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Hosni Moubarak donné à l'article de la mort

L'hôpital militaire de Maadi, au Caire, où Hosni Moubarak a été hospitalisé. Des responsables militaires ont déclaré que l'ancien raïs, récemment condamné à la prison, était inconscient et avait été placé sous respiration artificielle. /Photo prise le 19

L'hôpital militaire de Maadi, au Caire, où Hosni Moubarak a été hospitalisé. Des responsables militaires ont déclaré que l'ancien raïs, récemment condamné à la prison, était inconscient et avait été placé sous respiration artificielle. /Photo prise le 19 - -

LE CAIRE (Reuters) - Hosni Moubarak, récemment condamné à la prison à perpétuité, est inconscient et a été placé sous respiration artificielle, ont...

LE CAIRE (Reuters) - Hosni Moubarak, récemment condamné à la prison à perpétuité, est inconscient et a été placé sous respiration artificielle, ont déclaré mardi des responsables militaires, qui démentent que l'ancien président soit cliniquement mort un peu plus d'un an après son renversement par la rue après 30 années à la tête de l'Egypte.

Deux sources proches des services de sécurité ont déclaré à Reuters que Moubarak, qui est resté au pouvoir de la fin 1981 au début 2011, avait été victime d'une crise cardiaque et d'une attaque cérébrale qui l'avaient plongé dans le coma, et que, de ce fait, il avait été héliporté de sa prison vers l'hôpital militaire Maadi, au Caire.

Alors que le pays est replongé dans de vives tensions politiques, l'agence de presse Mena a pour sa part rapporté que l'ancien président, âgé de 84 ans, était "cliniquement mort", en citant des sources médicales. Cette formule a également été employée par une source hospitalière interrogée par Reuters.

Trois sources au sein de l'armée et des services de sécurité, qui exercent toujours le pouvoir depuis le renversement d'Hosni Moubarak en février 2011, ont toutefois assuré que l'ancien président était maintenu en vie. Ces mêmes responsables se sont refusés à employer la formule "cliniquement mort", qui implique l'absence de battements cardiaques et de respiration autonomes.

Le général Saïd Abbas, membre du Conseil suprême des forces armées (CSFA) au pouvoir, a déclaré à Reuters que Hosni Moubarak avait subi une attaque cérébrale mais a ajouté: "Parler de mort clinique n'a aucun sens."

Une autre source militaire a déclaré: "Il a complètement perdu connaissance. Il respire artificiellement."

Cette version a été confirmée par une autre source proche des services de sécurité, selon laquelle: "Il est encore prématuré de dire qu'il est cliniquement mort."

SANTÉ PRÉCAIRE DEPUIS SON DÉPART DU POUVOIR

Interrogé sur CNN, le général Mahmoud Chahine, du CSFA, a déclaré: "Sa santé se dégrade et il est dans un état critique."

Selon l'agence Mena, qui cite des sources médicales, "l'ancien président Hosni Moubarak est cliniquement mort après son arrivée à l'hôpital militaire de Maadi mardi soir."

"Le coeur de Moubarak a cessé de battre et a été soumis plusieurs fois à un défibrillateur mais n'a pas réagi", selon Mena.

L'ex-président égyptien, âgé de 84 ans, a connu de sérieux ennuis de santé depuis qu'il a été contraint de quitter le pouvoir en février 2011, à la suite d'un soulèvement populaire contre son régime. Il s'est présenté allongé sur une civière aux audiences de son procès.

Il était interné à l'aile médicalisée de la prison Torah depuis qu'une peine de réclusion à perpétuité a été prononcée contre lui le 2 juin pour son rôle dans la mort de manifestants au cours de la "révolution du Nil" au début 2011.

Aucune expertise médicale indépendante n'a permis jusqu'à présent de déterminer avec précision les maux dont souffrirait l'ancien "raïs". Certains Egyptiens soupçonnent les militaires de travestir la réalité afin d'offrir à Hosni Moubarak une fin de vie plus confortable.

Les incertitudes sur l'état de santé d'Hosni Moubarak interviennent dans un contexte de tensions renouvelées en Egypte.

Interdits mais tolérés sous sa présidence, les Frères musulmans revendiquent la victoire à l'élection présidentielle, dont les résultats n'ont toujours pas été annoncés. Le second tour de scrutin samedi et dimanche a opposé l'islamiste Mohamed Morsi à Ahmed Chafik, ancien commandant de l'armée de l'air et dernier chef de gouvernement de l'ancien régime.

10.000 PERSONNES PLACE TAHRIR

L'armée, dont Hosni Moubarak était issu, a provisoirement dépouillé le futur chef de l'Etat de la quasi totalité de ses prérogatives et a décidé de s'arroger le pouvoir législatif après l'invalidation des élections législatives remportées par la confrérie islamiste cet hiver. Elle s'est en outre laissé la possibilité de former elle-même le comité qui sera chargé de rédiger la future Constitution.

Cette série de mesures a conduit les Frères musulmans et les révolutionnaires laïques, qui ne se reconnaissent ni dans l'armée ni dans les islamistes, à se rassembler mardi soir place Tahrir, épicentre de la révolution de 2011.

Si environ 10.000 personnes se sont rassemblées à la nuit tombée pour scander le nom de Mohamed Morsi, le camp laïque ne semblait guère avoir mobilisé.

"A bas, à bas le régime militaire", ont scandé les participants à ce rassemblement, l'un des plus grands depuis des mois sur la place Tahrir.

"Nous sommes ici pour achever la révolution", a dit Ahmed Badaoui, un membre des Frères musulmans acheminé, comme beaucoup d'autres, en autocar depuis la province.

L'annonce du transfert d'Hosni Moubarak dans un état critique vers un hôpital militaire n'a guère ému les manifestants, dont la colère est dirigée contre les militaires du CSFA, présidé par le maréchal Hussein Tantaoui, ministre de la Défense de Moubarak pendant vingt ans.

Ni l'armée ni les Frères musulmans ne semblent toutefois désireux de se lancer dans une confrontation ouverte.

"Pourquoi se ruer sur le mot 'confrontation'?", a interrogé mardi Yasser Ali, porte-parole de la confrérie islamiste, au cours d'une conférence de presse. "Nous ne cherchons de confrontation avec personne. Personne en Egypte ne veut de confrontation (...) Il doit y avoir un dialogue entre les forces nationales, et le peuple doit décider seul de son destin."

Bureau du Caire, Eric Faye et Bertrand Boucey pour le service français