BFMTV

Macron condamne les propos de l'ambassadeur de France en Hongrie

Le président de la République Emmanuel Macron, le 29 juin 2018 à Bruxelles.

Le président de la République Emmanuel Macron, le 29 juin 2018 à Bruxelles. - Ludovic Marin - AFP

Dans une note confidentielle adressée à sa hiérarchie et révélée par Mediapart, l'ambassadeur de France en Hongrie salue la politique migratoire d'Orban comme un "modèle" et réfute les accusations de populisme à l'encontre du dirigeant hongrois.

"Cet ambassadeur aurait-il tenu publiquement ces propos, il aurait été révoqué sur le champ." A l'issue d'un sommet européen ce vendredi à Bruxelles, Emmanuel Macron a fermement condamné les propos tenus par l'ambassadeur de France en Hongrie Eric Fournier, révélés par Mediapart.

Dans une note diplomatique adressée à la direction de l'Union européenne (UE) du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères et à l'Elysée, le diplomate dépeint la politique de Viktor Orban comme un "modèle" et dénonce une "magyarophobie".

Clôtures de barbelés pour repousser les migrants, autorisation de leur tirer dessus avec des balles en caoutchouc, interdiction de les aider, "mur" à la frontière… La Hongrie est réputée comme un des pays les plus sévères de l'UE vis-à-vis des migrants, ce qui lui a valu fin avril un rapport critique du Conseil de l'Europe.

Une politique migratoire que l'ambassadeur de France décrit pourtant comme "un modèle, ayant su anticiper les problèmes posés par les mouvements migratoires illégaux". Par ailleurs, Eric Fournier critique "l'habitude intellectuelle" qu'ont "les médias anglo-saxons et français à qualifier de 'populiste' tout régime élu démocratiquement mais ne correspondant pas à leur vision du monde".

Reprenant les accusations d'antisémitisme formulées contre la Hongrie, le diplomate met le "véritable antisémitisme moderne" sur le compte "des musulmans de France et d'Allemagne".

"En rien je ne partage ces propos"

"En rien je ne partage les propos que vous venez de rapporter et que vous avez révélés. En rien. Mes prises de position publiques, les combats que je mène autour de la table du Conseil, encore durant toute la nuit, sont en la matière cohérents", a martelé Emmanuel Macron, interrogé sur cette note par Mediapart ce vendredi.

Evoquant notamment la politique migratoire de Viktor Orban, le président français a fait valoir que "(les) solutions dont il est question et qui sont ici défendues, ce sont celles que d'autres sur la scène politique française peuvent parfois défendre, et que je combats".

"Le jeu non-coopératif et nationaliste non seulement n'est pas digne de ce qu'a fait l'Europe, (...) mais il est en plus profondément inefficace compte tenu de la réalité de ces phénomènes migratoires. Il nous fait perdre du temps compte tenu du fait que nous aurons à vivre avec ces défis dans la durée", a-t-il souligné.

Le président a assuré "désapprouver en tous points" les citations qui lui étaient lues et réaffirmé qu'elles "ne correspondaient absolument en rien à la position française".

"Une conviction personnelle dans une note confidentielle"

Néanmoins, le chef de l'Etat a dit "ne pas avoir envie de museler les fonctionnaires". "Si la preuve m'est donnée que cette parole a été tenue publiquement, une décision sera claire et sera prise. Cet ambassadeur sera révoqué", a-t-il maintenu.

La note étant destinée à la hiérarchie de l'ambassadeur, Emmanuel Macron considère ses propos comme "l'expression d'une conviction personnelle dans le cadre d'une note confidentielle".

"Est-ce qu'il appartient à l'autorité de révoquer un ambassadeur parce qu'il dit ce qu'il pense? Je ne le crois pas, ou alors nous créerions un délit d'opinion dans la fonction publique", a-t-il fait valoir.

Liv Audigane