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L'indépendantiste catalan Carles Puigdemont interdit de siéger au Parlement européen

Manifestation devant le parlement de Strasbourg

Manifestation devant le parlement de Strasbourg - FREDERICK FLORIN / AFP

6000 de ses sympathisants manifestaient ce mardi matin devant le parlement de Strasbourg afin de réclamer son entrée dans l'hémicycle.

Quelques semaines après les élections européennes qui se sont tenues fin mai, l’heure est, ce mardi, à la rentrée pour les députés fraîchement élus, qui doivent prendre leurs fonctions lors de la session inaugurale du nouveau Parlement européen.

Pourtant, la situation est plus délicate pour certains d’entre eux, dont l’indépendantiste Carles Puigdemont, élu sur la liste Ensemble pour la Catalogne (JxCat), et dans le collimateur de la justice espagnole depuis la tentative de sécession catalane en 2017.

Comme le rapportent les médias espagnols, la cour de justice européenne a rejeté lundi le recours déposé par ce dernier, et a refusé de prendre les mesures conservatoires réclamées, tout en remettant à plus tard une décision sur le fond du dossier, à savoir s'il peut siéger comme eurodéputé à Strasbourg.

Risques d'une nouvelle interpellation? 

En réalité, installé en Belgique pour échapper aux poursuites lancées contre lui par la justice espagnole, il ne s'est pas présenté mi-juin lors de la prestation de serment devant l'autorité électorale à Madrid, un retour en Espagne qui aurait entraîné son arrestation. Cette prestation de serment est une condition indispensable, selon la loi espagnole, pour devenir eurodéputé.

Ce mardi pourtant, selon le média catalan Catalunya Informació, Carles Puigdemont serait, en compagnie de Toni Comín, un autre élu dans une situation simialire, à trois kilomètres seulement du Parlement européen de Strasbourg. Selon son avocat Gonzalo Boye, qui a refusé de donner son emplacement précis, les trois hommes seraient à proximité de la frontière franco-allemande dans l’attente d’une décision de justice.

Ce dernier assure que les risques d’arrestations sont actuellement "très élevés" pour Puigdemont et, en fin de matinée, ce dernier aurait finalement pris la décision de ne pas se présenter aux abords du Parlement. En 2018, l’homme de 56 ans avait été interpellé une première fois par la justice allemande qui avait toutefois refusé son extradition en Espagne. Il avait été relâché.

Dans le même temps, 6000 de ses sympathisants manifestaient devant le parlement alsacien afin de réclamer l’entrée au parlement des trois hommes. Une scène a été montée devant l'institution, les forces de l'ordre étaient en nombre et les transports publics ne pouvaient plus atteindre la symbolique tour évidée qui accueille pour la première fois dans son hémicycle les 751 eurodéputés élus fin mai.

"Où vont nos votes si après les personnes qu'on élit ne peuvent pas exercer leur rôle? Dans la rivière?", s'est indigné Santiago Solsona, montrant le canal qui borde le Parlement européen.

"On continue"

La liste officielle que Madrid a transmise ne contient que les noms des élus qui ont prêté serment sur la Constitution devant la commission électorale espagnole.

Le tribunal européen "prononcera une sentence définitive sur le fond de ce dossier à une date ultérieure", a-t-il toutefois indiqué dans un communiqué, soulignant que le rejet des mesures conservatoires "ne préjuge pas du résultat de l'action principale".

"On continue", a assuré sur Twitter Carles Puigdemont, reconnaissant qu'il était "difficile" d'obtenir que la cour prenne des mesures provisoires avant de se pencher sur le fond.

Il s'est cependant voulu confiant, estimant que "la représentation de millions d'électeurs (était) en jeu, et aussi l'avenir de l'UE comme espace de démocratie exemplaire".

Un eurodéputé encore emprisonné

La semaine dernière, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, avait fait savoir dans un courrier à Carles Puigdemont et Toni Comin qu'ils ne pouvaient être considérés comme députés européens, étant donné qu'ils n'avaient pas prêté serment à Madrid.

Oriol Junqueras, élu aussi le 26 mai, ne pourra pas non plus prendre ses fonctions d'eurodéputé.

Jugé dans le procès de 12 indépendantistes catalans, qui s'est achevé en juin à Madrid, ce dernier n'a pas été autorisé par la justice à sortir de détention provisoire pour prêter serment devant l'autorité électorale espagnole.

Hugo Septier