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La Fifa autorise le port du voile féminin pendant les matchs

Une équipe iranienne de Football

Une équipe iranienne de Football - -

Jeudi, la Fifa a annoncé qu’elle autorise le port du voile féminin pendant les matchs. En France, les réactions sont mitigées : « Ça peut permettre d’ouvrir le sport à plus de femmes », estime l’ancienne ministre des Sports Chantal Jouanno.

Depuis jeudi, la Fifa (Fédération Internationale de Football Association) autorise le port du voile féminin pendant les matchs. L'International Football Association Board (Ifab), organe garant des lois du jeu, travaillait sur la question depuis le mois de mars à la demande de la Confédération asiatique. Adoptée à l'unanimité, cette mesure bénéficiera d'abord d'une période d'essai. La couleur, le design et la nature même des voiles seront ensuite débattus en novembre à Glasgow, lors d'une réunion de l'IFAB. Les pays du Golfe applaudissent, mais en France, les réactions sont mitigées.

« On accepte les diktats de l’Arabie Saoudite »

Annie Sugier est présidente de la Ligue du droit international des femmes. Pour elle, c’est une régression : « Quand les athlètes noirs américains à Mexico avaient levé le poing pour une bonne cause – la lutte contre la ségrégation – ils ont été exclus et cassés à vie. Et là, on accepte les diktats de l’Arabie Saoudite qui demande non seulement que les femmes soient voilées, mais aussi qu’il y ait un proche parent qui s’engage à vérifier que la femme respecte bien les règles de la charia. »

« Des femmes n’avaient pas le droit de participer aux compétitions »

Pour la sénatrice de Paris et ancienne ministre des Sports Chantal Jouanno, la décision de la FIFA est plus complexe : « Paradoxalement, même si ça ne me plait pas du tout sur le fond, ça évite que des femmes soient contraintes de ne pas pratiquer de sport, et c’est une bonne chose. Ça peut permettre d’ouvrir ces femmes et ces pays à d’autres choses et j'ai vu, en tant que ministre, des femmes qui n’avaient pas le droit de participer aux compétitions dans certains pays. »

« Notre championne d’Europe du 200 mètres a toujours porté son voile »

Même cas de conscience pour la chroniqueuse sports de la Dreamteam d’RMC, Maryse Ewanjé Epée : « C’est toujours très compliqué de réagir à ce genre de décision. D’un côté, il y a une sorte de révolte, on se dit que voir encore en 2012 des femmes voilées dans un domaine qui ne devrait avoir aucune barrière, c’est anormal. Mais en même temps, si on n’autorise pas ces femmes à porter le voile, leur pays les retirerait très probablement des terrains. »
Et ce serait parfois dommage : « Notre championne d’Europe du 200 mètres, Myriam Soumaré, a toujours porté son voile. Rien de choquant, ses cheveux sont cachés sous un voile blanc. Elle fait ses compétitions, elle est extrêmement souriante, épanouie, c’est son choix, sa religion qu’elle vit comme ça. Alors on va me dire qu’il n’y a aucun signe distinctif religieux, normalement, dans un stade. On sait très bien que c’est faux dans la réalité, on ne va pas empêcher les gens de mettre une croix ou de faire leur prière. Les différences et les distinctions des gens ne me dérangent pas beaucoup. »

La Rédaction, avec Macha Fogel