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Lost et 24 Heures Chrono, deux séries emblématiques s'achèvent

Les créateurs de Lost, Carlton Cuse (à gauche) et Damon Lindelof (en haut) et l'acteur Kiefer Sutherland, qui incarne l'agent Jack Bauer dans 24 Heures Chrono. A une journée d'intervalle, ces deux séries, qui figurent parmi les plus populaires fictions té

Les créateurs de Lost, Carlton Cuse (à gauche) et Damon Lindelof (en haut) et l'acteur Kiefer Sutherland, qui incarne l'agent Jack Bauer dans 24 Heures Chrono. A une journée d'intervalle, ces deux séries, qui figurent parmi les plus populaires fictions té - -

par Pierre Sérisier, avec Jill Serjeant à Los Angeles PARIS - A une journée d'intervalle, les séries Lost et 24 Heures Chrono, deux des plus...

par Pierre Sérisier, avec Jill Serjeant à Los Angeles

PARIS (Reuters) - A une journée d'intervalle, les séries Lost et 24 Heures Chrono, deux des plus populaires fictions télévisées des années 2000, vont s'achever, posant la question de l'évolution de ce genre dans la décennie qui s'ouvre.

Suivi par des centaines de millions de téléspectateurs dans le monde, Lost devrait livrer dimanche soir quelques-unes des réponses aux interrogations que ses scénaristes Carlton Cuse et Damon Lindelof ont distillé avec un goût machiavélique du suspense pendant six ans.

Apparue en septembre 2004 et s'inspirant à l'origine d'émissions de la télé-réalité, l'histoire des naufragés du vol Oceanic 815 assurant la liaison entre Sydney et Los Angeles va se conclure par un double épisode, baptisé The End, d'une durée de deux heures et demie.

Pour l'occasion, ABC qui diffuse la série a décidé de répondre aux attentes des téléspectateurs à travers le monde: le marathon final sera visible dans plusieurs pays de manière simultanée à sa diffusion américaine et sera disponible dans les 48 heures dans 59 pays.

Développant largement les thèmes du destin et du libre-arbitre tout en les mêlant à une mystique religieuse, Lost a captivé pendant six saisons de très nombreux admirateurs. Chaque épisode était observé, analysé et décortiqué dans une sorte d'exégèse passionnée et extrêmement nourrie et la série a eu la particularité de vivre autant, sinon plus, sur internet que sur le petit écran.

Lost restera célèbre dans l'histoire de la télévision pour ses procédés narratifs mélangeant les lignes de temps qui ajoutaient à la complexité de l'intrigue principale.

SPLIT-SCREEN ET CHRONOMÈTRE

Lundi soir, Jack Bauer (l'acteur Kiefer Sutherland), agent de la cellule anti-terroriste de Los Angeles, fera lui aussi ses adieux après huit saisons (en fait huit journées) et 192 épisodes de bons et loyaux services rendus à son pays.

Diffusée pour la première fois en novembre 2001, 24 Heures Chrono a souvent été présentée comme la série emblématique des années Bush, d'une Amérique repliée sur elle-même et vivant dans la crainte de l'étranger. A l'appui de ce reproche, "24" était diffusée sur Fox, réseau de télévision connu pour son conservatisme et montrait un grand nombre de scènes de torture.

En fait, la fiction mettant en scène Bauer (seul personnage présent dans les huit saisons) a été conçue et réalisée avant les attentats du 11-Septembre, même s'il est vrai qu'elle a ensuite largement exploité ces événements. Si la violence est très présente dans cette fiction, 24 Heures Chrono n'a jamais fait l'apologie de ces pratiques, se contentant de relater les aventures d'un agent qui accepte de nettoyer les écuries des Etats-Unis.

Dès son apparition, "24" s'est imposée comme une série captivante grâce à plusieurs procédés destinés à entretenir la tension du récit: le célèbre chronomètre qui rythme le déroulement des épisodes et les écrans multiples (split-screen) montrant plusieurs scènes se déroulant en même temps.

Elle passera également à la postérité pour le personnage du sénateur démocrate David Palmer, incarné par l'acteur Dennis Haysbert, qui devient le premier président noir des Etats-Unis. Certains y ont vu une préfiguration de l'accession au pouvoir de Barack Obama en novembre 2008.

LA FIN DU FEUILLETON ?

Avec la fin de Lost et de 24 Heures Chrono se pose la question de l'avenir du feuilleton télévisé, genre qui a connu une résurgence particulièrement notable au cours de la première décennie du XXIe siècle.

Cette interrogation se pose avec d'autant plus d'acuité que plusieurs projets, tels que Heroes, ont tenté d'exploiter ce filon sans véritable succès. ABC a ainsi décidé de ne pas donner de suite à la première saison de FlashForward.

Dans une interview publiée cette semaine par le New York Times, Carlton Cuse évoque "la fin d'une ère" et étaye la thèse par des arguments économiques.

"Le paysage médiatique s'est modifié dans des proportions remarquables (...) Nous vivons dans un environnement médiatique éclaté, qui multiplie l'offre mais dans le même temps réduit les moyens financiers disponibles pour chaque projet", explique le coscénariste de Lost.

Une série comme Lost, précise Cuse, a employé 425 personnes réparties entre Hawaï et Los Angeles. A l'en croire, un tel effort budgétaire ne serait plus possible.

Si l'arrêt de Lost et de 24 Heures Chrono prend un tel retentissement, c'est aussi parce plusieurs autres séries, classées dans le genre du feuilleton, se sont achevées ces dernières années. Parmi les plus influentes, on peut citer The Shield, racontant la vie d'une équipe de policiers de Los Angeles, ou encore The Wire (Sur Ecoute) qui est une fresque dédiée à la ville de Baltimore.

Certains ont vu dans la fin de ces séries la fin d'un âge d'or, peu de productions semblant en mesure de leur succéder en terme de qualité et surtout d'audience.

Malgré tout, le feuilleton demeure un genre vivace avec plusieurs séries qui émergent et qui parviennent à acquérir une reconnaissance internationale. L'une des plus connues est True Blood, une histoire de vampires en Louisiane inspirée des romans de l'écrivain Charlaine Harris et diffusée sur la chaîne à péage HBO.

Deux autres, qui sont proposées par la petite chaîne Americain Movie Classics (AMC), sortent du rang: Breaking Bad, ou la vie d'un professeur de chimie d'Albuquerque qui devient trafiquant de méthamphétamine, et Mad Men, plongée dans les années 60 au sein d'une agence de publicité new-yorkaise.

Edité par Henri-Pierre André