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Maroc: un rappeur auteur d'un titre critique jugé pour insulte à la police

Le rappeur Gnawi

Le rappeur Gnawi - Capture d'écran YouTube

L'avocat du rappeur assure qu'il est poursuivi à cause d'une chanson. Les autorités déclarent quant à elle qu'une vidéo est à l'origine des poursuites.

Le rappeur marocain Gnawi, co-auteur d'un titre polémique sur le désespoir de la jeunesse de son pays, a comparu jeudi devant le tribunal de Salé, près de Rabat, pour "outrage à fonctionnaire public" et risque deux ans de prison.

Selon son avocat, le chanteur de 31 ans est poursuivi non pas pour des insultes à la police mais à cause de la chanson "Vive le peuple" (Aach al chaab, en dialecte marocain) qui cumule désormais plus de 13 millions de vues sur Youtube.

Ce titre, qui reprend des slogans scandés dans les stades, dénonce "l'injustice" et "l'accaparement des richesses". Surtout, les paroles attaquent directement le roi, ce qui constitue, selon les médias marocains, un franchissement très net de ce qu'on appelle au Maroc les "lignes rouges".

Raisons troubles

Les autorités marocaines assurent cependant que l'arrestation du rappeur, le 1er novembre, "n'a rien à voir avec la chanson" mais est liée à la diffusion d'une vidéo dans laquelle il insulte la police, comme l'a expliqué à l'AFP un porte-parole de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).

La DGSN s'est portée partie civile car elle a "subi un tort en tant qu'institution", selon son avocat Abdelfettah Yatribi. Gnawi se trouve en détention préventive depuis son arrestation, survenue au lendemain de la mise en ligne de son dernier titre, co-écrit avec deux amis rappeurs pour protester contre la situation sociale et la corruption au Maroc.

L'affaire a suscité des flots de commentaires indignés sur les réseaux sociaux. "Les poursuites judiciaires engagées contre lui constituent une atteinte flagrante à la liberté d'expression", a estimé Amnesty international dans un communiqué publié mercredi, à la veille du procès.

Affaire renvoyée au 25 novembre

Après une audience rapide consacrée à des questions de procédure, le tribunal de Salé a renvoyé l'affaire au 25 novembre. Les juges devront se prononcer d'ici-là sur la demande de remise en liberté déposée par l'avocat du rappeur, Me Mohamed Sadkou.

Les jeunes représentent le tiers de la population du Maroc, qui compte 35 millions d'habitants, et souffrent particulièrement de l'exclusion sociale: le quart des 15-24 ans est hors du système scolaire, sans formation ou sans emploi, selon les chiffres officiels.

BP, avec AFP