce mardi, l'organisation de l'édition 2029 des Jeux asiatiques... d'hiver. En plein désert.

Robin Verner
Robin Verner Journaliste BFMTV