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Le vol MH17 avait-il le droit de survoler l'Ukraine?

Des débris du Boeing 777 de la Malaysia Airlines après s'être écrasé dans la région de Donetsk, en Ukraine

Des débris du Boeing 777 de la Malaysia Airlines après s'être écrasé dans la région de Donetsk, en Ukraine - -

L'appareil de la Malaysia Airlines survolait la région de Donetsk, en Ukraine, lorsqu'il a été vraisemblablement la cible d'un tir de missile. Réputé dangereux, cet espace aérien était déjà "boycotté" par plusieurs compagnies.

Près de 300 personnes ont péri jeudi dans le crash d'un avion de la Malaysia Airlines. L'appareil, vraisemblablement abattu par un tir de missile, survolait la région de Donetsk en Ukraine, une zone ravagée par la guerre civile. Dès lors, une question se pose: la compagnie avait-elle le droit de survoler cet espace? Eléments de réponse.

Une zone considérée comme "sûre"

Les autorités ukrainiennes ont fermé jeudi toutes les routes aériennes survolant l'Est du pays, une mesure intervenue après l'écrasement du Boeing. Autrement dit, hier encore rien n’interdisait aux compagnies aériennes de faire voler leurs avions au-dessus de cette zone en plein conflit.

Ce sont les autorités de l’aviation civile nationale, présentes dans tous les pays, et en lien avec les ministères, qui doivent déclarer les zones dangereuses, et interdire leur survol par les avions commerciaux. En clair, c'est à l'Ukraine qu'il appartient de fermer son espace aérien. Ou pas. Et visiblement, aucune mesure n'avait été auparavant prise en ce sens. Le vol MH17 Amsterdam-Kuala Lumpur de la Malaysia Airlines ne se trouvait donc pas en situation irrégulière.

Evoquant vendredi lors d'une conférence de presse cette fameuse zone de survol, le vice-président de la compagnie en Europe, Huib Gorter, a assuré que "cette route était considérée comme sécurisée". "Plusieurs compagnies utilisaient cette zone. Ce jour-là, la route était considérée comme sûre", a-t-il ajouté.

Des compagnies avaient déjà renoncé à survoler l'Ukraine

Pour les spécialistes, ne pas avoir fermé ce couloir aérien est une erreur: "Vu la situation, les autorités auraient dû interdire le survol de cette zone", estime Gérard Arnoux président du comité de veille sur la sécurité aérienne, interrogé par BFMTV. "La France l’avait fait à l’époque avec l'Irak", rappelle de son côté l'ancien commandant de bord Jean Serrat, joint par téléphone.

Si contourner un espace aérien rallonge la durée de vol et augmente la facture en carburant, certaines compagnies aériennes n'ont pas attendu de voir l'interdiction tomber pour arrêter de survoler l'Ukraine. Cela fait déjà plus de quatre mois -lorsque les troupes russes sont entrées en Crimée- que les compagnies sud-coréennes, Korean Air et Asiana, l'australienne Qantas et la taïwanaise China Airlines, ont modifié le parcours de leurs appareils pour éviter l'Ukraine. "Nous avons cessé de voler au-dessus de l'Ukraine pour des raisons de sécurité", a expliqué le porte-parole d'Asiana.

Mais Gerry Soejatman, consultant chez Whitesky Aviation, indique que voler à une altitude supérieure à 30.000 pieds est considéré comme relativement sûr, étant donné la formation et les armes requises pour abattre un avion à cette altitude. Ce qui était le cas de l'appareil de la Malaysia Airlines, puisqu'il volait à une altitud de 33.000 pieds, selon Eurocontrol, l'Organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne.

Mélanie Godey