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Migrant, il raconte sa traversée du désespoir

Abdel, rescapé d'un drame de l'immigration, raconte à BFMTV sa traversée de la Méditerranée, pour rejoindre l'Europe.

Abdel, rescapé d'un drame de l'immigration, raconte à BFMTV sa traversée de la Méditerranée, pour rejoindre l'Europe. - BFMTV

Le naufrage, ce week-end, d'un chalutier chargé de migrants au large des côtes libyennes, avec à son bord 700 personnes, rappelle à quel point la traversée de la Méditerranée est dangereuse. Un rescapé rencontré par BFMTV raconte ce terrible voyage.

Une longue et interminable traversée, pendant laquelle la mort guette sans cesse. Le naufrage d'un bateau chargé de migrants effectuant la traversée de la Méditerranée pour rejoindre l'Europe pourrait avoir fait jusqu'à 700 victimes ce week-end, a annoncé dimanche le Haut-commissariat aux Nations unies pour les réfugiés (UNHCR). Une nouvelle hécatombe, qui vient s'ajouter aux 450 morts de la semaine dernière, et ce alors que 3.500 migrants ont trouvé la mort en Méditerranée en 2014.

A Paris, BFMTV a pu rencontrer Abdel, lui-même rescapé d'un naufrage. Originaire de l'Afrique de l'Ouest, il a fait le voyage à bord d'une petite embarcation surchargée, qui a failli chavirer.

"Le zodiac s'est percé et il y a eu un mouvement de panique"

La terrible épopée d'Abdel remonte à sept ans. Mais l'homme n'a rien oublié de cette nuit d'angoisse, au large des côtes libyennes, sur une embarcation de fortune. "C'était un grand zodiac. On était nombreux", se souvient-il. "A un moment, le zodiac s'est percé et il y a eu un mouvement de panique. Il y avait des morts, des enfants, et des femmes". 

Des images filmées discrètement au petit matin par Abdel montrent un canot à moitié dégonflé. Bilan: plusieurs dizaines de morts, selon lui. Dont trois de ses proches. 

"On ne pouvait pas les sauver, on ne pouvait rien faire".

"J'ai perdu trois copains dans l'eau. Je les ai vu en train de mourir et je me suis dit 'Et si c'était moi?'", raconte Abdel. Le bateau n'arrivera jamais en Italie. Les passeurs ont fait demi-tour. Abdel attendra cinq ans avant de tenter à nouveau sa chance, cette fois-ci depuis le Maroc. "C'était pas un bateau à moteur, on a dû ramer. On est rentrés dans l'eau vers 3 heures du matin, et on a ramé jusqu'à 9 heures". 

Une traversée pour aider ses enfants

Récupéré par la Guardia civil espagnole, Abdel arrive enfin en Europe. Ce voyage, il l'a entrepris pour ses trois enfants, restés au pays. "Tous les sacrifices que j'ai fait, c'est pour eux. Quand tu as des enfants, que tu n'as pas de boulot, que tu ne peux pas les nourrir, que tu ne peux même pas leur acheter un cahier, c'est une catastrophe".

En France, Abdel a trouvé un travail. Chaque mois, il envoie de l'argent à sa famille, pour, dit-il, que ses enfants n'aient jamais à entreprendre la même odyssée.

CARTE - Les portes d'entrée de l'immigration en Europe, en 2014:

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A.S. avec Clothilde Hazard et Antoine Heulard