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"Une communauté homosexuelle parmi les plus élevées au monde": un écrivain raconte l'envers du Vatican

La basilique Saint-Pierre de Rome, le 1er septembre 2018. (Photo d'illustration)

La basilique Saint-Pierre de Rome, le 1er septembre 2018. (Photo d'illustration) - Tiziana Fabi - AFP

Dans une longue enquête menée sur quatre ans, l'écrivain et sociologue Frédéric Martel affirme qu'il existe une importante communauté homosexuelle au Vatican, malgré les positions publiques parfois homophobes de certains ecclésiastiques.

Le journaliste, sociologue et écrivain français Frédéric Martel, qui a notamment déjà publié des ouvrages sur la communauté LGBT, sort le 21 février prochain une enquête de quatre ans au sein du Vatican.

Au fil des pages, il affirme que "le Vatican a une communauté homosexuelle parmi les plus élevées au monde". "Je doute que, même dans le Castro de San Francisco, ce quartier gay emblématique, aujourd'hui plus mixte, il y ait autant d'homos!", lance l'écrivain.

Pour ce livre intitulé Sodoma, Frédéric Martel a sollicité 1 500 personnes, dont 41 cardinaux, 52 évêques et monsignori et 45 nonces apostoliques, documente Le Point, qui en dévoile ce jeudi les bonnes feuilles.

"En méconnaissant sa dimension largement homosexuelle, on se prive d'une des clés de compréhension majeures de la plupart des faits qui ont entaché l'histoire du Saint-Siège depuis des décennies", écrit Frédéric Martel, qui égrène: rejet du préservatif, obligation stricte du célibat, scandales de la banque du Vatican, VatiLeaks, misogynie…

"Chaque fois, l'homosexualité joue un rôle central que beaucoup devinent mais qui n'a jamais vraiment été raconté", assure le sociologue, qui tempère toutefois: "La dimension gay n'explique pas tout, bien sûr, mais elle est une clé de lecture décisive pour qui veut comprendre le Vatican et ses postures morales."

Un chantage au secret?

L'écrivain évoque par exemple les non-dénonciations d'abus sexuels et pédophiles de ces dernières décennies. Il cite un des principaux avocats chiliens dans ces affaires, Juan Pablo Hermosilla, qui livre:

"Ma théorie est que les prêtres pédophiles utilisent les informations dont ils disposent sur la hiérarchie catholique pour se protéger. C'est une forme de pression ou de chantage. Les évêques qui ont eux-mêmes des relations homosexuelles sont contraints de se taire", de peur d'être découverts.

Car l'homophobie continue toutefois de régner au Saint-Siège, affirme Frédéric Martel dans son livre. Notamment depuis le pontificat de Jean-Paul II, alors même que les proches du Pape étaient homosexuels, assure-t-il.

La sortie polémique du cardinal Bertone

Plus tard, en avril 2010, le cardinal Bertone, secrétaire d'Etat, va même jusqu'à dire au Chili que "de nombreux psychologues, de nombreux psychiatres ont démontré qu'il n'y avait aucune relation entre le célibat et la pédophilie; mais beaucoup d'autres ont démontré, m'a-t-on dit récemment, qu'il y a une relation entre homosexualité et pédophilie". "Cela est vrai. C'est le problème", martèle-t-il.

Une sortie polémique dont se distanciera prudemment le service de presse du Vatican, avec l'aval du Pape. Selon un prêtre de curie interrogé par Frédéric Martel, c'est à la fois "stratégique" pour ne pas pointer le célibat comme cause des abus sexuels et pédophiles, mais aussi cela représente "le fond de sa pensée". Le cardinal Bertone fréquente en effet des théoriciens de cet avis, alors que paradoxalement, ils ont la réputation d'être homosexuels.

Pour l'heure, le Saint-Siège n'a pas réagi à l'enquête réalisée par Frédéric Martel. 

Liv Audigane