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Crise entre le Qatar et l'Arabie saoudite: un bédouin renvoyé de frontière en frontière

La frontière entre l'Arabie saoudite et le Qatar, côté qatari

La frontière entre l'Arabie saoudite et le Qatar, côté qatari - Karim Jaafar-AFP

Il erre depuis le 17 juin dans le no man's land entre les frontières qatari et saoudienne. Un bédouin se retrouve pris au piège de la crise entre les deux États voisins.

Depuis presque trois semaines, il est coincé entre les frontière saoudienne et qatarie. Zayed al-Marri, un bédouin "considéré comme qatari par les Saoudiens et comme saoudien par les Qataris", rapporte le site de France 24 Les Observateurs, est refoulé de poste-frontière en poste-frontière sous un soleil écrasant. Il a même été hospitalisé après une insolation mais a été renvoyé immédiatement après à la frontière, où il fait plus de 40 degrés.

Âgé de 29 ans, le jeune homme est né au Qatar, comme l'atteste une photo de son passeport postée sur les réseaux sociaux. Mais Zayed al-Marri fait partie d'une tribu de bédouins, al-Ghufran, tombée en "disgrâce" depuis que "certains de ses membres ont été impliqués dans une tentative de coup d'État". "En représailles, les autorités du Qatar ont déchu plus de 6000 membres de cette tribu de leur nationalité entre 1996 et 2005", assure le site. Ainsi, Zayed al-Marri a été déchu de sa nationalité et vit depuis en exil dans le royaume ultra-conservateur.

Au cœur d'un conflit régional

Le jeune homme se retrouve mêlé à un conflit entre les deux États voisins. Tout est parti d'un, soi-disant ou avéré, piratage de l'agence de presse du Qatar fin mai. Le pays a dénoncé la diffusion "d'un faux communiqué attribué à Son Altesse", l'émir Tamim ben Hamad al-Thani. Deux déclarations qui lui étaient attribuées ont choqué: la désignation du mouvement islamiste Hamas comme "représentant légitime du peuple palestinien" et l'Iran chiite comme un allié stratégique dans la région.

À la suite de cela, au début du mois de juin, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l'Égypte ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar, qu'ils accusent de soutenir le "terrorisme". Riyad a fermé les frontières terrestres, aériennes et maritimes avec le Qatar pour "protéger sa sécurité nationale des dangers de l'extrémisme". Et l'ordre de partir dans les deux semaines a été donné aux ressortissants du Qatar. Les Saoudiens ont par ailleurs reçu l'interdiction de s'y rendre.

"Pas moins de 13.314 ressortissants des quatre pays (Arabie, Emirats, Bahreïn et Qatar) ont été directement affectés" par cette mesure, a recensé le Comité national des droits de l'homme du Qatar dans un communiqué, selon l'AFP.

Human Rights Watch appelle à le laisser entrer

Après cet ultimatum, Zayed al-Marri s'est rendu à un poste-frontière qatari et a présenté son passeport. Mais ce dernier étant périmé, le jeune homme a été renvoyé vers l'Arabie saoudite. "Ne possédant pas de documents d'identité saoudiens, la douane du royaume wahhabite l'a à son tour renvoyé vers le Qatar", poursuivent Les Observateurs. Il est depuis bloqué dans ce "no man's land". Human Rights Watch a appelé, sans succès, le Qatar à le laisser entrer sur son territoire.

Selon une ONG qatarie, "tous les autres membres de cette tribu qui souhaitaient quitter l'Arabie saoudite ont été autorisés à rentrer au Qatar", sauf lui. Le Qatar considère qu'il est saoudien, ce qu'il dément, assurant n'avoir même jamais eu une carte de résident. 

De nombreuses discriminations

Un des proches de Zayed al-Marri, qui a souhaité gardé l'anonymat, membre de cette tribu et installé en Arabie Saoudite, a témoigné pour France 24.

"Les membres de la tribu qui ont participé au coup d'État raté ont été condamnés pour certains à la peine de mort. Mais les autorités ont voulu aller encore plus loin et se venger sur toute la tribu. En plus de la déchéance de nationalité, une politique de discrimination contre les Al-Ghufran a été mise en place."

Parmi ces discriminations, il assure que certains d'entre eux se sont vus refuser d'entrée à l'université, d'autres qui travaillaient pour l'armée ont été relégués à la circulation routière et d'autres encore "ont été contraints de signer un document dans lequel ils s'engageaient à quitter le pays" et de s'exiler en Arabie saoudite.

Une femme séparée de son bébé

Si les autorités qataries ont accepté de rendre leur nationalité à certains d'entre eux, "ceux qui sont restés au Qatar sont devenus des apatrides, des citoyens de seconde zone qui n'ont pas le droit de quitter le territoire sans autorisation", ajoute-t-il. "Ceux qui vivent en Arabie saoudite en tant qu'apatrides ne possèdent plus que des documents d'identité qataris périmés, comme Zaïd al-Marri". 

Autre situation ubuesque créée par ces ruptures diplomatiques: une femme qatarie a été obligée de quitter les Émirats, où elle vivait avec son mari et son enfant. Lorsqu'elle est arrivée à l'aéroport avec son bébé, on lui a dit qu'elle ne pouvait pas emmener son enfant avec elle, détenteur de la nationalité émiratie. 

Céline Hussonnois-Alaya