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UE: hausse de 250% des migrants illégaux en début d'année

Des immigrants arrivent dans le port de Crotone, en Italie, le 9 décembre 2014

Des immigrants arrivent dans le port de Crotone, en Italie, le 9 décembre 2014 - Alfonso Di Vincenzo - AFP

L'immigration irrégulière vers l'Union européenne a plus que triplé en début d'année, selon l'agence européenne pour la surveillance des frontières Frontex, qui voit la tendance se poursuivre au printemps sur fond de crises géopolitiques.

"L'année 2015 a commencé, toute Union européenne confondue, avec une hausse de 250% des franchissements irréguliers de la frontière extérieure" en janvier et février par rapport à la même période de 2014, a déclaré le patron de Frontex, Fabrice Leggeri, lors d'une rencontre avec la presse vendredi à Paris.

Début mars, Frontex, qui siège à Varsovie, avait déjà fait état d'un quasi triplement des arrivées en 2014 par rapport à l'année précédente.

Une forte affluence des Balkans

L'UE a le plus grand mal à gérer ce phénomène, faute d'une vraie solidarité entre les Etats dans l'accueil des migrants et demandeurs d'asile, ce qui fait le jeu des mouvements xénophobes. La poussée du début d'année s'explique notamment par l'"afflux très important en provenance des Balkans" via la Hongrie, a détaillé Fabrice Leggeri, soulignant que 10.000 Kosovars étaient arrivés en janvier "pour demander l'asile".

La Hongrie a demandé en février une intervention de Frontex qui a déployé en mars, et "pour au moins deux mois", une opération de renfort aux frontières, avec l'appui de cinq pays, dont la France.

La Libye, "voie idéale"

Mais la hausse s'explique aussi par les arrivées irrégulières par la route de Méditerranée centrale (de la Libye vers le sud de l'Italie), qui "ont augmenté de 42%" en janvier-février par rapport à la même période de 2014. "La Libye est dans un tel état de délitement qu'elle est devenue la voie idéale de l'immigration irrégulière", a fait valoir le directeur exécutif de Frontex, qui avait déjà affirmé qu'entre 500.000 et un million de migrants sont prêts à embarquer depuis les côtes libyennes. Il a toutefois souligné que, "depuis quelques semaines", le nombre de Syriens passant par la Libye était "en très forte diminution", à la fois parce que le pays est devenu très dangereux, et aussi du fait de la politique de visas adoptée par plusieurs pays voisins de la Libye.

Le ministre italien de l'Intérieur Angelino Alfano avait déjà averti jeudi à Bruxelles que, "si la question libyenne n'est pas résolue, il est inutile de parler d'immigration avec l'espoir de bloquer les départs". Selon lui, la priorité doit être de traiter sur place les demandes d'asile.

Un mouvement qui pourrait se poursuivre

Fabrice Leggeri a dit "redouter" que le mouvement se poursuive au printemps "qui malheureusement marque le pic de l'immigration irrégulière", dans un contexte de "déstabilisation du monde tout autour de l'Union européenne". A la Libye s'ajoutent la Syrie, l'Erythrée, la Somalie... "Pour l'instant l'Ukraine n'a pas d'impact sur la frontière extérieure", mais en cas d'aggravation de la crise la Pologne serait en première ligne, a-t-il prévenu, rappelant qu'il y avait "un million de personnes déplacées" dans ce pays en guerre.

Fabrice Leggeri s'est toutefois félicité d'une certaine prise de conscience des responsables européens, qui devrait lui permettre de tabler en 2016 "au moins sur le même budget qu'en 2015", soit 115 millions d'euros. Interrogé sur l'opération Triton en Méditerranée, qui a été prolongée "jusqu'à fin 2015 au moins", Fabrice Leggeri a souligné le délicat équilibre que Frontex devait trouver entre impératif humanitaire et dissuasion du trafic d'êtres humains.

"Si nous accréditons l'idée que le passage est sans danger, cela fait plus de victimes parmi les migrants, cela fait plus d'immigration irrégulière y compris de migrants économiques", a-t-il affirmé.

Sur le terrorisme, Fabrice Leggeri a assuré que Frontex pourrait apporter une aide ponctuelle pour "des opérations conjointes ou ciblées dans quelques aéroports ou frontières terrestres". Mais "Frontex, ce n'est pas la CIA européenne", a-t-il insisté, rappelant que son mandat ne prévoit pas de "définir le profil de terroristes potentiels".

A. D. avec AFP