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Pris pour un migrant, un touriste chinois passe plusieurs jours dans un centre de réfugiés

(photo d'illustration, refuge de Tübingen)

(photo d'illustration, refuge de Tübingen) - Silas Stein / DPA

L'homme, qui ne parle ni allemand ni anglais, pensait signer une déclaration de perte pour son portefeuille volé. Il s'agissait en fait d'une demande d'asile.

C'est ce qu'on peut appeler un concours de circonstances malheureuses. Un touriste chinois en vacances en Europe a passé douze jours dans un camp de réfugiés en Allemagne à la suite d'un imbroglio administratif à peine croyable.

Tout est parti d'un portefeuille volé. Ce touriste de 31 ans visitait la ville d'Heidelberg, au sud-ouest de l'Allemagne, quand il s'est aperçu qu'on lui avait dérobé ses papiers. Celui qui se fait nommer "Monsieur L." se rend alors au commissariat de la ville pour remplir une simple déclaration de perte. Du moins c'est ce qu'il croit: l'homme, qui ne parle ni allemand, ni anglais, se trouve en réalité à la mairie et signe, sans le savoir, une demande d'asile.

Il est immédiatement placé dans un bus, qui l'emmène 360 km plus loin, dans le foyer pour réfugiés de Dülmen, près de Dortmund. Là, on lui fournit, comme il est coutume, un lit, de quoi manger et un peu d'argent de poche. Il rend son passeport, donne ses empreintes digitales et se soumet à l'examen médical. Il y restera douze jours.

Les personnes gérant le refuge confient avoir noté l'allure peu commune de cet homme très élégant, qui se "comportait différemment des autres réfugiés". "Il essayait sans cesse de rentrer en contact avec les autres pour expliquer son histoire mais personne ne le comprenait", explique Christoph Schlütermann, responsable de la Croix Rouge allemande en charge du foyer, cité par l'agence DPA. "Il n'arrêtait pas de demander qu'on lui rende son passeport, ce qui est l'exact opposé de ce que veulent la plupart des réfugiés." Pour autant, personne ne prend le soin de se pencher davantage sur le cas de Monsieur L. 

Les employés d'un restaurant chinois en guise d'interprètes

Les responsables du centre ne se rendent compte de leur grossière erreur que deux jours plus tard, lorsque, devant l'insistance du supposé réfugié, elles décident de faire appel aux talents de traducteurs des employés d'un restaurant chinois. Ils découvrent alors, à leur grande surprise, que celui qu'ils prennent pour un migrant est en réalité un voyageur, qui s'apprêtait à quitter l'Allemagne pour la France et l'Italie. 

Le malheureux n'a finalement pu être libéré qu'au bout de dix jours, une fois toutes les procédures administratives menées à bien. "L'Allemagne est malheureusement un pays extrêmement bureaucratique", déplore Christoph Schlütermann. "Il a mis en marche une machinerie d'où il n'a pas réussi à sortir."

"Il nous a dit que l'Europe n'était pas vraiment comme il l'avait imaginée", conclut Schlütermann, ajoutant que le malheureux ne nourrit pour autant pas de rancœur particulière envers l'Allemagne. Il a depuis repris son tour d'Europe là où il l'avait laissé.

Plus d'un millions de réfugiés ont rejoint l'Allemagne l'année dernière, fuyant la guerre et la pauvreté. Parmi eux, une part minime de ressortissants chinois. 

Claire Rodineau