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La Syrie, combien de divisions?

Le régime promet que la Syrie sera "le cimetière des envahisseurs".

Le régime promet que la Syrie sera "le cimetière des envahisseurs". - -

Les frappes aériennes en Syrie semblent se préciser. Mais le régime a promis de ne pas se laisser faire et pourrait disposer de moyens conséquents. Les cibles, elles, ne sont pas encore connues, mais pourraient causer des «dommages collatéraux».

En Syrie, la perspective de frappes aériennes semble se préciser d'heure en heure. Plusieurs navires américains ainsi que des sous-marins britanniques et français sont déjà stationnées près des côtes orientales de la Méditerranée, avec en ligne de mire Damas, même si cette intervention militaire reste suspendue aux résultats de l'enquête des inspecteurs de l'ONU. Les enquêteurs de l’ONU ont encore besoin de quatre jours de travail, dit Ban Ki-moon, et ils ont mené hier mercredi une deuxième visite sur l'un des sites attaqués.

La Syrie, le « cimetière des envahisseurs » ?

Barack Obama a annoncé mercredi soir n'avoir pris encore aucune décision sur une éventuelle frappe contre la Syrie, mais qu'elle serait destinée à dissuader le régime de recommencer. Par ailleurs, François Hollande reçoit ce jeudi Ahmad Al-Assi Al-Jarba, président de la Coalition nationale syrienne, et un débat sur la Syrie au Sénat et à l’Assemblée aura lieu mercredi prochain. En cas d’intervention militaire, Damas prévient que la Syrie sera le « cimetière des envahisseurs ».

« Une quantité d'armes performantes non négligeable »

Bachar Al Assad est-il en train de bluffer sur l’état de ses forces ? Pour David Rigoulet-Roze, chercheur à l'IFAS, (l'Institut français des analyses stratégiques), le régime de Damas pourrait bien avoir les capacités de répondre. « La question est de savoir s’ils disposent ou pas du système S300 russe, acheté mais que Moscou ne lui aurait pas livré, je mets un conditionnel car il entretient évidemment le flou. C’est un système anti-aérien très efficace qui poserait des problèmes dans le cas de l’intervention ». Et Bachar Al Assad a aussi les moyens de causer des dégâts dans les rangs de ses agresseurs. « Il a un nombre très conséquent de missiles Scud livrés par les Russes, des missiles anti-marine qui peuvent toucher des bateaux en Méditerranée. Oui, ils disposent d’une quantité non négligeable d’armes assez performantes ».

« Une cinquantaine de cibles discutées avec l'opposition »

Les occidentaux doivent maintenant décider de leurs cibles. David Rigoulet-Roze craint que les civils ne soient pas forcément épargnés. « Une cinquantaine de cibles prédéterminées auraient été discutées avec l’opposition. Vous avez un certain nombre de bâtiments à l’intérieur de Damas : le palais présidentiel, une base d’artillerie qui domine la ville, le QG de la Sécurité national en plein cœur de la ville. Donc quand on bombarde ce genre de cibles, ce qu’on appelle les dégâts collatéraux ne sont pas une vue de l’esprit ». De plus, ces frappes pourraient tout simplement être inefficaces. « Il reste que les principaux bâtiments ont été partiellement évacués par le régime pour se mettre à l’abri dans des bunkers sécurisés », précise le spécialiste.

« Rester dans le cadre des objectifs liés au chimique »

Mais pour Pierre Servent, spécialiste des conflits et de l'armée, les frappes devraient être plus précises et ne pas aller si loin. « Ce qui va être ciblé, c’est tout ce qui a un lien avec le chimique, de façon à rester dans un cadre étroit qui est l’avertissement, la punition, la volonté de dire "ce que vous avez fait est infâme, et nous vous punissons par-là où vous avez pêché", ni plus, ni moins. Le risque derrière, c’est de donner le sentiment – et les chancelleries ne le veulent pas – de rentrer dans le conflit, d’appuyer la rébellion, voire de décapiter le régime. Ça devrait rester dans le cadre strict des objectifs liés au chimique ».

M. Chaillot avec C. Checcaglini et S. Dumont