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Macron dénonce l'envoi de "jihadistes" au Karabakh, où les combats s'intensifient

Le président Emmanuel Macron en marge d'un sommet de l'UE à Bruxelles, le 1er octobre 2020

Le président Emmanuel Macron en marge d'un sommet de l'UE à Bruxelles, le 1er octobre 2020 - AFP / Olivier Hoslet

En marge d'un sommet de l'UE à Bruxelles, le président français a affirmé que 300 combattants jihadistes avaient quitté la Syrie pour rejoindre Bakou, la capitale de l'Azerbaïdjan.

Arméniens et Azerbaïdjanais restaient sourds jeudi à de nouveaux appels au cessez-le-feu et "intensifiaient" même leurs combats au Nagorny Karabakh, où des combattants "jihadistes" auraient été déployés selon Emmanuel Macron, laissant craindre une nouvelle escalade du conflit.

"Selon nos propres renseignements, 300 combattants ont quitté la Syrie pour rejoindre Bakou en passant par Gaziantep (Turquie). Ils sont connus, tracés, identifiés, ils viennent de groupes jihadistes qui opèrent dans la région d'Alep", a déclaré le chef de l'État dans la nuit de jeudi à vendredi lors d'un sommet de l'Union européenne à Bruxelles.

Il avait plus tôt dénoncé le déploiement de "combattants syriens de groupes jihadistes" ayant transité par la Turquie, plus fidèle alliée de l'Azerbaïdjan, pour rejoindre ce territoire séparatiste soutenu par Erevan.

"Une ligne rouge est franchie"

La Russie avait fait état d'informations similaires la veille à celles d'Emmanuel Macron, dont le pays fait partie avec la Russie et les États-Unis du "groupe de Minsk" chargé d'une médiation dans ce conflit. Les présidents des trois pays de ce groupe ont d'ailleurs demandé dans un communiqué commun "la cessation immédiate des hostilités".

"D'autres contingents se préparent, à peu près de la même taille (...) Une ligne rouge est franchie (...) c'est inacceptable", a martelé le président français.

"J'appellerai le président (turc Recep Tayyip) Erdogan dans les tout prochains jours parce qu'en tant que coprésident du groupe de Minsk je considère que c'est la responsabilité de la France de demander des explications", a dit Emmanuel Macron, en interpellant l'Otan, dont la Turquie fait partie. Les autorités d'Ankara ont également été dénoncées par le Premier ministre arménien, qui a dit détenir "des preuves" de l'implication militaire turque dans le conflit.

"Ankara a fourni à Bakou des véhicules militaires, des armes, ainsi que des conseillers militaires. Nous savons que la Turquie a formé et transporté des milliers de mercenaires et de terroristes depuis les zones occupées par les Turcs dans le nord de la Syrie", a déclaré Nikol Pachinian dans un entretien au Figaro publié vendredi, ajoutant que la Turquie s'aventurait "sur un chemin génocidaire".

Cinq jours d'affrontements

Le Nagorny Karabakh, en majorité peuplé d'Arméniens, a fait sécession de l'Azerbaïdjan, entraînant une guerre au début des années 1990 qui avait fait 30.000 morts. Le front est quasi-gelé depuis malgré des heurts réguliers, notamment en 2016. Au cinquième jour des affrontements, aucun camp ne semblait avoir un avantage décisif, Bakou et Erevan indiquant que les affrontements se poursuivaient.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et son homologue turc Mevlut Cavusoglu ont convenu jeudi, lors d'une conversation téléphonique, que leurs deux pays étaient prêts à une "coordination étroite pour stabiliser la situation" au Nagorny Karabakh, selon Moscou.

Néanmoins, la Turquie n'a pas publié de communiqué sur les sujets évoqués pendant cet appel. Une source diplomatique turque a affirmé qu'il avait été question de "l'agression arménienne", sans mentionner l'idée d'une coordination.

La Russie, qui entretient des relations cordiales avec les deux anciennes républiques soviétiques, s'est montrée inquiète du rôle de la Turquie, rival géopolitique mais avec qui elle a des relations pragmatiques.

Tirs de roquettes

Sur le terrain, la petite ville de Martouni, située à environ 25 kilomètres du front en territoire séparatiste, a été touchée jeudi par des tirs de roquettes d'une violence encore jamais vue depuis la reprise du conflit. Quatre civils ont été tués par ces tirs, selon les séparatistes, et 11 personnes blessées, dont au moins deux journalistes français du quotidien Le Monde et deux autres arméniens.

Les journalistes (dont une équipe de l'AFP, qui n'a pas été blessée) accompagnaient les autorités locales pour interviewer la population et constater les dégâts quand la ville a été bombardée.

Depuis la reprise des hostilités, seuls des bilans partiels sont communiqués, faisant état au total de 136 morts. L'Arménie a annoncé que 104 soldats et 13 civils ont été tués. Bakou se refuse de son côté à communiquer des bilans militaires mais a annoncé la mort de 19 civils.

Depuis dimanche, l'Arménie affirme que 1280 soldats azerbaïdjanais ont été tués et 2700 blessés. Le ministère de la Défense azerbaïdjanais a lui affirmé que 1.900 militaires arméniens étaient morts.

Risque d'internationalisation

Emmanuel Macron, Vladimir Poutine et Donald Trump ont encore appelé jeudi "les dirigeants de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan à s'engager sans délai à reprendre les négociations". À l'inverse, le président turc Erdogan a estimé qu'un cessez-le-feu ne pouvait passer que par un retrait des forces arméniennes de l'enclave séparatiste.

Les accusations d'Emmanuel Macron risquent d'envenimer un peu plus les relations entre Paris et Ankara, qui se sont considérablement détériorées ces dernières semaines, notamment autour du conflit gréco-turc en Méditerranée. La Turquie a assuré Bakou de son soutien, mais une ingérence militaire turque n'est pas établie, seule l'Arménie l'affirmant jusqu'ici.

Erevan a par ailleurs annoncé jeudi avoir rappelé son ambassadeur à Tel-Aviv du fait des ventes d'armes israéliennes à l'Azerbaïdjan. Une intervention directe turque constituerait un tournant majeur et une internationalisation du conflit.

Par JP avec AFP