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Une loi polonaise sur la Shoah provoque la colère d'Israël et de l'Ukraine

Le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne, le 25 janvier 2015.

Le camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau, en Pologne, le 25 janvier 2015. - Joël Saget - AFP

Par cette loi, la Pologne veut éviter que lui soient attribués des crimes commis par les nazis allemands, notamment en interdisant l'expression "camps de la mort polonais". L'Ukraine s'oppose à "une nouvelle tentative d'imposer un traitement unilatéral d'événements historiques" et Israël craint une négation de l'Holocauste.

Une loi destinée à défendre l'image de la Pologne suscite la colère d'Israël et de l'Ukraine, l'Etat hébreu allant jusqu'à accuser Varsovie de nier l'Holocauste.

Depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2015, le parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS) a mis en place une "politique historique" pour réveiller le patriotisme polonais, qui n'avait pas suscité beaucoup d'opposition jusqu'alors. 

Elle cherche notamment à exalter les souvenirs d'actions d'éclat face aux Allemands nazis, au régime communiste, aux nationalistes ukrainiens ou à l'Armée Rouge, ou encore de Polonais qui ont risqué leur vie pour sauver des Juifs. Mais elle vise aussi à empêcher la diffusion de versions de l'Histoire que Varsovie juge injustes et blessantes.

Interdiction de l'expression "camps de la mort polonais"

Cette loi prévoit notamment jusqu'à trois ans de prison ou une amende pour toute personne, citoyen polonais ou étranger, qui utiliserait le terme "camps de la mort polonais" pour qualifier les camps d'extermination installés par les nazis en Pologne occupée durant la Seconde Guerre mondiale. Pour les Polonais, l'utilisation du terme "camps de la mort polonais" donne la fausse impression que leur pays serait responsable de la Shoah.

Le gouvernement israélien a vu dans un passage de cette loi une tentative de nier la participation de certains Polonais à l'extermination des Juifs par les nazis, voire la possibilité de poursuivre en justice des survivants de la Shoah évoquant de tels cas.

"Nous ne tolérerons pas qu'on déforme la vérité et réécrive l'Histoire ou qu'on nie l'Holocauste", a lancé le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Un volet sur les crimes nationalistes ukrainiens

Le même jour, le ministère ukrainien des Affaires étrangères a dénoncé un autre volet de la loi. Celui-ci permet de poursuivre en justice ceux qui nient les crimes des nationalistes ukrainiens commis entre 1925 et 1950, y compris de ceux qui avaient collaboré avec les nazis allemands.

L'Ukraine "s'oppose catégoriquement à une nouvelle tentative d'imposer un traitement unilatéral d'événements historiques", a déclaré le ministère dans un communiqué, exprimant sa "grande inquiétude face à l'intention de présenter les Ukrainiens uniquement comme des 'nationalistes criminels' et 'collaborateurs du IIIe Reich'".

Le chef de l'Institut ukrainien de la Mémoire national, Volodymyr Vyatrovych, a critiqué la loi polonaise sur sa page Facebook. Elle est "dangereuse non pas pour l'Ukraine, mais pour la Pologne", a-t-il affirmé, car elle "marque un pas important vers la limitation de la liberté d'expression et l'introduction de la censure". 

Varsovie a réagi en priorité aux reproches israéliens. Le président Andrzej Duda a cherché à étouffer la crise dans l'oeuf en faisant preuve de souplesse. Il a promis dès dimanche d'examiner les passages de la loi mis en question par Israël.

Discussions entre la Pologne et Israël

Son évaluation sera présentée "après la conclusion du travail parlementaire et une analyse soigneuse de la forme finale de cet acte", selon un communiqué de la présidence. Pour entrer en vigueur, la loi doit être votée par le Sénat - qui pourrait la modifier - et promulguée par le chef de l'Etat.

Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki s'est entretenu par téléphone dimanche soir avec son homologue israélien Benjamin Netanyahu. Selon un communiqué du bureau du chef du gouvernement israélien, les deux hommes sont "tombés d'accord pour ouvrir immédiatement un dialogue et constituer deux équipes en vue de tenter de parvenir à une compréhension au sujet de la législation" polonaise.

En revanche, la porte-parole du parti au pouvoir, Beata Mazurek, a adopté un langage moins conciliant. "Nous ne changerons aucune disposition dans la loi (...) Nous en avons assez des accusations contre la Pologne et les Polonais pour les crimes allemands", a-t-elle écrit sur son compte Twitter.

Six millions de Polonais, dont trois millions de Juifs, ont été tués pendant la Seconde guerre mondiale. 
L.A., avec AFP