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Israël fête les 60 ans de sa création

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La société israélienne, 60 ans après la création de l’Etat d’Israël, est marquée par une « culture du conflit » avec laquelle elle a appris à vivre.

Israël célèbre aujourd'hui le 60ème anniversaire de sa création. Les cérémonies ont démarré hier soir : feux d'artifice, spectacles son et lumières, parades aériennes et navales, le pays déploie les grands moyens aux yeux du monde. La fête coutera au moins 20 millions d'euros.

Beaucoup d'israéliens ne comprennent pas pourquoi l'Etat déploie un tel faste, pourquoi insister sur les 60 ans. Certains disent qu'il fallait attendre les 100 ans. Maurice Ifergan, journaliste à la radio télévision israélienne francophone, explique que « cette étape qui n'a pas tellement de sens pose des questions sur l'existence de l'Etat d'Israël, sur le fait qu'il vaut mieux fêter maintenant qu'attendre un futur qui n'est pas assuré. Les israéliens sont des gens qui aiment vivre le moment, profiter du moment, des grands consommateurs, des grands jouisseurs, ils aiment beaucoup la vie et ne reporteront pas à demain ce qu'il peuvent faire aujourd'hui ».

Pour, Frederic Encel, spécialiste du Moyen Orient, 60 ans après sa création, « Israël existe pleinement, absolument. Israël est aujourd'hui une puissance économique équivalente à un pays comme l'Espagne, ce qui est beaucoup, sans aucune ressource naturelle commercialisable. Sur le plan technologique, c'est même devenu une grande puissance. Sur le plan stratégique et militaire, en dépit des dernières déconvenues, c'est également la principale puissance de la région. Mais c'est un échec si l'on considère que cet Etat aurait dû pouvoir vivre en bonne harmonie avec ses voisins. L'un des grands enjeux pour Israël, mais aussi pour les pays arabes de la région, c'est d'essayer de concrétiser ce rêve de paix ».

« C'est leur vie au quotidien »

A l'occasion de cet anniversaire, Emmanuel Faux était l'invité de Bourdin&Co pour son livre « Le nouvel Israël » aux éditions du Seuil. Il a notamment évoqué la « culture du conflit » qui mine le processus de paix au Proche Orient : « Aujourd'hui, la moyenne d'âge à Gaza est de 15 ans. La moitié de la population de Gaza a 15 ans ou moins. Ceux-là, ils n'ont vu de l'israélien que l'image du soldat en arme. Pour les israéliens, ceux qui sont nés il y a 50 ans, ils avaient 10 ans en 1967. Toute leur vie a été marquée par cette occupation où jour et nuit on leur parlait à la télévision de la situation d'impasse. Donc c'est leur vie au quotidien, même s'ils n'en ont pas sans arrêt des conséquences, même si aujourd'hui il y a une relative détente sur le plan des attentats, même si la crainte et la psychose ont baissé depuis 2 ans. Mais de fait, leur vie est marquée par ce conflit. Donc on apprend à vivre, à s'organiser à faire fonctionner une société avec ce conflit à côté. Alors je cite dans mon livre des sociologues qui disent qu'il y a une culture du conflit et que la société israélienne s'habitue aujourd'hui à vivre dans cette impasse ».

« Le phénomène marquant de ces dernières années, c'est qu'il y a de plus en plus une envie de ne plus voir les palestiniens de la part des israéliens. Il y a une fatigue, une lassitude, un épuisement. Une partie de la population dit que ce qui arrive aux palestiniens, c'est de leur faute ».

La rédaction et Nicolas Marsan