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Ukraine: la police donne l'assaut contre les manifestants pro-européens

Des policiers déployés sur la place de l'Indépendance, à Kiev, le 10 décembre.

Des policiers déployés sur la place de l'Indépendance, à Kiev, le 10 décembre. - -

A Kiev, la police a fait tomber, dans la nuit de mardi à mercredi, les barricades érigées par les manifestants pro-européens sur la place de l'Indépendance. Les opposants promettent de manifester en nombre ce mercredi.

La tension monte encore d'un cran à Kiev. Des centaines de policiers anti-émeutes ukrainiens ont lancé un assaut, au petit matin ce mercredi, contre les manifestants pro-européens occupant la place de l'Indépendance à Kiev, galvanisant la mobilisation de l'opposition et provoquant la réprobation des pays occidentaux.

Au moins 10.000 personnes ont afflué, malgré l'arrivée massive des forces de l'ordre, sur cette place au coeur de la contestation née du refus du président ukrainien de signer fin novembre un accord d'association avec l'Union européenne (UE).

Assaut en pleine nuit

En réaction, l'opposition a prédit "des millions" de manifestants mercredi contre le président ukrainien Viktor Ianoukovitch, tandis que les Etats-Unis ont fait part de leur "dégoût", et l'Union européenne de sa "tristesse".

Réunis par centaines aux extrémités de la zone, les policiers ont commencé à repousser les manifestants à l'aide de leurs boucliers peu avant 2 heures locales (00h00 GMT). Affirmant s'appuyer sur une décision de justice, ils ont franchi les barricades placées à plusieurs extrémités de la place, ensuite démantelées, alors que la foule chantait l'hymne ukrainien et récitait des prières.

Les policiers ont également démonté plusieurs tentes qui avaient été dressées sur la place. L'assaut, qui s'est déroulé en grande partie dans le calme, a cependant fait plusieurs blessés, dont un député d'opposition, et entraîné onze arrestations, a indiqué à la presse le leader du parti nationaliste Svoboda, Oleg Tiagnibok.

La police a confirmé avoir interpellé plusieurs manifestants qui lui opposaient résistance, indiquant que dix de ses agents avaient été blessés.

Des "millions" de manifestants mercredi

La place de l'Indépendance, appelée aussi Maïdan, était déjà le symbole de la Révolution orange de 2004, qui avait abouti à l'arrivée au pouvoir de pro-européens, défaits en 2010 par Viktor Ianoukovitch. "Nous ne pardonnerons pas. Demain il y aura ici des millions de personnes et le régime coulera", a lancé Arseni Iatseniouk, du parti de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko. Il a estimé que le président ukrainien avait "craché à la figure de l'Amérique et des 28 pays de l'UE".

Loin d'être découragés, des milliers de manifestants ont ensuite afflué, faisant bloc pour protéger la place. "Habitants de Kiev, levez-vous, venez!", a déclaré de son côté une autre figure de la contestation, le boxeur Vitali Klitschko.

"Dégoût" des États-Unis

Dans une réaction très vive, le secrétaire d'Etat américain John Kerry a exprimé son "dégoût", face à une décision "ni acceptable ni bonne pour la démocratie". "La vie humaine doit être respectée. Les autorités ukrainiennes portent l'entière responsabilité de la sécurité du peuple ukrainien", a averti le chef de la diplomatie américaine.

L'opération intervient en pleine mission de conciliation de la chef de la diplomatie de l'Union européenne, Catherine Ashton, qui avait rencontré pendant trois heures, mardi, le président Vitkor Ianoukovitch. "J'observe avec tristesse que la police fait usage de la force pour déloger des gens pacifiques", a-t-elle réagi dans un communiqué.

La délégation de l'UE en Ukraine a indiqué "tenter de contacter" les autorités "afin d'empêcher l'usage de la violence contre des citoyens ordinaires".

La police a dit "agir en coopération avec les services communaux pour débarrasser les barricades qui bloquent le passage", sans tenter de vider les lieux. Une fois les manifestants repoussés, des tracteurs et des employés en gilets oranges sont venus sur les lieux démonter les barricades.

A.S. avec AFP