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Le Caire reste calme malgré la mobilisation des pro-Morsi

Plusieurs dizaines de milliers d'Egyptiens ont défilé vendredi soir et samedi matin au Caire pour réclamer le rétablissement dans ses fonctions du président Mohamed Morsi, déposé par l'armée le 3 juillet, mais la capitale est restée calme. /Photo prise le

Plusieurs dizaines de milliers d'Egyptiens ont défilé vendredi soir et samedi matin au Caire pour réclamer le rétablissement dans ses fonctions du président Mohamed Morsi, déposé par l'armée le 3 juillet, mais la capitale est restée calme. /Photo prise le - -

par Yasmine Saleh et Mike Collett-White LE CAIRE (Reuters) - Plusieurs dizaines de milliers d'Egyptiens ont défilé vendredi soir et samedi matin au...

par Yasmine Saleh et Mike Collett-White

LE CAIRE (Reuters) - Plusieurs dizaines de milliers d'Egyptiens ont défilé vendredi soir et samedi matin au Caire pour réclamer le rétablissement dans ses fonctions du président Mohamed Morsi, déposé par l'armée le 3 juillet, mais la capitale est restée calme.

L'appel au rassemblement des Frères musulmans faisait craindre de nouvelles violences après la mort de plus de 90 personnes depuis la destitution du chef de l'Etat, le 3 juillet.

Peu après minuit, une grande foule composée de militants et de sympathisants de la confrérie, dont Mohamed Morsi est issu, se trouvait toujours dans les rues de la capitale. Plusieurs centaines étaient notamment rassemblés aux abords du ministère de la Défense. Derrière des barbelés, certains invectivaient les forces de l'ordre, postées à quelques dizaines de mètres.

"Je suis ici pour dire 'non' au coup d'Etat militaire et 'oui' à Morsi que je considère comme mon président légitime, bien que je ne sois pas membre de la confrérie et que je n'ai pas voté pour lui", a expliqué Ahmed Adel, un étudiant de 22 ans interrogé dans la foule.

Les généraux, qui nient tout coup d'Etat, affirment avoir répondu à l'appel des millions d'Egyptiens qui ont manifesté fin juin pour la démission de leur premier président démocratiquement élu, dont ils dénonçaient la dérive autocratique.

La confrérie, dont plusieurs dirigeants font l'objet d'un mandat d'arrêt pour "incitation à la violence", se dit victime de la même répression que celle qu'elle a subie à l'époque d'Hosni Moubarak, renversé par la rue et l'armée en février 2011.

Leurs adversaires, notamment libéraux, les accusent à l'inverse d'être responsables des violences. L'absence de compassion de certains d'entre eux pour les manifestants qui sont morts traduit l'ampleur des divisions de la société égyptienne.

"NOUS SOMMES LÀ ET NOUS N'EN BOUGERONS PAS !"

Devant la mosquée de Rabaa Adaouia, dans le nord-est de la capitale égyptienne où les pro-Morsi sont rassemblés jour et nuit depuis plus de deux semaines, la foule a grossi avec l'arrivée de militants acheminés par autocar des provinces, où les Frères musulmans ont leurs bastions.

"Nous sommes là et nous n'en bougerons pas !", assure Amer Ali, un parlementaire d'Assiout qui a passé 13 ans en détention sous le règne d'Hosni Moubarak.

"Nous sommes venus avec nos enfants pour soutenir la légitimité, la démocratie, et (...) le premier président librement élu du monde arabe", ajoute l'élu, qui a fait cinq heures de car avec sa famille pour gagner le Caire.

Pour supporter les températures caniculaires, les manifestants s'arrosaient les uns les autres. Soucieux d'économiser leurs forces mises à mal par le jeûne du ramadan, beaucoup sont restés sous les tentes dressées aux abords de la mosquée à lire le coran ou à prier.

Selon des responsables égyptiens, Mohamed Morsi est toujours détenu dans les locaux de la Garde républicaine, là même où 53 manifestants islamistes ont été tués par l'armée lundi.

Quatre soldats ont également été tués au cours de ces affrontements provoqués, selon l'armée, par des "terroristes". Les Frères musulmans affirment au contraire avoir été attaqués alors qu'ils priaient.

De sources judiciaires, on rapporte que Mohamed Morsi devrait être inculpé dans les prochains jours, sans doute pour corruption ou incitation à la violence.

FUSILLADE AUX ABORDS DU CANAL DE SUEZ

Le département d'Etat américain s'est associé vendredi à une demande allemande en vue de la remise en liberté de Mohamed Morsi.

Priée de dire si les Etats-Unis étaient d'accord avec la requête du ministère allemand des Affaires étrangères, Jen Psaki, porte-parole du département d'Etat, a répondu positivement aux journalistes.

Parallèlement, le processus de transition politique engagé par les dirigeants intérimaires du pays poursuit son chemin.

Le Premier ministre égyptien par intérim, Hazem el Beblaoui a nommé vendredi au poste de vice-Premier ministre Ziad Bahaa el Dine, avocat et homme politique de gauche.

Membre du Parti social démocrate égyptien, ce dernier avait été récusé la semaine dernière pour le poste de chef du gouvernement par les salafistes d'Al Nour, qui participent aux tractations.

La crise politique exacerbe par ailleurs la tension dans la péninsule du Sinaï, frontalière d'Israël et de la bande de Gaza, où les mouvements islamistes ont lancé un appel aux armes.

Evoquant une offensive militaire, le quotidien Al Gomhouria annonce "une opération de purification du Sinaï dans les jours qui viennent".

Les affrontements parfois meurtriers entre extrémistes islamistes et forces de l'ordre y sont quotidiens depuis le renversement de Mohamed Morsi.

Dans la nuit de vendredi à samedi, un point de contrôle a été mitraillé aux abords du canal de Suez, ce qui n'a toutefois pas eu de conséquence sur le trafic.

Jean-Philippe Lefief pour le service français